‹ J.-B. CarrierChapitre 161 sur 207 · LA MISE KN ACCUSATION · texte numérisé non relu

LA MISE KN ACCUSATION

L'appel nominal avait lieu selon l'ordre alphalx'»tique des départements, et, je suppose le tour de la Loire-lni'crieure arrivé, on appelait à voter tous les députés de la Loire-lnterieure,et on passait au dé[)artenient suivant. A cet appel, chacun devait répondre par oui ou par non, mais il était impossible d'empêcher certains députés de motiver leur opinion. Laséance se prolongea jusqu'à deux heures du matin. Beaucoup de députés étaient éloignés de Paris comme remplissant des missions en province ; quelques-uns étaient en congé ; il y avait des malades réellement retenus chez eux, sans parler de ceux qui se dirent malades pour se dispenser de voter; quelques-uns sont portés comme absents sans motifs. Le compte fait des suffrages exprimés, ilsn'étaient qu'au nombre de cinq cents. Un membre en manifesta son étonnement : « La Convention, dit-il, est composée de 760 membres, et je ne vois que cinq cents votants. Il n'y a cependant pas 260 députés tan t en mission qu'en congé ou malades ? On lui répondit que soixante-treize étaient séquestrés. Ces soixante-treize étaient les députés mis en arrestation à la suite du 31 mai et qui lirent peu après leur rentrée à la Convention. Sur ces cinq cents votants, 498 avaient répondu affirmativement à la demaiide de mise en accusation, et deux l'avaient fait avec cette restriction que les crimes visés dans le rapport seraient absolument démontrés.

Au milieu de la nuit, un ami de Carrier alla chez lui l'informer de la tournure du vote. « Je sors de la Convention, lui dit-il, on a déjà appelé vingtsept départements ; ils ont tous voté unanimement le décret d'accusation, tu peux être assuré qu'il en

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sera ainsi des autres. » u Quoi ! s'écria Carrier, Duhem ! quoi, Billaud! quoi, Barère ! m'ont abandonné; je suis perdu ^. »

Assurément sa culpabilité était immense; mais il serait injuste de le nier, son expiation dépassait la mesure commune. Quelle amertume de se voir seul, accusé, renié, trahi, par des collègues, dont la plupart avaient été des complices, et qui avaient applaudi à sa noyade des prêtres d'Angers !

Hentz et Francastel avaient eu la pudeur de rester chez eux, le premier sans donner de motifs, le second alléguant une maladie. D'autres, qui auraient dû éprouver le même sentiment, défilèrent à la tribune et prononcèrent leur oui. En voici quelques-uns : Léonard Bourdon et Billaud-Varennes qu'il suffit de nommer; Fouché et Gollot d'Herbois, les mitrailleurs de Lyon; Maignet, l'incendiaire de Bédouin et l'organisateur de la Commission d'Orange ; Bourbotte et Prieur de la Marne, auprès desquels Carrier n'avait été qu'un fusilleur modéré, si Ton se rappelle que ces deux représentants avaient, avec Turreau, ordonné les fusillades de Noirmoutier, et créé la Commission du Mans, présidée par Bignon, et que ce tribunal, à Nantes seulement, avait prononcé près de deux mille condamnations; Javogues, dont les excès furent dénoncés par Couthon; Barère, dont la rhétorique avait eu, pendant dix-huit mois sans interruption, des tleurs pour enguirlander tous les crimes; Duhem et Fayau, ses plus fidèles amis, n'avaient même pas osé le défendre jusqu'à la fin.

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