‹ J.-B. CarrierChapitre 120 sur 207 · Arch. nat. AF, 237, c · texte numérisé non relu

Arch. nat. AF, 237, c

2. Collègue du Comité de Salut public, dont Prieur de la Marne faisait partie.

les mouvements dont on nous menace encore dans la Vendée.

Les mouvements correspondent à Nantes, ville modérantisée et pleine d'aristocrates marchands, feuillants et royalistes. C'est une ville à surveiller, à électriser, et non à accabler par une autorité sans mesure, et par des formes violentes. Carrier a été peut-être mal entouré; les intrigants sont le lléaa des représentants. Carrier a eu des formes dures ; il a employé des moyens qui ne font pas aimer l'autorité nationale ; il a eu des discussions avec le Conseil général de la Commune, et avec la Société populaire de Vincent-la- Montagne.

Le Comité a pensé que, pour les intrigants, tu sauras bien les déjouer et les traiter comme ils le méritent ; tes formes patriotiques et énergiques feront un effet très heureux dans cette ville pour laquelle Carrier est usé. Le Conseil général de la Commune a besoin d'être surveillé. Il a mis beaucoup de morgue dans sa manière de traiter, avec le représentant du peuple, l'affaire de l'officier municipal nommé Champenois. Il faut rendre justice à tous, il faut protection aux patriotes; mais nul ne doit attéauer la représentation nationale.

La Société de Vincent-la-Montagne a pris une grande part à l'affaire du citoyen Champenois. Elle a eu le tort d'appeler, avec aigreur, lettre de cachet^ l'ordre donné par Carrier contre le citoyen Champenois, oflicier municipal. Ce caractère de plainte, cette étrange dénomination, nous ont donné de justes préventions contre l'esprit qui doit régner dans cette Société. Il jfaut l'améliorer par

lîi coiiritmcc' que lu y auras en le présentant.

Pour terminer ce qui concerne Carrier, tu apprendras avec surprise qu'il a mallraité Jullien notre agent, dont tu connais la douceur de mœurs et l'énergie républicaine. Jullien a dû sorlir avec des précaulions qu'un agent du ('omité ne devrait pas être obligé de prendre.

Nous te recommandons forlement la ville de Nantes, son esprit public a raviver, les patriotes à encourager et à défendre, les aristocrates à comprimer et à punir, le modérantisme négociant à neutraliser, et les affaires de la Vendée à surveiller et à accélérer, contre le maudit Charelte, qui rallie des rebelles et des brigands. Nous écrivons dans le moment à Carrier, qui va partir pour une autre destination. Salut et fraternité. »

Suivent divers parafes et à côté : « Les membres du Comité de Salut public chargés de la correspondance : Billaud-Varenne, Collot d'Herbois. »

Prieur de la Marne était un homme sûr auquel on pouvait tout dire, aussi ne lui cachait-on pas la véritable raison du rappel de Carrier. Carrier était usé, usé comme tout ce qui a servi. Trop tendu, le ressort était à moitié brisé; mais on ne disait pas qu'il n'avait pas fonctionné au gré de ceux qui l'avaient monté. Rien ne gênait l'organe du Comité de Salut public pour apprécier, en toute liberté, la conduite de Carrier, et le jugement était d'une indulgence extrême. En somme, il ne lui reprochait que des faiblesses auxquelles son entourage avait pu l'entraîner, et ses mauvais procédés envers Jullien. Celui-ci, dans son ignorance de l'habitude qu'avait Carrier de menacer de mort la

plupart des gens qui rapprochaient pour lui parler d'atïaires, avait été, comme on Ta vu, pris d'une telle peur qu'il s'était enfui de Nantes précipitamment. Carrier, sans doute, avait manqué de tact; mais, dans ses démêlés avec la Société populaire, les torts étaient partagés, et il s'en fallait qu'ils fussent tous de son côté.

Ce n'est donc point pour avoir noyé, fusillé, guillotiné sans jugement des milliers de prisonniers, pour avoir permis à la compagnie Marat et au Comité révolutionnaire de piller sous ses yeux la ville de Nantes, que Carrier fut rappelé. Le tableau lamentable que JuUien a tracé de la situation de cette malheureuse cité, pendant son court séjour, n'était que la constatation d'un état de choses qui durait depuis plus de trois mois. Un être vicieux, négligent, incapable, faisait planer son autorité despotique sur une population de quatre-vingt mille âmes; des commissaires de toutes sortes, des représentants en mission, avaient, en passant, été les témoins de toutes ces cruautés, de tous ces maux, et Robespierre, Barère seuls, les avaient ignorés! S'ils ont, comme on l'a prétendu, rappelé Carrier par humanité, à la nouvelle de ses excès, ils étaient donc les hommes d'Etat les plus incapables qui aient jamais touché au gouvernement d'une nation. Le premier devoir d'un chef d'Etat n'est-il pas de connaître et de surveiller les actes de ses agents? La vérité est que le Comité de Salut public avait tout su, tout connu. La destruction des lettres originales de Carrier, concernant les noyades, loin de prouver l'ignorance des membres du Comité, ne démontre qu'une

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choso, le dessein aiièlé de laire disparaître les preuves de leur complicité.

Chaux, par lui-même, est une mince autorité; mais sa parole a cependant quel([ue poids quand il défend Carrier qu'il a tant accusé au cours de son procès. Dans un mémoire inédit de ce membre du Comité révolutionnaire, dont j'ai déjà cité ailleurs des passages, on lit : «Carrier m'a dit ici et à Paris, que les Comités de Salut public et de Sûreté générale avaient été informés par lui de tout ce qu'il avait fait, et qu'on l'en avait félicité. 11 a dû, autant que je me le rappelle, tenir ce propos à Paris, devant Fouché et Ouvrard,en traitant de scélérats ceux qui remuent la cendre des morts. Voyez les rapports de Carrier à la Coavention, les lettres qu'il lui a écrites, ses rapports et ses conversations aux Jacobins, aux Cordeliers. Que ceux qui savent, élèvent la voix, ils le doivent. »

Dans le mémoire présenté au Comité de Salut public par Lequinio, le 12 germinal an 11, on lit : « Toute la difficulté qui se présente est de savoir si l'on prendra le parti de l'indulgence ou s'il est plus avantageux de continuer le plan de destruction totale 1. » lia donc existé un plan de destruction totale, et Carrier a été l'un des agents chargés de le mettre à exécution. Sa mission était horrible assurément ; maiâ comment qualifier cette douzaine de représentants, élite prétendue de la Convention, qui attendirent de sang-froid qu'elle fût accomplie, avant de retirer ses pouvoirs à ce maniaque de dépopulation?

1. Observation de Real., procès de Carrier [Réimpression du Moniteur, XXllI, 38).

Laignelot n'a-t-il pas dit, en pleine Convention, que, lorsqu'il avait sollicité Robespierre de rappeler Carrier, bien avant les dénonciations de Jullien, Robespierre lui avait répondu : « Carrier est un patriote, il fallait cela dans Nantes K »

Carrier, rappelé de sa mission, comme un bon serviteur qui a fini son travail et qui a besoin de repos pour rétablir sa santé, — ce sont presque les termes de la lettre de Barère, — n'avait pas lieu de paraître humilié. Aussi ne quitta-t-il pas Nantes à la dérobée, en fonctionnaire disgracié, embarrassé de sa contenance. Dans la soirée du 25 pluviôse (13 février-), il vint en personne au Conseil général de la Commune, et lui fit savoir que, mandé par le Comité de Salut public, il se proposait de partir dans la nuit. « Il avait, dit-il, droit de compter sur l'estime et l'amitié de tous les vrais sansculottes, parce que tout ce qu'il avait fait, comme représentant du peuple français, avait eu pour objet le triomphe de la République une et indivisible sur ses ennemis, et d'exterminer les infâmes contre-révolutionnaires et brigands qui, depuis onze mois, désolent et dévastent la Vendée.... Les républicains ne doivent prendre aucune alarme des mouvements conviilsifs des rebelles, parce que le Comité de Salut public, d'après son rapport, mettra en vigueur des mesures qui, sous peu, e.Tlermi?ieî'Ofit jusqu'au dernier des brigands. Il a assuré le Conseil général de la Commune qu'il possédait sa confiance, ainsi que les deux autres administrations, dans lesquelles il n'avait trouvé que de

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