LA MISE EN ACCUSATION
Coutimiatioii du procès des nieuibres du Goniité révolutionnaire de Nantes. — Marche à la foislenteet mouvementée des débats,
— Le président Dobsent. — Les pamphlets contre Carrier. — Hostilité du public contre ses partisans. — Plaintes de Carrier de la surveillance à laquelle il est soumis. — Autorisation accordée de prendre un secrétaire et de recevoir ses amis. — Dîner de vingt-cinq couverts. — Refus par la Convention à Carrier d'un délai de dix jours pour préparer sa défense. — Demande du Comité de Sûreté générale de fixer la date de la comparution de Carrier. — Sa comparution, le f'' frimaire an III (21 novembre 179'*). — Contestation de l'authenticité de la copie des ordres d'exécution sans jugement, donnés à Phelippes. — Longues discussions à ce sujet. — Décretordonnant l'envoi d'un courrier à Nantes pour rapporter les pièces originales. — Violente sortie de Legendre contre Carrier. — Discours de Carrier. — Sa péroraison. — Appel nominal des députés appelés à voter sur la proposition de mettre Carrier en accusation, — Unanimité des votes en faveur de la proposition.
— Observations sur les motifs de certains votants. — Arrestation de Carrier et son emprisonnement à la maison du Plessis.
Le procès des membres du Comité révolutionnaire de Nantes et de leurs complices se continuait toujours. Il attirait au Palais de justice une foule énorme, qui, au sortir de l'audience, répandait dans Paris des impressions ravivant l'indignation. Pour les muscadins et autres contre-révolutionnaires, ces séances étaient un véritable régal. Lestémoins se succédaient sans ordre et sans méthode. Dobsent, chargé de présider les débats, ne dirigeait
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rien. Il avait pu être un agitateur habile, alors que, président de la section de la Cité, il avait joué l'un des premiers rôles dans la Révolution du 31 mai^; mais il n'avait aucune des qualités du magistrat; ce procès long et compliqué était fort au-dessus de ses moyeas. Certains accusés, comme Chaux et Goullin, étaient retors et menteurs, ce qui amenait, de la part des témoins, des réparties violentes. Les témoins, dont un certain nombre avaient été les complices des accusés, étaient souvent pris à partie par ceux-ci, et il en résultait des discussions interminables. Parfois même les témoins s'accusaient les uns les autres, et, de là, surgissaient des révélations imprévues qui réjouissaient fort la galerie.
Il semble cependant qu'à partir du moment oii la mise en accusation de Carrier devint probable, la lenteur des débats ne fut pas seulement un effet de l'incapacilé du président, et que le procès fut prolongé de propos délibéré en vertus d'ordres supérieurs pour qu'il durât encore au moment où le représentant serait renvoyé devant le Tribunal révolutionnaire. Quelqu'un de puissant, qui n'était pas des amis de Carrier, voulut qu'il comparût devant des juges et des jurés initiés aux faits qui lui étaient reprochés. Sa confrontation, avec des complices qui ne s'étaient pas fait faute de rejeter sur lui la responsabilité de leurs méfaits, ne pouvait qu'accroître la difiiculté de sa justification; aussi le verrons-nous bientôt faire tous ses
1. Voir Edmond Biré, Journal d'un bûui'r]i<^(jis de Paris, t. II, Réunion de rEvôclié.
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elToits pour ohlenir son renvoi devant une autre section du Tribunal révolutionnaire.
« L'Egypte eut moins de sauterelles, disait un journal, que Paris n'a de pamphlets de toutes sortes. Tout le monde veut parler, tout le monde veut écrire. Aujoui'd'hui les colpoi'teurs s'enrouent à crier l'œuvre d'un créole de la Dominique, intitulée : A bas la tête de Carrier. Hier, c'était : La confession de Carrier et la révélation de ses complices^ et La justification de Carrier ou Mettez vos lunettes, On veut sauver Carrier. Peuple, prends garde à toi. Ces brochures, dont le style laisse à désirer, contiennent des vérités, mais tout se vend, tout se lit. Le peuple est avide de lumière et de justice. 11 aime qu'on démasque les monstres sanguinaires, les scélérats et les fripons... Les chevaliers de la terreur et de la mort se répandent, chaque jour, dans les cafés, dans les groupes et tâchent de justifier leur général Carrier et d'atténuer ses exécrables forfaits. Mais que peuvent ces cannibales contre le cri de la nation entière, contre celui de la nature outragée!... Ils sont généralement honnis et conspués. L'un deux ayant osé, hier, dans le Jardin national (le Palais royal), dire un seul mot en faveur du bourreau de l'humanité, allait être précipité dans le bassin, s'il ne se fut dérobé par une prompte fuite à cette juste punition ^ »
A la séance du 23 brumaire (13 novembre), un des secrétaires donna lecture d'une lettre de Carrier dans laquelle il se plaignait que les ordres, donnés