LES ARMÉES RÉVOLUTIONNAIRES
Indignité et incapacité des troupes républicaines chargées de réprimer l'insurrection vendéenne. — L'ancienne et la nouvelle armée. — Héros de cinq cents livres. — Ronsin, la Commune de Paris et l'état-major de Saumur. — Les vices de ces troupes signalés par Barère et Philippeaux. — La méfiance des généraux, sentiment commun chez les républicains. — Protestations des représentants Turreau et Carrier contre les honneurs rendus aux généraux après la bataille de Savenay. — Fureur de Carrier contre des citoyens qui n'avaient pas illuminé. — Carrier, Francastel et le général Moulin. — Rapports de Carrier avec la légion germanique et les hussards américains. Notices sur ces deux corps. — Les éclaireurs de la Montagne. — Prise de Noirmoutier. — Conduite de Turreau, Bourbotte, et Prieui de la Marne, à l'égard de la garnison de Noirmoutier rendue à discrétion.
L'homme est ainsi fait qu'il déteste un voisin qui lui déplaît plus qu'un étranger qui lui nuit. Delà cet acharnemeut particulier aux guerres civiles, oii chacun lutte à bon escient, pour la cause qu'il a volontairement embrassée, contre un adversaire qu'il regarde comme son ennemi personnel. Dans les excès de la guerre de la Vendée, comme dans ceux des autres guerres civiles, on constate les efYets de cette disposition naturelle ; mais, parmi les causes dé l'atrocité inouïe des excès dont les royalistes eurent h souiïrir dans l'Ouest, la principale est, sans contredit, l'indignité et la dépravation des éléments qui servirent à former les armées chargées de les soumettre.
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Quand la giieriT avait ÔX6 (h'clanïo an milieu do l'auuoe 1792, l'arméo frau(;aisc n'élait plus, commo elle ravaii oté sous Taïu-ion rogiuu^ et commo ollo lo redevint plus tard, une force régulièj'o et disciplinée, olx'issant à dos chefs dépendant hiérarchiquement les uns dos autres. Des corps francs, bataillons, légions, et mémo simples compagnies, s'étaient formés à Paris et dans les départements, composés do volontaires, dont les uns appartenaient à la garde nationale, et les autres s'étaient enrôlés directement. On avait naturellement dirigé sur la frontière les troupes de ligne, et on leur avait adjoint ceux des corps francs qui avaient paru les mieux organisés et disciplinés.
Au début de l'insurrection de l'Ouest, en mars 1798, les troupes de ligne, et mémo les bataillons de volontaires, faisant à peu près défaut dans la région, on avait eu recours principalement à la garde nationale. L'insuffisance de cette sorte de troupes, et la sévérité de lois barbares qui enlevait aux rebelles tout espoir d'échapper à la mort s'ils venaient h résipiscence, avaient propagé, au lieu de les éteindre, les foyers de résistance guerrière des populations.
Au mois d'avril, on songea à leur opposer des bataillons recrutés à Paris moyennant une prime de cinq cents livres. La première réquisition ayant enlevé les meilleurs citoyens, ceux qui restaient à prendre sortaient, à Paris tout au moins, des basfonds de la populace. L'armée révolutionnaire, composée de ces bataillons, et d'un certain nombre d'autres bataillons formés dans les départements et surtout dans les grandes villes, vint, sous la
direction de Ronsin, de Vincent et de Grammont, établir son quartier général à Saumur. C'est à l'état-major de cette armée que l'on donna ironiquement le nom de Cour de Saimiur^ à cause du faste qu'il déployait. L'exemple des méfaits de toutes sortes, commis par cette armée, ne fut que trop suivi par les autres troupes républicaines. Grâce à l'appui delà Commune de Paris, cet étatmajor et son armée bravèrent longtemps les reproches de Philippeaux, et autres représentants, qui les accusaient de travailler à faire durer la guerre de la Vendée, plutôt que de prendre les mesures propres à la terminer'.
Le 10 juin 1793, la Convention, émue du danger de l'indiscipline propagée dans l'armée, avait décrété un plan de réorganisation auquel on donna le nom d'amalgame, et qui consistait à fondre les volontaires dans les troupes de ligne. L'opération était difficile, et un décret du 19 nivôse (8 janvier 1794), qui la prescrivait de nouveau, montre, qu'à cette époque encore, rien n'avait été fait. L'ignorance était si commune, môme parmi les chefs de la troupe de ligne, en ce temps-là, que Ricord écrivait de Nice, le 8 octobre 1793, que le chef de la 22° demi-brigade ne savait pas lire-. Ce fut sans doute pour parer à cet inconvénient que fut rendu le décret du 27 pluviôse an II, portant : « Qu'aiicun citoyen ne pourrait être promu, depuis le grade de caporal jusqu'à celui
1. Voir un rapport de Barère, Moniteur du 8 thermidor an II {Réimpression, XXI, 304); Desmé de Ghavigny, Saumur pendant la révolution, passim.
2. Recueil des actes du Comité de Salut public et des représeU' tants en mission, VII, 325.