‹ J.-B. CarrierChapitre 173 sur 207 · Papiers de Villenave (Collection de M. Gustave Bord · texte numérisé non relu

Papiers de Villenave (Collection de M. Gustave Bord

CAURlEll AU TRIBUNAL RÉVOLUTlOINNAlRi: ;i07

L'indépondanco comi)l(H(ulos tribiinnuxà l'é^urd (In pouvoir csl un principe tulolaire do la [)()nne administralion do la justice qui, dans lapratiqne, est souvent méconnu. Il est évident que, dans le procès do Carrier, lo Tribunal révolutionnaire subissait docilement la direction du Comité do Sûreté générale. En voici la preuve : Tous les témoins entendus avaient étédes témoins à charge, par cette raison peut-oiro que, dans ses sonvenii's, l'accusé n'avait trouvé personne dont il pût espérer une parole secourable. Il s'avisa tout à coup de faire venir au Tribunal certains généraux et officiers de l'armée do l'Ouest, dont il donna la liste à l'accusateur public. Celui-ci n'osa prendre sur lui de trancher la question, et il en référa au Comité de Sûreté générale. Sa lettre fut lue à la Convention. Il y disait que la citation de ces témoins ferait traîner la procédure en longueur, et qu'il y aurait aussi danger à éloigner certains officiers des postes qu'ils occupaient, et il terminait par ces mots: «Au reste j'attends vos ordres^. )> Plusieurs membres demandèrent l'ordre du jour. Bentabole fitobsoiver qu'aucune loi ne limitait le droit d'un accusé de faire entendre des témoins; Dubois-Crancé rappela qu'il y en avait une, d'après laquelle les officiers pouvaient envoyer leurs témoignages par écrit. En théorie, la demande était reconnue rocevable par deux députés ; mais, en passant à l'ordre du jour sur leurs déclarations, la Convention faisait savoir qu'elle se désintéressait de la question. L'accusateur public se le tint pour dit, et les

1. Séance du 15 frimaire an III i Ré impression du Moniteur, XXll, 681).

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témoins portés sur la liste de Carrier ne furent ni cités ni interrogés par écrit.

On entendit successivement Bernarcl-Laquèze, concierge du Bouifay, Féveque Minée, qui avait été président du Département durant le séjour de Carrier à Nantes. Minée ne fut pas plus explicite dans cette seconde déposition qu'il ne l'avait été la première fois ; il se reconnaissait sujet à des absences de mémoire. Chaux prit Forget à partie de la façon la plus vive. Cette prise de bec n'eut d'autre résultat que d'amuser les auditeurs. Dans ce chaos de cruautés, de violences et de lâchetés avérées, le seul moyen qu'eussent les accusés de s'excuser, c'étaitde se les rejeter les uns auxautres, et cette façon de se blanchir ne prolitait en définitive à personne (14 frimaire).

Lecture fut donnée de la lettre de Hérault-Séchelles. Le fait d'avoir reçu cette lettre ne constituait pas une charge, car il peut arriver aux plus honnêtes gens de recevoir de mauvais conseils.

Gicqueau, membre important de l'administration départementale, n'eut point à se louer d'avoir comparu. Il ne put se défendre d'avoir écrit de sa main le cruel arrêté du 24 brumaire an II, signé: Grandmaison, Goullin et Richelot, qui réglementait les conditions du voyage des Cent trente-deux Nantais envoyés à Paris^ (15 frimaire).

u Gicqueau, Minée et Renard, écrivait Laënnec, le lendemain, ont eu une peur dont ils ne reviendront pas tout à l'heure. Minée surtout, et Renard, ont été bafoués, honnis, confondus d'une si rude

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