Savary, Guerres des Vendéens et des Chouans
Il lui avail donné dos témoignages (raniilié; mais ces témoignages étaient-ils bien sincères? One s'étail-il passé entre le représentant et Lamberty, et consorts, ses confidents intimes? Ne leur laisserait-il pas, en pai'tant, des instructions et des pouvoirs? David-Vaugeois, l'accusateur de la (Commission militaire, a ariirmé que le (Comité révolutionnaire craignit, dans ce moment, « de voir ces scélérats élever à Nantes une autorité à rencontre de la sienne^ ». Mais GouUin connaissait son monde et, à, lout hasard, il s'était d'avance armé contre Lamberty en réunissant, contre lui, les éléments d'une accusation qui le réduirait à une complète impuissance. Depuis quelque temps déjà, il avait en main la preuve que Lamberty et deux de ses camarades avaient mis en liberté, dans un but qui se devine, des prisonnières destinées à la Commission militaire. Il s'était bien gardé de les dénoncer tant que Carrier avait été à Nantes ; mais celui-ci ne fut pas plutôt monté dans sa voiture qu'un mandat d'arrêt était lancé contre Lamberty, par la Commission militaire, avec ordre de se saisir aussi de Lavaux, aide de camp de Lamberty, et de Robin. Les deux premiers furent incarcérés au Boulfay'-; le troisième, plus adroit, réussit à s'enfuir. Il rejoignit le représentant à Angers. Ce dernier, qui avait sans doute des amis puissants à l'armée du Nord, l'y fit
1. Déposition de David-Vaugeois, à Taudience du 29 vendémiaire an III.
2. Registre d'écrou du Bouffay, f° 114 (Ârch. départ.). Lettre de Bignon, président de la Commission militaire {Pièces remises à la Commission des Vingt et Un, p. 112).
placer avantageusement, en même temps que le mari de la femme Le Normand.
Carrier quittait Nantes de son plein gré. L'invitation de revenir à la Convention, que le Comité de Salut public lui avait adressée, ne pouvait avoir à ce moment un caractère impératif à l'égard des représentants qui avaient été investis de leur mission par un décret de la Convention, et tel était le cas de Carrier. Ce n'est que plus tard, quand le Comité de Salut public se fut emparé de tous les pouvoirs et de tous les ressorts du Gouvernement, qu'il se fit attribuer, sur la proposition de Coutlion, le droit de rappeler, par un simple arrêté, les députés envoyés en mission par décrets
En ce temps-là, on ne voyageait pas aussi rapidement qu'aujourd'hui; Carrier n'arriva à Ancenis que dans la soirée. Il se rendit aussitôt au Club des sans-culottes, qui tenait ses séances dans la salle de l'ancien réfectoire des Cordeliers. Il y parla avec une extrême violence, et un témoin avait retenu cette phrase : « Je vois partout des gueux en guenilles. Vous êtes aussi bêtes qu'à Nantes. L'abondance est près de vous et vous manquez de tout. Ignorez-vous donc que la fortune et les richesses de ces gros négociants vous appartiennent, et la rivière n'est-elle pas là^? » Il alla ensuite souper chez le citoyen Guesdon, directeur de l'hôpital militaire, en compagnie du général Hec-
1. Convention, séance du 10 prairial an II (Réimpression du Moniteur, XX, 599).
2. Maillard, Ancenis pendant la Révolution, p. 152. — Déclaration d'Aregnaudeau, qui donne la date du 28 pluviôse (Journal des Lois, numéro du 23 frimaire an III; — Bulletin du Tribunal révolutionnaire , VII, 73).
tor ot de quatre ou cinq officiers de santé. (^ Vous avez vu, leur dit-il, comment j'ai mené à Nantes les aristocrates. J'en ai fait fusiller et noyer une grande quantité, mais pas tous. J'en aurais ftiit autant h liennes, si j'y étais resté plus longtemps. » Il re[)ro€lia aussi à Francastel sa faiblesse de n'avoir pas osé noyer les Cent trente-deux Nantaise
A Saumur, oii il s'arrêta, il alla aussi à la Société populaire et pérora sur les habitants d(^ Nantes, auxquels il reprocha leur incivisme. A Orléans, Gandin, minotier, employé supérieur de l'administration des subsistances, le rencontra en compagnie de Robin. Il lui parla de la disette qui affligeait Nantes. « Des subsistances pour Nantes, lui répondit Carrier qu'ils mangent de la m...- »
1. Lettre de Chéreau, chirurgien de l'armée des côtes de la Rochelle, à Laignelot, Pièces remises à la Commission des Vingt et Un, p. 20.
2. Papiers de Bachelier. Colleclion Dugast-Matifeux et Bulletin, VII, 59.