Schmidt, Tableaux de Paris
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janiîiis ordonné, dit-il, les horribles crimes (jn'on impnte à Cai'rier. Y a-t-il des pnmves ou n'y en a-L-il pas? Le travail de la (loni mission doit se borner à nous le dire; qu'elle nous apporte demain son rapport, dùt-elle passer la nuit à le faire. » A la suite de quelques banalités de Bourdon de l'Oise, sur la dignité de l'Assemblée, que trop de hâte pourrait compromettre , la motion de RallVon fut écartée ^
La tête de Carrier devenait ainsi l'enjeu de la lutte engagée entre les Jacobins et ceux qu'on appelait les muscadins ou la jeunesse dorée de Fréron, véritable avant-garde de l'armée de la réaction qui, par son intrépidité et sa façon résolue de manier le gourdin, inspirait à la canaille des rues une crainte révérencieuse. Chaque coup porté à Carrier n'en provoquait pas moins une riposte des Jacobins. Dans la soirée du 17 brumaire c'est Massieu, un prêtre apostat, naguère évêque de l'Oise, qui signale à l'indignation du Club un article de rOiateia- du peuple^ et deux pamphlets intitulés, l'un : On veut sauver Carrier^ peuple^ lève-toi! et l'autre : Les confessions de Carrier. « Les intrigants, dit-il, ne se contentent pas du décret ordonnant d'examiner sa conduite, ils préviennent l'opinion contre un homme qui n'est nullement convaincu d'avoir commis les actes qu'on lui reproche. Ces factieux voudraient s'emparer de la République pour la vendre aux Capets et aux d'Orléans. Attendons avec calme la décision de la Commission des Vingt et un ; laissons les
1. Séance du 17 brumaire an III {Réimpression du Moniteur^ XXII, 455).
aristocrates se gendarmer et demander la tôte de quelques citoyens. Soyons fermes dans nos principes et fermons l'oreille à ces clameurs ^ »
Ce dialogue violent entre les Jacobins et les Thermidoriens ne pouvait durer indéfiniment, et il était facile de prévoir que, des paroles, on en viendrait aux actes. Les Jacobins ne désespéraient pas d'intimider la majorité de la Convention par un mouvement populaire, quoiqu'ils fussent très affaiblis depuis la destruction de la Commune de Paris; de leur côté, les muscadins avaient confiance dans la vertu de leurs grosses cannes.
« On s'attendait à voir faire aujourd'hui, disait rAmi des Citoyens, le 19 brumaire (9 novembre), le rapport tant attendu sur Carrier. Fidèles à l'invitation de Billaud-Varennes, les tribunes jacobines s'étaient versées, dès le matin, dans la Convention. On a été obligé de faire évacuer les couloirs pour rétablir dans l'intérieur la circulation interrompue par une influence inconnue. Des groupes de tâteurs^ s'organisent de toutes parts ; mais les expériences ne sont pas heureuses. Un de ces messieurs avait attroupé beaucoup de monde dans le voisinage de la Convention. Il posait en principe que tous les Jacobins étaient patriotes et tous les patriotes Jacobins. Il proposait de crier : Vivent les Jacobins ! Ayant voulu faire le petit Goupilleau^^, et menacer de ses bras, et même de son bâton, des citoyens se sont assurés
1. Journal de la Montagne du 19 brumaire an III (9 novembre 1794), p. 198.
2. Tàteurs d'opinions, raccoleurs de manifestants, je suppose.
3. Allusion peut-être à une violente sortie, faite par Goupil-
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de lui et Tout coiidiiil un Comité de Sùreti; g('nérale. »
Contrairement à Tuttcntii dvi [)ui)Iic, il ne fut point question de Carrier à celte séance; le rapport n'était pas encore achevé. 1/un des membres de la Commission annon(^a seulement qu'il serait déj)osé le primidi ('ii, 11 novembre), c'est-à-dire dans deux jours.
L'attitucb^ pr(wocante des Jacobins durant cette journée avait animé contre eux un grand nombre de citoyens; aussi, quand, sur les huit heures du soir, un groupe partit du Palais- légalité ou, plus exacte ui eut, du Café de Charti'es, en annonçant l'intention d'envahir le Club de la rue Saint- Honoré et d'en disperser les membres, les passants s'empressèrent de le suivre pour se joindre à lui, et lui apporter du renfort. « Ils ont formé le siège de cette enceinte, ci-devant consacrée au patriotisme et aux principes, et ont assailli la salle d'une grêle de pierres. On assure qu'elles pleuvaient jusque sur le président... On a entendu les assaillants demander Carrier, Billaud-Varennes, Collot d'Herbois L » Fayau, d'après le récit du Journal des Lois -^ a été sublime. « Montrons du courage, a-t-il dit ; repoussons les chouans; sachons mourir à notre poste. » Ce journal ajoute : « Les portes enfoncées, les assiégés sont forcés de courir. M""' Crassous est empoignée et troussée par six
leau de Fontenay au cours de cette séance, contre les libelles et les libellistes réactionnaires. Dans V Orateur du peuple du 21 brumaire, p. 227, il est aussi parlé du bras de Goupilleau de Fontenay.