Recueil des actes du Comité de Salut public, V
ses actes. Elles sont d'un exalté plutôt que d'un agent politique chargé de prévenir des dangers réels par des mesures raisonnables. Il regarde, comme des ennemis de la République, clignes de ses vengeances, aussi bien les citoyens qui ont conservé une bonne tenue que ceux qui ne sont pas arrivés au paroxysme de la violence. Il faut croire qu'à la Convention, et dans les Comités dirigeants, le niveau moral et intellectuel n'était pas fort élevé, puisque, après avoir confié des pouvoirs illimités à de pareils incapables, on trouvait bon de les leur confirmer.
Il écrit de Saint-Malo, le 24 août, qu'il vient de parcourir tout le département des Côtes-du- Nord, et qu'il a constaté avec plaisir que les bataillons étaient composés de vrais sans-culottes. Il dit avoir, dans les sociétés populaires « parfaitement électrisé les esprits ». « A Saint-Malo, on ne pousse pas d'autres cris que : Vive la Montagne ! Vivent les sans-culottes ! » Chaque soir, après la séance de la Société populaire, les membres l'accompagnent en chantant des airs patriotiques. «. Tout irait bien, n'étaient les commissaires du pouvoir exécutif qui professent des principes vraiment anarchiques, et qui commettent toutes sortes d'inepties. » Il ne s'explique pas davantage sur le caractère de ces principes. Vraisemblablement, il entendait par anarchie le fait de le contredire quelquefois, car il n'est pas supposable que les commissaires du pouvoir exécutif se montrassent plus débraillés que lui dans leurs idées et dans leurs manières.
II continue de chercher, sans les trouver, les
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(Irpiitos Infiilil's, et, lo2(Siioiit, il s'opancho, auprès (le l^i'ieur de la Colcvd'Or, sur lo défaut de réussite de ses eiTorls. « Les scélérats, lui écrit-il, bauuis du seuil de la Convention, ont achevé de pervertir l'opinion j)ul)lique dans tous les endroits où ils ont traîné leur sacrilège existence. Je ne puis plus les découvrir. J'y perds tout mon latin, et je ne puis savoir encore s'ils sont passés en Angleterre. Rien, absolument rien, ne le constate, de lagon que je suis très porté à croire qu'ils se cachent dans quelques endroits de la ci-devant Bretagne. Je les déterrerai, les scélérats; et sois snr que, si j'y parviens, je les arrêterai ou je périrai. L'esprit public est très mal dirigé à Rennes. » Suit un plan ahrégé d'épuration des autorités. Il ajoute : « Les révoltes, sans cesse prêtes à éclater de toute part, nécessiteraient la présence de plusieurs commissaires de la Convention L » De Rennes il écrit plusieurs lettres qui portent la date du 6 septembre. Deux ont pour objet de dénoncer Beysser, qui a été secrètement chargé de découvrir la retraite des députés fugitifs, et qui, ayant reçu cent mille francs pour cette mission, n'a rien fait pour y réussir, et même a fréquenté à Rennes les partisans de ces mêmes députés. On a mis tant d'aventures sur le compte de Reysser, l'un des héros du siège de Nantes, entrele 13 juillet, jour de sa destitution, et le 18 août, jour de sa réintégration dans son commandement-, que,
1. Cette lettre, dont Foriginalfait partie de la collection Dugast- Matifeux, ne figure, à ma connaissance, dans aucun recueil.
2. Le Fédéralisme dans la Loire-Inférieure, par A. Lallié, Revue de la Révolution, t. XV, p. 458, 460, 463, 466.
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n'était la publication, par M. Ghassin, d'une lettre de ce général, dans laquelle il dit être allé à Rennes, il rend compte de sa mission et il explique n'avoir pu la remplir comme il aurait désiré le faire, parce que les soins de son armée l'ont obligé de revenir, j'aurais peine à croire qu'on ait confié pareille affaire à un oflicier aussi compromis dans le fédéralisme que l'était Beysser^ Toutefois les dénonciations de Carrier ne furent pas perdues, et un arrêté du Comité de Salut public, du 19 septembre 1793, ordonna sa mise en état d'arrestation-.
Revenant sur son séjour à Saint-Malo, dans une lettre au Comité de Salut public également datée du 6 septembre, Carrier dit avoir fait désarmer tous les suspects, et ordonné quelques arrestations. Il a pris ses mesures pour empêcher les députés de s'embarquer, et il se propose de renouveler toutes les autorités. La situation de la Bretagne est déplorable; les corps constituésdes villes sont en contrerévolution, et les municipalités des campagnes sont fanatisées à un point indicible. Une seconde Vendée menace de se former auprès de Vitré, les forces militaires de la région lui paraissent insuffisantes. « Envoyez-moi, dit-il en terminant, quelque ferme Montagnard, qui ne soit pas du pays, et qui puisse me seconder dans les grandes résolutions que le salut public nécessite de prendre avec célérité et avec courage dans ces contrées. » PochoUe, évidemment, lui paraissait insuffisant, et même il