‹ J.-B. CarrierChapitre 119 sur 207 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Déclaration pompeuse delà Société populaire énumérant ses services à lapatrie, publiée par la Société populaire avant le départ de Carrier. — Prétention des signataires d'avoir bravé Carrier. — Lettre du Comité de Salut public à Prieur de la Marne envoyé à Nantes pour le remplacer. — Le Comité de Salut public informé de la conduite de Carrier. — Témoignage de Chaux. — Le plan de destruction totale des brigands. — Propos de Robespierre sur Carrier. — Discours d'adieu de Carrier au Conseil général de la Commune de Nantes. — Marques d'estime etd'amitié données au représentant. — Le citoyen Lacour et Carrier. — Bons procédés de Carrier pour GouUin. — Régularisation des ordres donnés au Comité pour la noyade du Boutfay. — Opinionfavorable du jeune Goupilleau sur la conduite politique de Carrier. — Inc[uiétudes du Comité révolutionnaire et sa crainte d'être remplacé par les gens de la bande de Lamberty. — Ordre d'arrestation de celuici donné par le Comité révolutionnaire aussitôt après le départ de Carrier. — Passage de Carrier à Ancenis, à Saumur et à Orléans.

La perte des registres des procès-verbaux de la Société populaire ue permet pas de savoir à quel point elle s'arrêta dans l'épuration que Jullien lai avait conseillée, mais il n'est pas douteux que cette épuration dut être sévère, car la Société n'avait rien à refuser a un familier de Robespierre, capable de la défendre des atteintes de Carrier. Assurée de cette puissante protection, elle fit aussitôt blanc de son épée, et rédigea une déclaration dans laquelle elle énuméra superbement les services de toutes sortes qu'elle prétendait avoir rendus à la République. Tout ce que les patriotes de Nantes avaient

pu faire n'élciil-ce pas la Société do Vincent-la- MonLagne qui l'avait fait et ([ui seule avait le droit de s'en vanter? Elle rappelait ce qu'elle avait l'ourni en équipements, linge, habits, couchages; toutes choses réquisitionnées dans les maisons d(;s habitants, et qui n'avaient absolument rien coûté à ses membres. Elle dénombrait aussi les hommes qu'elle avait donnés pour combattre la guerre civile, et vantait l'héroïsme des combattants du 29 juin 1793, dont elle se gardait bien de dire que les chefs principaux avaient été Baco, (^oustard, Beysser et qu'elle les avait laissésdestituer ou proscrire. S'adressantii la cantonnade, elle disait: «Qu'ils viennent nos calomniateurs, ces infâmes suppôts des despotes coalisés, ils apprendront que des républicains calomniés sont terribles, et, qu'en soutenant la Bépublique, de tout leur pouvoir et de toutes leurs forces, ils sont en état de les confondre avec le même courage quia vaincu les fédéralistes et les ennemis de l'égalité ^ »

Il a paru à Dugast-Matifeux - que ce langage visait directement le proconsul, et que, pour l'avoir imprimé durant son séjour à Nantes, la Société avait montré de l'héroïsme. 11 se peut, en effet, que, huit ou dixjours auparavant, Carrier eût trouvé intempestive, et même insolente, une adresse où la Société populaire se vantait d'avoir sauvé la ville de Nantes, et même la patrie par dessus le marché sans l'associer, pour la plus petite part, aux louanges qu'elle se décernait à elle-même; mais, à ce moment, il en avait assez de sa mission, puis-

1. Précisde la conduite patriotique des citoyens de Nantes, p. 12.

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