Savary, Guerres des Vendéens, II
vait sur les lieux, avait reçu de Francastel, le 25 frimaire (15 décembre), un ordre, non moins intempestif, de venir à Angers pour conférer sur ce qu'il y avait à faire. Gomme on ne résistait pas à dépareilles injonctions. Moulin avait obéi, après avoir pris les dispositions les plus urgentes. Il n'était donc point à son poste au moment où, le lendemain, l'armée vendéenne tenta le passage du lleuve, qu'elle ne put effectuer, à cause d'un nombre insuffisant d'embarcations que balayait d'ailleurs, à mesure qu'elles apparaissaient, Tartillerie de plusieurs chaloupes canonnières embossées sur les rives. Henri de la Rochejaquelein, Stofflet, et quelques escouades de leurs hommes, ainsi que je l'ai déjà dit, avaient pu néanmoins gagner l'autre rive en dépit des obstacles.
Moulin, revenu à Saint-Florent, et informé que des bandes royalistes errantes étaient disposées à se rendre, avait cru opportun d'encourager cette disposition à la soumission, en donnant des saufconduits à une dizaine d'hommes de divers cantons, et en les chargeant de lui amener le plus grand nombre de leurs camarades qu'ils pourraient décider à les imiter. Personne n'a jamais contesté la bonne foi de Moulin en cette affaire, et le médecin Thomas, entendu au procès de Carrier, a même affirmé qu'il n'avait agi qu'avec l'autorisation de Hentz, collègue de mission deFrancasteU. Dès le lendemain de la délivrance des sauf-conduits, le 19 décembre (29 frimaire), quatre cent quatre-vingt-douze hommes s'étaient rendus à
1. Bûchez, Histoire parlementaire de la Révolution, XXXIV, 169.
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Sainl-I'loroiil, ol à Ingrandes; le 1^0 frimaire à peu près antant, et le 2 nivôse (22 décembre), il y en avait douze cents. Les promesses de Moulin furent peu après désavouées par Francastel, et ces douze cents malheureux, qui purent se croire les victimes d'une trahison de Moulin, furent fusillés dans la pree de Sainte -Gemme, entre Angers et les Ponts-de-Cé'.
Cependant Carrier, furieux de ce que le général ne s'était pas trouvé à son poste, le 26 frimaire, lui ordonnait de venir à Nantes, quoique celui-ci l'eût informé, aussitôt qu'il l'avait pu, de la cause légitime de son abî^ence. La distribution des saufconduits était pour beaucoup dans sa fureur, à en juger par sa lettre à la Convention du 30 frimaire, où il «annonce qu'il a donné l'ordre d'arrêter ce général vraiment coupable^».
Les termes dans lesquels Moulin informa le général Vimeux de Tordre d'arrestation qu'il venait de recevoir de Carrier, semblent confirmer le dire du médecin Thomas, sur l'autorisation donnée par Hentz de promettre amnistie à ceux qui se rendraient. « A cet instant, mandait-il au général Vimeux, le 2 nivôse (22 décembre), je reçois un ordre du représentant du peuple Carrier, qui me met en état d'arrestation et me fait con-
1. Adresse de la Société populaire d'Angers à la Convention, reproduite dans le Journal des Lois du 8 pluviôse an 111. Les représentants du peuple en mission dans le département de Maine-et-Loire {Revue de l'Anjou^ septembre et octobre 1852, p. 301). La brochure qui contient ces articles est plus instructive que bien des gros livres; elle est malheureusement devenue rarissime.
2. Réimpression du Moniteur^ XIX, 57, numéro du 8 nivôse an II.
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duire dans les prisons de Nantes. Ma conduite, mon amour de la République, ne me permettent pas d'en soupçonner la cause. Il se pourrait pourtant qu'il n'ait pas bien compris mes explications sur mon absence de Saint-Florent ^ »
A son arrivée à Nantes, Carrier le reçut en le frappant à coups de plat de sabre, et le fit conduire au Boufîay, où il resta du 3 au 6 nivôse-. Les considérants de l'arrêté qui prononça sa mise en liberté lui furent, il faut l'espérer pour son honneur, plus pénibles que les coups de plat de sabre, quoiqu'il n'ait pu se défendre, dans un mémoire imprimé peu après, de s'être laissé intimider par Carrier, et de lui avoir dit faussement qu'il n'avait donné des sauf-conduits que pour engager un plus grand nombre de brigands à se rendre -^
L'arrêté était ainsi conçu : « Nantes le... nivôse an IL — Carrier représentant du peuple, sur les bons témoignages qui lui ont été donnés par ses collègues, Prieur de la Marne, Turreau et Bourbotte, et par Turreau, général en chef de l'armée de l'Ouest, de la pureté du civisme du citoyen Moulin, général divisionnaire, commandant de poste à Saint-Florent, des principes révolutionnaires qu'il a toujours professés, et de sa conduite pendant la guerre de la Vendée ; convaincu, d'après les déclarations du citoyen Moulin qu'il a