Moniteur du 20 nivôse an II {Réimpression, XIX
citèrent aussi, dans le môme rapport, ces deux lignes d'une lettre de Prieur et Turreau à l'un d'eux : « Goncerle avec les généraux les mesures propres à exterminer les brigands sur la rive droite, nous nous chargeons de la gauche. Ce n'est plus des ennemis à combattre, mais des ennemis à assommer^. »
Polybe raconte que, lorsque l'armée des mercenaires fut devenue un sujet d'inquiétude pour la république carthaginoise, Hamilcar réussit à les envelopper si habilement que, de quarante mille hommes, pas un seul ne se sauva. Michelet, en rapportant ce fait dans son Histoire r 0771 aine, apiiie qu'en cet âge de fer, cette extermination souleva l'horreur de tous les peuples, et qu'on appella la guerre des mercenaires la guérite i7iexpiable. Après quinze ou seize siècles de civilisation chrétienne, la République de la Convention avait ramené la France au temps d' Hamilcar.
1. Eapport de IJenlz el Franco s tel su?' leur imssion avec Prieur et GaiTau, p. 4 et 33,
GHAPimh] XIII
GAKRIEll, TllÉlIOUAKT, F.EBATTEIIX
Lebatteux, sa troupe, ses pouvoirs révolutionnaires, et l'usa^^e qu'il en faisait. —Ordre du représentant ïréhouart de l'arrêter. — Conflit entre Tréhouart et Garrieràla suite de cet ordre. — Ce scandale dénoncé au Comité de Salut public parle petit Jullien, commissaire du Comité de Salut public. — Publication des papiers de Jullien, sous le titre: Une mission en Vendée. — Demande, par Jullien, du rappel de Carrier non exaucée. — Déplacement de Tréhouart. — Loi du 1 i frimaire sur le gouvernement révolutionnaire.— Effets de cette loi à Nantes. — Carrier confirmé dans ses pouvoirs illimités par le Comité de Salut public. — Négligence de Carrier dans l'application de la loi du 14 frimaire. — Circulaire du Comité de Salut public sur l'illégalité de la peine de mort prononcée par les représentants, illégalité couverte par les motifs et les circonstances.
S'il était permis de rapprocher le verbe aimer du nom de Carrier, ou pourrait dire de lui qu'il aimait les assassins et les meurtriers. Ses instincts méchants le portaient tout naturellement à leur donner sa confiance ; témoins, Lamberty et Robin, et un autre scélérat nommé Lebatteux.
Lebatteux, François, vin^t-neuf ans, était un ancien cuisinier de l'abbaye de Saint-Sauveur, qui s'étaitétabli aubergiste àRedon, et qui était à la fois directeui' des postes, membre du Conseil de District et du Comité de surveillance révolutionnaire de cette ville ^ Carrier l'avait connu en traversant le Morbihan, et, par un arrêté daté de Nantes le
1. Notes d'audience de Villenave, f° 743 (Collect. Gustave Bord).
4 frimaire (24 novembre), il l'avait autorisé, ainsi que le général Avril, à parcourir, avec les forces actuellement sous leurs ordres, toutes les communes du Morbihan et du Finistère pour y exercer les pouvoirs révolutionnaires, « défendant à tous corps administratifs de mettre la moindre entrave aux opérations que ces deux agents pourraient prendre et concerter ^ ». Les troupes, actuellement sous les ordres de ces deux coupe-jarrets, étaient unebande de gens qui leur ressemblaient, à laquelle Carrier leur avait permis d'adjoindre un certain nombre d'hommes du bataillon du Bas-Rhin. Avant, et depuis la date de cet arrêté, Lebatteux avait parcouru une partie du district de la Roche-Bernard, en levant à son profit des contributions sur les habitants. Dans les paroisses de Rieux, Bégane, Péaule et Questembert, Lebatteux et ses compagnons avaient brûlé une vingtaine de chapelles-. Dirigeant ensuite sa troupe sur Vannes, et s'étant arrêté en passant à Noyal-Muzillac, il avait fait sortir de Féglise huit habitants qu'il avait fait fusiller après avoir fait creuser leur fosse en leur présence. Deux de ces victimes avaient des certilicatsde civisme. Arrivé à Vannes avec son escorte, Lebatteux s'était présenté au Département et avait prétendu lui imposer son autorité. Le Directoire, quoique intimidé, avait hésité à enregistrer ses pouvoirs, et, pour plus de sûreté, avait envoyé un exprès î^ Nantes pour en référer à Carrier. Celui-ci avait répondu par un faux-fuyant. Cependant