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Guerres des Vendéens et des Chouans, II

taller le général Lochelle. P(Mit-elro, il avait pu cnipoi'lor avec hii, pour les lire et les méditer^, les mauvais conseils qu'un membre du Comité de Salut public, auquel il devait, dit-on, sa mission^, lui adressait de Paris. Ce conseiller était Hérault de Séchelles, le président de la Convention, il la journée du 31 mai. Hérault avait qualité pour se faire écouter quand il écrivait à son protégé :

« Voilà comme on marche, mon bon ami, courage, digne républicain. Je viens de recevoir ta lettre, et, au même instant, je l'ai lue au Comité de Salut public, qui Ta entendue avec une vive satisfaction. Nous serions bien heureux, la République serait vigoureuse et florissante, s'il y avait partout des commissaires aussi énergiques que toi et tes collègues. Tu dois être à Nantes, si ta santé te l'a permis. Nous te conjurons d'y aller sur-lechamp; nous t'envoyons un arrêté, qui te presse de purger cette ville, qui est delà dernière importance. L'Anglais menace nos ports et nos frontières ; nous avons lieu de craindre pour Brest. 11 y a déjà des commissaires. Fais-y veiller le plus que tu pourras. Il faut, sans rémission, évacuer, renfermer tout individu suspect ; la liberté ne compose pas. Nous pourrons être humains quand nous serons assurés d'être vainqueurs. L'intention du Comité est que tu ailles, avec ton collègue, ou seul de Rennes à Nantes, de Nantes à Rennes. Le caractère de la représentation nationale se déploie avec bien plus de force et d'empire quand les

1. Dugast-Matifeux, Bibliographie révolutionnaire^ n° 63, p, 35.

représentants ne séjournent pas dans un endroit, quand ils n'ont pas le temps de multiplier leurs relations, quand ils frappent de grands coups en passant, et qu'ils en laissent, sauf à la suivre, la responsabilité sur ceux qui sont chargés d'exécuter. Nous te recommandons de destituer bien vite, à Nantes et ailleurs, les administrateurs fédéralistes contre-révolutionnaires. Mille amitiés à PochoUe.

« Hérault ^ »

Cette phrase surtout : « Nous pourrons être humains quand nous serons assurés d'être vainqueurs, » n'était pos, il faut bien le reconnaître, pour réfréner les instincts violents de celui à qui elle s'adressait.

1. Arch. nation., Sect. judic, W, 1° 493. Cette lettre a été reproduite plusieurs fois, soit entièrement, soit par fragments, par M. Dugast-Matifeux, dans sa Bibliographie révoluLionnaire, n° 62 ; par Babœuf, Vie de Carrier^ p. H8 ; dans le Bulletin du Tribunal révolutionnaire, VII, 50 ; et par M. Aulard, dans le Recueil des actes du Comité de Salut public^ Vil, 115.

CIIAPlTlîKIV

MONTAir.U, CHOLET, NANTES

Lettre au Comité de Salut public daus laquelle Carrier exprime ses regrets de n'avoir pu noyerà Saint-Malo les prêtres refractaires, et annonce qu'il fera fusiller sans jugement les suspects de connivence avec l'insurrection. — 11 ne fait que traverser Nantes et se rend à iMontaigu pour installer l'incapable Léchelle en qualité de général en chef de l'armée de l'Ouest. — Compte rendu par Carrier de cette mission. — 11 part avec l'armée et fait, en passant, incendier Tillanges. — Sa conduite à la bataille de Cholet. — 11 se dirige vers Nantes avec Westermann. — Il annonce qu'il va faire fusiller les grands coupables. — Enthousiasme des Nantais pour Carrier porteur de la nouvelle de la victoire de Cholet. — Carrier l'un des cinq représentants délégués permanents à l'armée de l'Ouest par décret de la Convention.

C'est le jour, ou peut-être le lendemain de son arrivée à Nantes, que Carrier écrivit au Comité de Salut public une lettre importante, non datée, que M. Au lard croit être du 7 octobre 1793, et dont il est intéressant de citer quelques passages. Les déclarations qu'elle contient marquent un progrès très accentué du représentant dans la voie des répressions cruelles, à moins d'admettre, ce qui est très possible aussi, qu'encouragé par Hérault- Séchelles à tout oser, il se soit tout simplement enhardi à s'exprimer sans ambages.

Dans le chapitre précédent, je me suis demandé si, en parlant, le 15 septembre, d'une cargaison de prêtres réfractaires qu'il avait eu le projet d'embarquer à Saint-Malo, il n'avait pas voulu

faire une allusion discrète à un projet de noyade en mer. L'idée de noyer les prêtres n'était pas nouvelle. Le boucher Legendre avait déjà proposé, un soir, à la Société des Jacobins, de se défaire de cette façon des prêtres réfractaires dans la rade de Brest*.

Dans la lettre du 7 octobre. Carrier est plus explicite que dans celle du 15 septembre. « Nous avions appelé auprès de nous, à Rennes, le citoyen Héron, oflicier de marine à Saint-Malo~. Notre intention était de lui confier la déportation des prêtres réfractaires, des antiques nones et de l'évêque détenu à Rennes. Je connais ce brave officier; nous lui donnâmes le mot d'ordre avec notre ami Pocholle ; il l'eût très bien exécuté, mais il nous observa qu'il était impossible de sortir de la rade de Saint-Malo sans s'exposer à être pris par les bâtiments anglais. Quel dommage! Il a fallu nous désister de notre salutaire projet. Nous en avons conçu un nouveau ; nous faisons conduire tous ces êtres malfaisants, que nous avions d'abord lésignés à une déportation radicale, au mont Saint- Michel. Là ils seront assujétis à une détention sûre... Plus tard, nous ferons en sorte d'effectuer les mesures dont nous sommes forcés de différer l'exécution. » Gomme on sait que la déportation

1. Journal des Débats et de la Correspondance de la Société des amis de la Constitution, n" 194. (15 mai 1792).

2, Ce Héron devint, peu après, l'un des principaux agents de la police du Comité de Sûreté générale et le chef d'une troupe de <v rabatteurs de gibier pour la guillotine». M. Lenôtre, dans son ouvrage si captivant sur certains hommes de la Terreur, Vieilles maisons. Vieux papiers (Paris, Perrin, 1900), a donné, de ce personnage secondaire, une notice qui n'est pas la moins intéressante du volume.

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