CARRIER MIS EN ÉTAT D ARRESTATION
Carrier » et que « par acclamation, elle venait de voter le rapport d'une précédente adresse qu'on lui avait fait émettrez en faveur du lieutenant de Robespierre, dont les mœurs forment le plus singulier contraste avec cette aménité, cette douceur, cette humanité qui a toujours caractérisé les habi- ' tants du Cantal en général, et, en particulier, notre commune ^ » .
Rien n'entravait encore la liberté du député du Cantal. Mais, comme le bruit courait que tout serait tenté pour le sauver, et qu'il n'était pas invraisemblable qu'il essayât de fuir, les membres du Comité de Sûreté générale préposés à la police, Mathieu et Montmayou, craignant d'être soupçonnés d'avoir favorisé sa fuite, aussitôt après la décision qu'il y avait lieu d'examiner sa conduite, avaient ordonné à l'administration de la police de le surveiller. Dans Tapplication, cet ordre demandait une grande prudence en raison des égards dus à la représentation nationale. En tout cas, l'inculpé ne devait être arrêté que s'il tentaitde sortir du département, et s'il était à ce moment trouvé sans passeport.
Ces instructions ayant été mal comprises par les agents, il se produisit un incident qui fit grand bruit à la Convention et aux Jacobins. Dans la matinée du lii brumaire (2 novembre), le représentant, se rendant à la Commission des Vingt et un, s'aperçut qu'il était suivi et s'arrêta. L'inspecteur s'arrêta aussi. Carrier, vif comme on le connaît, le menaça. L'autre, trop vif aussi, lui
j. Bulletin flu Tribunal révolutionnaire, VII, 36 et 37,
répliqua : « Force à la loi », le fit arrêter, et le conduisit à la Gomnriission des Vingt et un, et, de là, au Comité de Sûreté générale. Ce Comité l'avait fait remettre aussitôt en liberté et avait fait incarcérer Tof licier de police '.
La Convention, instruite de ce fait par un des membres de la Commission nommé Laa, une discussion assez vive s'engagea. Plusieurs députés protestèrent avec énergie contre cette atteinte à la représentation nationale. Duhem déclara que, dût-on le traiter dliomme de sang, ce dont il se souciait peu, il dénonçait au pays un parti dangereux, dont les actes manifestaient l'intention de faire le procès à la Révolution. Legendre et Rewbell ramenèrent Tincident à ses justes proportions; ils démontrèrent que l'agent avait outrepassé les ordres du Comité de Sûreté générale, et l'ordre du jour pur et simple fut voté-.
Aux Jacobins, le lendemain, l'émotion ne fut pas moindre. Crassous attira l'attention sur les symptômes, chaque jour plus apparents, de la renaissance de l'aristocratie. Le procès des membres du Comité révolutionnaire de Nantes, de la façon qu'il a été commencé et qu'on le conduit, est, dit-il, une de ses manœuvres. C'est un point d'appui dont elle se sert pour combattre la Révolution. Les journalistes dénaturent les débats. Des témoins ont obtenu des passeports des chouans
1. Voir tous les journaux du temps et, notamment, rAmi des Citoyens^ Journal du Commerce et des Arts, numéro du 13 brumaire an 111, et le Mercure français du 15, p. 279.
2. Séance du 12 brumaire [Réimpression du Moniteur, W\\, p. 406 et suiv.).
CAHJ'JKK MIS Ers ÉTAT d'aIyRESTATION V*i
pour vonii" doposor. « Uomarqiicz, ajoutu-l-il, la liaison (|iii existe eiilre les avis donnes à la police el au Comité de Sùn^té générale, et la conduite de cet inspecteur de police... Au moment où Cari'iiM* a été ai'rété, il y avait, dans l'endroit, des hommes apostés pour l'accabler d'injures... Fixons les yeux sur ces hommes ([ui accusent les Jacobins de vouloir dissoudre la Convention, et voyons si ce ne sont pas eux qui veulent, au contraire, cette dissolution, en soulevant l'opinion... L'altaque a été préparée du coh' de nos ennemis |)ar des insinuations pertides contre les Jacobins; il s'agit de nous défendre avec énergie. Je demande que le tableau des horreurs qui se sont continuellement commises dans la Vendée soit toujours présent à nos yeux. » Deux autres orateurs développèrent ce thème, et répétèrent à peu près les récits insérés par Carrier dans ses Rapports.
I3illaud-Varennes parla ensuite et dit qu'on ne mettait en liberté que des aristocrates. On en veut à la Convention toute entière. Que tous les hommes qui ont combattu pour la Révolution se mettent en mesure pour faire rentrer dans le néant les lâches qui osent l'attaquer. « On accuse les patriotes de garder le silence ; mais le lion n'est pas mort quand il sommeille, et, à son réveil, il extermine tous ses ennemis ^ »
De son cot(', la presse réactionnaire n'était pas silencieuse. « On rappelle, disait le Mercui^e français du 15, les atrocités des brigands, pour atté-
1, Précis de Ja séance des Jacobins du 13 brumaire an lll (Réimpression du Moniteur, XXll, 429 et suiv.) et, surtout, Journal de la Montagne du 15, p. 173 et suiv.
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nuer celles des membres du Comité révolutionnaire de Nantes. On veut faire croire que les témoins ne sont que des brigands, des Vendéens, et des chouans, tandis que toute la ville de Nantes est venue déposer. Cette tactique est connue et usée^. ))
Les rapports de la police constatent une animosité croissante. « Chaque jour, lit-on dans ceux des 15 brumaire et jours suivants, ajoute un nouveau degré d'horreur sur les crimes de Carrier. Hier, son nom a retenti sous les voûtes du Tribunal révolutionnaire. Le public l'a demandé d'une manière impérative. Au Jardin national, les groupes étaient agités, et les disputes pour et contre Carrier étaient vives. Il y a eu beaucoup de bruit au Tribunal révolutionnaire au sujet de Carrier. Le président a été obligé de se couvrir pour rétablir l'ordre. Aujourd'hui, à ce même Tribunal, un des accusés, prenant la parole sur le grief, a tenu ce langage : « Lorsqu'un général prend une ville d'assaut, et qu'il donne l'ordre de passer tout au fil de l'épée, est-ce aux soldats qu'il faut reporter la rigueur de cet ordre, ou au général ? Le public a beaucoup applaudi. Cri général : « Carrier! Carrier-! »
En présence de ces impérieuses manifestations, Raffron se fit, de nouveau, l'organe des sentiments du public en demandant à la Convention d'enjoindre à la Commission des Vingt et un, nommée depuis huit jours, de terminer son travail, qui ne pouvait demander tant de temps. « Vous n'avez