Journal des Luis, des 18, li) et 21 frimaire an Jli
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maniore, que je ne puis croire qu'ils osent reparaître à Nantes'. A dire vrai, les a^.cusés sont devenus si lins, si ergoteurs, à force de s'exercer* aux débats depuis cinquante jours, qu'à moins d'être très serré, et surtout bien pur, il est diflicile de n'être pas étourdi par la subtilitiî de leurs interpellations. »
Carrier, harcelé par ses co-accusés, tous plus on moins intéressés à le charger, se défendait fort mal. Il niait trop, et souvent mal à propos. Ooullin, à la lin irrité de l'entendre se plaindre des mensonges des autres, fit appel à sa loyauté, dans un petit discours fort étudié, où, lui-même, il afï'ectait une franchise assez crâne, qui touchait au cynisme. « Opposé, dit-il, au système machiavélique de Hérault-Séchelles, je méprise également et celui qui le prêcha et celui qui put le pratiquer. Nul de mes écrits n'est équivoque, j'appelle un chat un chat, et mon vocabulaire n'offre pas, pour synonymes, les mots noyade et translation. Jamais je n'eus la bassesse d'interposer des victimes entre la justice et moi. Tous mes actes sont ostensibles; si l'on méjuge d'après eux, certes je suis coupable, et j'attends mon sort avec résignation; mais, si l'on juge mes intentions, je le dis avec orgueil, je ne redoute ni le jugement des jurés, ni celui du peuple, ni celui de la postérité. Carrier, toi qui me sommes de dire la vérité, plus que toi j'ai le droit de t'adresser la même sommation. Jusqu'à présent,
1. Minée resta à Paris. Renard revint à Nantes; terroriste relaps, il fut emprisonné en Fan III, pour des propos qui inquiétaient l'opinion publique (Registre du Comité de surveillance, 3 fructidor an III, 20 août ITJoj.
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tu en as imposé à tes juges et au public. Tu as fait plus, tu as menti à ta propre conscience. Tu t'obstines à nier les faits les plus authentiques; je t'offre un bel exemple, imite-moi, sache avouer tous tes torts, sinon tu t'avilis aux yeux du peuple, sinon tu te déclares indigne de l'avoir jamais représenté.
« Depuis longtemps les accusés, tes agents subalternes, disons mieux, tes malheureuses victimes, jouent ici ton rôle. Crois-moi, il en est temps, reprends celui qui t'appartient, sois grand et vrai, reconnais ton ouvrage, confesse tes erreurs, et, si tu éprouvais le sort fatal, du moins tu emporterais dans la tombe quelques regrets de tes concitoyens. Voilà mon espoir, à moi qui suis et fus toujours véridique, et, je l'avoue, c'est ce qui cause la sérénité, je pourrais dire la gaieté, qui m'accompagne dans les fers. »
Par cette adjuration de forme oratoire, GouUin mettait, comme on dit vulgairement. Carrier au pied du mur. Peu importait que sa prétention à la franchise ne fût, de sa part, qu'un mensonge déplus, et le plus impudent de tous. Le coup avait porté. Carrier ne trouva rien à répondre. 11 battit le buisson et parla d'une prétendue conspiration que GouUin avait signalée à Gillet avant son arrivée à Nantes.
Les arrêtés relatifs aux exécutions sans jugement, apportés à Paris, lui furent représentés. Tout en prétendant que ces signatures avaient été surprises, il ne put les nier. C'était un premier pas dans la voie des aveux. Phelip[)es, joyeux, retourna le poignard dans la plaie en rappelant l'âge des
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ciifjinls (*0Qi[)i'is dans ces exécutions. Abasourdi })ar ces coups répétés, c'est à peine s'il prit garde à la déposition de son jeune ennemi Jullien, auquel il répondit seulement qu'il l'avait mal reçu parce qu'il l'avait confondu avec Jullien de Toulouse, (jui était proscrit, et qu'il l'avait invité à dîner aussitôt qu'il avait reconnu son erreur.
Deux témoignages, relatant des aveux de noyades, achevèrent de le déconcerter tout à fait. Après boire, il était expansif ; il en avait donné la preuve au dîner des Champs-Elysées avec Mosneron et Vilmain. Vergue, un ami de Fouquier-Tinville, déposa qu'un jour Coffinhal lui avait amené Carrier à dîner, et qu'il le lui avait présenté comme doué d'un talent unique pour exporter les prêtres^. A quoi l'accusé avait répondu ironiquement : « J'en ai fait embarquer beaucoup, et aucun n'a échappé au naufrage. » La seconde déposition confirmait la première : « Dans un dîner aux Tuileries, auquel assistait le général Muller, j'étais, dit Villain d'Aubigny, ex-adjoint au ministre de la Guerre, placé à coté d'un convive qui me parla beaucoup des bateaux à cou lisse. — Tu es donc Carrier ? lui dis-je. — Oui, me répondit-il. — Comment as-tu pu ordonner de pareilles exécutions? — J'y étais autorisé, me répondit-il... » D'Aubigny ayant ajouté que Ronsin appelait Lamberty le baigneur de Carrier, celui-ci, piqué du propos, appela d'Aubigny « Monsieur ». Pendant quelques minutes ces deux citoyens se donnèrent du Monsieur comme
1. Courrier universel du citoyen Husson, numéro du 18 frimaire an III.
l'auraient fait en cachette deux bons royalistes^ (16 frimaire).
Mauvaise séance pour laccusé ; l'instruction se dessinait nettement défavorable.