Lockroy, Une mission en Vendée, Paris, 1893, p
2. Liasses de la police générale et correspondances (Archives départementales).
LlvS (111 AN DES EXI^.CUTIONS 160
(lotc-d'Or et Jlciilz nous avaient pro|)Os6 de demander au (A)niité de Salut [)ublic, pour les dépenses extraordinaires relatives à notre mission, ont été versées, il y a quelque temps, dans la caisse du payeur général de Tarmée, et que tu peux, ([uand tu voudras, faire usage de ces fonds pour rutilité puhli(jue '. )> Avec deux cent mille livres on pouvait achetei' bien des bateaux, car ceux qui furent employés étaient des sapines construites en vue de faire seulement descendre à Nantes, au moyen du courant de la rivière, des marcbandises encombrantes. Ces sapines, h raisonde leur peu de valeur, ne servaient qu'une fois ; elles étaient dépecées après leur déchargement et les planches étaient vendues à bas prix. Quelquefois on les employait à faire des cercueils pour les indigents.
Ce résumé des charges de Carrier dans le crime des noyades serait incomplet si je ne disais un mot des mariages républicains, dont Fabomination a contribué, peut-être plus que tous ses autres forfaits, àla Uétrissure indélébile de son nom. Romme semble y avoir cru, et, comme rapporteur de la Commission des Vingt et Un, il ne cache pas que de nombreuses lettres de Nantes parlent de cette horreur"-. Chaux a positivement accusé Fouquet et Lamberty de l'avoir pratiquée^.
1. Lettre orig^inale de Bourbotte (Bibliothèque de Nantes; Collection Dugast-Matifeux). V. aussi Desmé de Ghavigny, Saiimur pendant la Révolution, p. 332.
2. Moniteur du 23 brumaire an III {Réimpression, XXII, 482).— Rapport de Courtois sur les papiers de Robespien-e, p. 57.
3. Lettre de Leblois, accusateur public, l*ièces remises à la Commission des Vingt et Un, p. 67.
D'autre part, Tronçon-Ducoudray a dit dans sa plaidoirie : « Je ne parle pas de ces atrocités plus révoltantes encore, appelées ?nanag es repu /jlicains^ qui n'ont pas été suffisamment constatées dans les débats, mais dont l'infâme dénomination suppose toujours la plus infâme des barbaries'. » Le jugement n'en dit rien ; et, ce qui est plus significatif, c'est que, sur la feuille des questions à poser au jury, le président en avait inscrit une relative à ce fait et qu'il l'a bâtonnée. Un témoin a raconté qu'on attachait les victimes deux à deux, afin qu'il leur fût impossible de se sauver à la nage et que le nom de mariage républicain avait servi à qualifier cette précaution des bourreaux'^ Comme toutes les légendes, où se rencontrent quelques parcelles de vérité, celle des mariages républicains me semble trop enracinée dans l'opinion pour avoir été inventée de toutes pièces. L'imagination toute seule ne trouve pas ces choses-là. Il a pu très bien venir à Tidée de scélérats, d'une perversité inouïe, de mêler l'obscénité aux horreurs d'un supplice infligé à la fois à des hommes et à des femmes, et le récit, plus ou moins exagéré de quelques scènes de cette nature, aura donné naissance au bruit, grossi par l'opinion, qu'on les avait intentionnellement et systématiquement renouvelées sous le nom de mariages républicains^.
1. Plaidoyer de Tronçon-Ducoudray pour les membres du Comité révolutionnaire de Nantes, p. 27.