LES GRANDES EXÉCUTIONS
tifs en frimaire, (^l oiilin les nombreuses ('usilladcs (jiii ensanglantèrent les derniers jours de ce mois et \vs premiers du mois suivant.
La bataille de Savenay qui eut lieu, comme nous le verrons tout à Flieure, le 3 nivôse (23 d('cembre), avait été une date assez importante pour se fixer dans les mémoires, et permettre, aux moins attentifs, de classer, avec précision, les faits contemporains de cet événement, en faits d'avant ci d'après Savenay.
C'est ainsi que les membres du Département de la Loire-Inférieure ont affirmé, sans bésitation, que sept à huit cents prisonniers ^ non jugés, furent, par ordre de Carrier, fusillés à Nantes, enfrimaire, avant SavenaijK Nulle protestation ne s'éleva des bancs de la Convention, quand, à la séance du 6 nivôse (26 décembre), lecture fut donnée d'une lettre de Carrier, datée de Nantes le 30 frimaire (20 dé-, cembre), dans laquelle il disait : « La défaite des brigands est si complète que nos postes les tuent, les prennent, et lesamènent.à Nantes par centaines ; la guillotine ne peut suffire; j'ai pris le parti de les faire fusiller. Ils se rendent ici et à Angers par centaines; j'assure à ceux-ci le même sort qu'aux autres. J'invite mon collègue Francastel à ne pas s'écarter de cette salutaire et expéditive méthode. C'est par principe d' humanité que je purge la terre de la liberté de ces monstres ~. »
1. Voir les pièces justificatives dans les Fusillades de Nantes, par A. Lallié [Revue de Bretagne et de Vendée, février 1882).
2. Séance du 6 nivôse an II [Réimpression du M)niteur, XIX, 37). — L'humanité de Carrier ressemblait à la sensibilité de Collot d'Herbois disant aux Jacobins : « Nous en avons fait foudroyer à Lyon deux cents d'un coup, et on nous en fait un crime! Ne
IbO J.-B. CARRIER
Une autre lettre de Nantes, anonyme celle-là, facile à dater du 29 frimaire, parce qu'elle mentionne la capture des demoiselles de la Métairie, insérée aux Nouvelles des départements dans le Journal de la Montagne, mande, sans commentaires : « Les débris de l'armée catholique nous arrivent à force. Hier, on a fusillé deux cent soixante-dix-neuf brigands, dont cent soixante-dix avaient été pris à Ancenis, et les autres du côté de Vannes. Il y avait parmi eux plusieurs petits chefs ^. »
De leur propre autorité, les généraux procédaient aussi à ces exécutions en masse, et les faisaient avec des raffinements de cruauté que l'on n'a point eu à reprocher à Carrier.
C'était encore avant Savenay. Benaben, commissaire du Département de Maine-et-Loire, qui assistera à la bataille, était en route pour rejoindre Farmée républicaine. Envoyant à son ami Vial, de Chalonnes, ses impressions de voyage, voici ce qu'il lui racontait : (( Comme je revenais de Moues-, oii j'avais été chercher des chevaux pour traîner Fartillerie que nous avions prise aux brisait-on pas que c'est encore une marque de sensibiliié ? Lorsqu'on guillotine vingt coupables, le dernier exécuté meurt vingt fois, tandis que deux cents conspirateurs périssent ensemble. On parle de sensibilité! Et nous aussi, nous sommes sensibles. Les Jacobins ont toutes les vertus. Ils sont compatissants, hunjains, généreux.» {Réitnpressioii du Moniteur, numéro du 4 nivôse an II, XIX, 26). Cette théorie de la sensibilité, à propos du même fait, avait été déjà développée par lui dans son rapport à la Convention du 1""" nivôse [Réimpression du Monileu)-, XIX, 189).