Bulletin du Tribunal révolutionnaire^ VII
CARRIER AU TRIRUNAL RÉVOUITIONNATRE 301
égarés par les prêtres et [)ar les nobles. Rendez à ragricnltnreetaux arts des brasquileur manqnent. Je demande une amnistie en faveur du reste de Tarmée vendé(Mme. Un collègue qui siégeait à la Montagne courut vers moi, en me présentant 1(» poing d'une manière menaçante : « Qu'est-ce que tu dis? Les Vendéens sont des brigands, il faut les exterminer jusqu'aux derniers. — Ce sont des Français, répoudis-je. — Ma proposition ne fut pas appuyée, même parles membres du côté droit^. »
Si le lecteur a jeté les yeux sur les notes placées au bas des pages de ce volume, il ne lui a pas écliappé que l'exposé de la conduite de Carrier à Nantes a été en grande partie emprunté aux dépositions des témoins entendus dans son procès. Reproduire ces mêmes dépositions, selon l'ordre de la procédure, alors que les faits qu'elles démontrent ont été consignés à leurs dates dans le cours du récit, serait une véritable redite. Je me bornerai donc à résumer, d'après les comptes rendus du procès, les défenses de l'accusé, et à reproduire quelques appréciations de la presse du temps sur son attitude en présence des principaux témoins.
11 y avait grande foule aux audiences. Les rapports de police publiés soit par Schmidt, soit par M. Aulard, se répètent chaque jour, du 10 au 25 frimaire (SOnovenjbre-lS décembre). « L'opinion publique est la môme, toujours bien prononcée contre Carrier, les Jacobins et les intrigants de toute espèce ; même opinion contre le Comité révo-
1, Mémoires de Levasseur de la Sarthe, Paris, 1829, II. 280.
lutionnaire de Nantes et contre Carrier. L'opinion' publique condamne Carrier, et attend son jugement avec impatience. » La brièveté était le propre des rapports de police de ce temps-là.
A la seconde séance, on entendit Bignon, le compère de Vaugeois à la Commission du Mans. Bignon parla de Lalouet, ce jeune commissaire envoyé de Paris, et sorti certainement de son obscurité par sa participation aux massacres de septembre. Bignon avait beaucoup connu Lalouet, puisqu'il lui avait, un jour, cédé la présidence de sa Commission pour condamner le cbef vendéen La Catlielinière ; or, selon lui, Lalouet avait exercé une intluence néfaste sur Carrier; il se disait neveu de Bobespierre; mais, ni Bignon, ni Chaux, qui intervint et dit son mot, ne firent la lumière sur ce personnage énigmatique. Carrier nia son intimité avec lui, et prétendit l'avoir subi et nullement recherché. Ce n'est que plus tard, qu'il reconnaîtra avoir subi son inlluence i.
Champenois, Thomas, Forget et autres parlèrent longuement des fusillades de brigands qui s'étaient rendus volontairement. Carrier, d'une façongénérale, n'essaya pas de les nier. 11 répondit que, sur tous les points de la Vendée, partout où l'on faisait des prisonniers, les généraux, comme les représentants, les faisaient fusiller. A vrai dire, sur ce point, il n'avait pas à se défendre, il aurait pu se contenter de renvoyer aux journaux du temps, remplis de récits de fusillades. A une observation de Béai, qui lui reprochait sa lettre du 30 frimaire