Réimpression du Moniteur^ XIX
160 J.-B. CARRTER
Tout en reconnaissant comme constant le crime des noyades, imputable au seul Carrier, à l'exclusion de la complicité du Comité de Salut public et de la Convention, certains auteurs ont prétendu induire, de la confusion des dates et des faits dans les témoignages produits au procès, que le nombre des noyades avait été fort exagéré. Selon Michelet et Berriat Saint-Prix, on ne pourrait dater que sept noyades, et ni 1 un ni l'autre n'a essayé de les dater. Louis Blanc consent à reconnaître qu'il y eut plusieurs noyades.
Ce genre de supplice, que, dans l'ancienne Bome, on réservait aux parricides, avait été employé par les Anglais pour détruire les proscrits de la population française de la Nouvelle-Ecosse, au milieu du xv!!!"* siècle. (^ On coula en pleine merles vieux vaisseaux sur lesquels on les avait entassés comme un vil bétail 1. )>
Je ne reproduirai pas ici les détails minutieux que j'ai classés dans un ouvrage spécial sur les Noyades de Nantes. Cet ouvrage contient les pièces justificatives et les preuves. Je citerai seulement les affirmations de quelques témoins oculaires dont l'authenticité est incontestable.
Lorsque le représentant Dubois-Crancé alla visiter les fonderies d'indret, après le départ de Carrier (après le 28 pluviôse, 16 février 1794), « il
1. La Renaissance de la Population française en Acadie, par Camille Derouet {Correspondant du 10 septembre 1899, p. 919). Cette cruauté n'a rien d'invraisemblable de la part d'un peuple qui ne recule devant aucun moyen pour détruire ses ennemis, et qui, dans la guerre contre les indigènes d'Amérique, leur faisait distribuer des couvertures imprégnées du virus de la petite vérole (Voir Revue des Deux Mondes, i"' février 1900, p. 495).