‹ J.-B. CarrierChapitre 145 sur 207 · CARRIER A L ORDRE DU JOUR · texte numérisé non relu

CARRIER A L ORDRE DU JOUR

Richard, ('.lKij)elior; FoiiCciud, toiiiieli(ir et coiiimandanl à PairnbuMiC; Vie, poôlior; Cliarli(^r, filassior; Diicoiix, perniqiiior. ha grand-lama [Vovgot) n'a pas encore dépose. Ainsi le hruit, répandu à Nantes, de son arrestation, est faux. L'alTaire ne marche pas vite, je crois que la raison de cette lenteur estqne le Tribunal attend la décision de la Convention sur Carrier. An train dont les choses vont, il est à présumer que ses amis n'ont pas perdu tout espoir de le sauver.

(( Hier, le fameux O'Sullivan, adjudant du commandant temporaire, a été entendu, et, de témoin, est devenu accusé. Sa cause paraît fort sale. Aujourd'hui Forget l'a échappé belle; il n'est pas sûr que, demain matin, il esquive les coups qu'on lui porte. C'est une curiosité de voir ici les visages bénins de ces messieurs. Croiriez-vous que ce Forget, rencontrant ces jours derniers Baco nez à nez^, a eu l'impudence d'aller lui dire

\. Baco venait d'être élargi, après une détention de quatorze mois dans diverses prisons de Paris. C'était lui qui, au moment de l'attaque de Nantes par les Vendéens, à la fin de juin 1793, avait été Tàme de la défense. 11 avait été grièvement blessé en combattant. Nominativement insulté et calomnié par Fayau, à la séance du 2 août 4793, il n'avait pu contenir son indignation, et avait donné à haute voix, en pleine Convention, un démenti brusque à cette calomnie. Emprisonné à l'Abbaye pour ce fait, il avait été mis en liberté, le 9 septembre. Mais ce que Mellinet et d'autres auteurs semblent avoir ignoré, c'est que Baco fut, dans les mêmes jours, emprisonné de nouveau, sur la demande de Thuriot, pour avoir fait arrêter certains commissaires du pouvoir exécutif {Réimpression du Moniteur, XVII, p. 302 et 627). Il réclama sa liberté dans un écrit où il établit que ces commissaires du pouvoir exécutif n'avaient été que momentanément détenus, et, d'après cette justification, il avait été élargi (Voir sa brochure in-8°, Paris, Valade, an 111, bibliothèque de Nantes n° 50.563). A une séance des Jacobins de brumaire, Tissot dénonça

bonjour de la meilleure aaiitié du monde. Baco l'a reçu comme vous le devinez, en le menaçant de lui cracher au visage. L'ami Forget s'est retiré confus et fort scandalisé de l'incivilité de l'ancien maire. Entendu comme témoin, le même Forget a vraiment porté des charges très graves contre le Comité. Les membres du Comité répliquant l'ont aussitôt accusé de complicité. C'était un combat assez risible que les reproches mutuels entre gens qui ont bu si longtemps à la même écuelle. A Paris, l'opinion se montre chaque jour davantage contre Carrier. Les sections, et même les faubourgs, s'occupent beaucoup de lui, et, en dépit de toutes les ruses de son parti, il est probable qu'il ne tardera pas à être mis en cause. Je suis toujours persuadé que la lenteur de l'instruction vient de l'espérance qu'a le Tribunal de se faire amener Carrier. » [Du 5 brumaire an III (26 octobre 1794).]

Déjà, le 29 vendémiaire (20 octobre), à la suite d'observations de Tallien^, une discussion s'était engagée à la Convention sur le danger de laisser, aux trois grands Comités, le droit de traduire en justice des représentants, et l'intervention de TAssemblée avait été déclarée nécessaire. Divers projets avaient été présentés sans être adoptés définitivement, quand, le 6 brumaire (27 octobre), un député de Paris, nommé RalTron, converti à la réaction, dit qu'il était urgent d'obliger Carrier

cet élargissement comme une faveur scandaleuse, accordée à un complice des fédéralistes [Journal de la Montagne du 15 brumaire an 111 (5 novembre 1794).] 1. Réimpression du Moniteur, XXII, 297.

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à comparaître (levant le Tribunal révolutionnaire, sans quoi il l'aiidrait suspendre les débats du j)i'()cès du (]()uiit(' révolutionnaire de Nantes. « Le peuple, atrocement outragé, ajouta-t-il, demande vengeance... Je ne puis dissimuler ma douleur de voir siéger, au milieu de vous, un homme entouré de si aIVreuses préventions... La voix publique l'accuse d'atrocités qui font frémir et outragent la nature et rhumanité. Cent mille bouches déposent contre lui... Le temps n'est plus où on venait à cette tribune vous présenter de telles atrocités comme des formes acerbes^ et, si Barère a eu l'impudeur d'associer les cruautés féroces de Lebon aux lauriers de la bataille de Fleurus, il ne sera pas imité, et Carrier ne trouvera pas un avocat aussi effronté '. »

Le jour même, il fut voté que toute dénonciation contre un représentant serait renvoyée aux Comités de Salut public, de Sûreté générale et de Législation réunis ; qu'elle serait communiquée à l'inculpé avant d'être transmise à la Convention ; et que, si les trois Comités étaient d'avis que suite fût donnée à la dénonciation, ils déclareraient à la Convention qu'il y a lieu d'examiner. Les deux jours suivants, on ajouta à ces garanties que le rapport ne pourrait porter que sur les faits contenus dans la dénonciation et sur les pièces à l'appui ; que le tout serait renvoyé à l'examen d'une Commission composée de vingt et un membres, dont les noms seraient tirés au sort, après certaines éliminations, telles, par exemple,

J. Réimpi-essioii (lu Moniteur, XXII, 363, Journal de la Monfaqne, p. 111.

que celle des membres des Comités ; qu'aucun autre membre ne pourrait être récusé; que les pièces seraient communiquées au représentant inculpé, imprimées et distribuées à tous les membres de la Convention ; que le prévenu serait entendu, trois jours après, pour présenter sa défense ; que, sur les faits articulés, le décret d'accusation serait voté par chaque député appelé nominalement à la tribune pour y exprimer son vote, et qu'enlin un acte d'accusation serait rédigé pour spécifier les faits sur lesquels devrait porter l'instruction ^

Conformément à ces dispositions tutélaires, les Comités, ayafit été d'avis qu'il y avait lieu d'examiner les dénonciations portées contre Carrier, une Commission de vingt et un membres fut tirée au sort, dans la soirée du 8 brumaire (29 novembre 1794). Elle se réunit le leudemain, et les trois Comités lui firent tenir les pièces relatives aux faits articulés contre l'inculpé-.

1. Du.vergier, Collections de lois, VII, 380 (Décret du 8 brumaire an III).

2. Journal des Débats et Décrets du 9 brumaire an III. — Rapport de. Romme, p. 2. — Tissot, Histoire de la Révolution, V, 386.

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