‹ J.-B. CarrierChapitre 122 sur 207 · Lettre de Giéqueau du 28 pluviôse an II · texte numérisé non relu

Lettre de Giéqueau du 28 pluviôse an II

DKPAUT I)K NANTIvS 203

joiino, par PriiMir de la Marne d riarr(Mii, le 9 ventôse an II.

L'oiïre l'aile à Gonllin de la place d'agent national est un signe non équivoque des bonnes dispositions de Carrier à son égard. Il vient s'ajouter aux autr(^s preuves d'amitié qu'il lui donna, en destituant Plielippes, son ennemi, de la présidence du Tribunal révolutionnaire, et en nommant trésorier des Invalides de la Marine le fils de Gallon, son commensal et son ami. (^.es actes portent la date du 26 pluviôse (14 février).

Carrier, avant de partir, régularisa aussi la fausse position dans laquelle se trouvaient GouUin et les autres signataires de l'ordre qui enjoignait au concierge du Bouffay de remettre aux camarades de la compagnie Marat les cent vingt-neuf prisonniers noyés dans la nuit du 24 frimaire. Le concierge refusait de se dessaisir de cet ordre qui le couvrait. D'autre part, ceux qui l'avaient signé craignaient, non sans raison, de se voir incriminés pour cet abus de pouvoir, qui avait ému toute la ville, et que le représentant n'avait autorisé que tacitement et d'une manière évasive. Carrier, la veille de son départ, dans un dîner qui eut lieu à la maison de Ducros, signa, en l'antidatant, cet ordre aux membres du Comité de prendre au Bouffay, pour les transférer à Belle-Ile, les détenus qui leur avaient été délivrés ^ Il ne pouvait faire davantage à moins d'écrire en toutes lettres qu'il

1. Notes d'audience de Villenave (Collect. G. Bord). Déclaration de Gaullier, membre du Comité. Registre des déclarations, n" 67 (Arch. municip.). — Bulletin du Tribunal révolutionnaire, VII, 26.

les avait chargés de les noyer en route. Le représentant et le Comité, en apparence tout au moins, se quittaient bons amis. « Carrier devait partir hier, écrivait le 27 pluviôse (15 février), le jeune Goupilleau. On m'assure qu'il part aujourd'hui... Je te répéterai, comme je te l'ai toujours dit, que Carrier a fait du bien à Nantes dans le principe, et que je le crois vraiment républicain et révolutionnaire... Le grand reproche à lui faire, c'est d'être trop brusque, emporté au point d'intimider jusqu'aux bons patriotes i. » Il est triste de penser que ces lignes, tombées de la plume d'un jeune homme, reflétaient, probablement avec exactitude, l'opinion moyenne des républicains nantais à ce moment. Aussi, quelques jours plus tard, la Société Vincent-la-Montagne entendra, sans protester le moins du monde, le représentant Hentzlui déclarer qu'il approuvait entièrement la conduite de Carrier, et qu'à sa place il aurait fait ce qu'il avait fait.

En défmitive, Carrier ne partit que le lendemain du jour indiqué comme probable dans la lettre du jeune Goupilleau, c'est-à-dire le 28 pluviôse (16 février). Le général Haxo mandait à Vimeux, ce même jour : « Je viens d'apprendre que le représentant Carrier est parti ce matin pour Paris-. » Ce renseignement, d'un caractère si précis, semble mériter complètement créance.

Carrier était fantasque à un point extraordinaire. Goullin le savait; il savait aussi qu'avec des caractères de cette sorte on n'est jamais assuré de rien.

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