Petit, Rernien, Gicqueau et Minée
les délégués de la Société populaire. Ce jury avait été constitué a pour se rendre de suite au bureau du Comité, et travailler, sans désemparer, à la confection d'une liste sur laquelle cette expédition terrible devait s'effectuer ».
(( La liste des proscrits, nous apprend également Bachelier, fut dictée d'après celle de l'état général des prisons. Il fallait que trois voix se prononçassent en faveur d'un détenu pour le garantir de la fusillade. On ne discuta pas la moralité de ceux de l'Eperonnière ', tous plus ou moins suspects de royalisme et de fédéralisme; ceux-là devaient être fusillés, sans exception, au nombre d'une soixantaine-. » La liste totale, selon Phelippes, aurait été arrêtée au nombre d'environ trois cents.
Carrier put croire, en quittant la séance, — à laquelle il prétendra vainement plus tard n'avoir pas assisté, — que sa manœuvre avait réussi, et que les membres des administrations prendraient officiellement part à l'exécution des grandes mesures qu'il projetait. Il se trompait, ou plutôt on l'avait trompé. Les notables de la Société populaire, qui avaient accepté de Gilletet de Philippeaux de j'emplacer les administrateurs choisis par leurs concitoyens, et destitués comme entachés de fédéralisme, ('talent plus lâches que cruels. Ils avaient eu la faiblesse d'accepter ces situations, et leur
1. L'Eperonnière était une maison de campagne devenue la propriété des Dames du Sacré-Cœur, route de Paris. On y avait enfermé, spécialement, les suspects destinés à être envoyés au tribunal révolutionnaire de Paris, les Cent trenle-deux.
2. Bachelier, Mémoire pou?' les acquittés, in-8° de 48 p. Angers an II, Jahyer et Geslin et sa déposition {Bulletin du Tribunal révolutionnaire^ n° 100, p. 398).
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pusillaiiiinili' no, se (lémciilira pas au miliou de toutes l(^s airociiés doul ils soront los témoins attrist('s [)eul-cMre. \\u présence de Carrier, ils n'avaient pas osé résister, ils avaient pris part au triage des noms, mais ils s'étaient retirés après son départ, sans signer (Tordre d'exécution. Carrier n'avait pas non plus osé leur parler de noyades.
Louis Naux, le boisselier, membi'e du Comité révolutionnaire, le meilleur des deux sans-culottes de ce nom, a parlé de Fintimidation exercée par certain de ses collègues à cette réunion : «Les 14 et 15 frimaire, dit-il, j'ai passé deux nuits au Comité sans pouvoir en sortir. Mes collègues me retenaient de force: Chaux, Bachelier et Goullin me forçaient à signer. Grand mai son me menaçait de me dénoncer à Carrier... Pendant les deux nuits et les deux jours que l'on dressa les listes, nous ne mangions que du biscuit ou du fricot de chez Forget ^ »
A cinq heures du matin, après le départ de tous les assistants, les membres du Comité révolutionnaire se retirèrent, dans le bureau, avec Forget et rédigèrent l'ordre ci-après, que trois d'entre eux seulement consentirent à signer :
« Au nom du Comité révolutionnaire de Nantes,
(( Le commandant temporaire de Nantes est requis de fournir, de suite, trois cents hommes de troupes soldées, pour, une moitié, se transporter à la prison du Boutfay, se saisir des prisonniers désignés dans la liste ci-jointe, leur lier les mains deux à deux, et se transporter au poste de TEperonnière; l'autre moitié se transportera aux Saintes-