MONTAIGU, CHOLET, NANTES
(les pnMrcs à la Guyane, même par les ports de l'Océan, était devenue im[)ossible à cause des croisières anglaises, et, qu'à plus forte raison, il en était de même à Saint-Malo, il est clair que la (/('porlafion radicale^ qui avait été projetée, ne pouvait être qu'une noyade.
Après avoir parlé longuement des arrestations de suspects etïcctuées à Saint-Bricuc et à Dinan par ses ordres, et tracé le programme de celles qu'il se propose d'ordonner à Nantes, oii il fera danser rudernent La Carmagnole ^ quand il sera revenu de Montaigu, il termine ainsi : « Je dois vous prévenir qu'il y a dans les prisons de Nantes des gens arrêtés, comme champions de la Vendée. Au lieu de m'amuser à leur faire leur procès, je les enverrai à l'endroit de leur résidence pour les y faire fusiller. Ces exemples terribles intimideront les malveillants, contiendront ceux qui pourraient avoir quelque envie d'aller grossir la cohorte des brigands. On les croit vivants tant qu'on n'en voit pas le supplice. »
Sur la chemise de cette lettre on lit : « Les mesures rigoureuses et révolutionnaires sont très utiles; ce n'est qu'en purgeant les contrées de tous les conspirateurs et fédéralistes que l'on fera goûter le bonheur d'avoir une république ^ »
Disons de suite, pour n'avoir pas à y revenir, que la réponse du Comité de Salut public à cette lettre, tout en ayant l'air de porter seulement sur
1. Recueil des actes du Comité de Salut public, VIII, 286. — La version, donnée par M. de Martel, dans son Etude sur Fouché, 1, 21)1 et suiv., et qu'il dit avoir copiée snr l'autographe, contient quelques très légères variantes.
40 J.-JÎ. CARRIER
laréclusion des prêtres au mont Saint-Michel, engage Carrier u à continuer de purger le corps politique de toutes les mauvaises humeurs qui y circulent ^ » Carrier partit de Nantes, dans la matinée du 9 octobre, pour se rendre au quartier général de Farmée, et présenter aux troupes le citoyen Léchelle, leur nouveau général en chef. La ConventioQ avait récemment décidé que les deux armées des côtes de la Rochelle et de Brest seraient commandées par un seul chef, qui aurait sous ses ordres toutes les troupes employées dans la Vendée, et que cet ensemble de forces prendrait le nom d'armée de TOuest. Les généraux Caudaux et Aubert-Dubayet avaient été destitués sur le champ de bataille au moment de leur victoire, quoiqu'ils eussent la confiance des soldats- et môme celle des sans-culottes '\ Leurs talents militaires ne pouvaient balancer, aux yeux du Comité de Salut public, la tare indélébile d'avoir appartenu à la noblesse, et Saint- Just donnera, peu après, la raison de cette exclusion en disant : « Il n'est peut-être pas de commandant militaire qui ne fonde en secret sa fortune sur une trahison en faveur des rois. On ne saurait trop identifier les gens de guerre au peuple '^.. »