E. Lockroy, Une mission en Vendée, in-18, p. 296 etsuiv
2. Abbé Piéderrière, Deux pages d'histoire de la Révolution {Revue de Bretagne et Vendée^ 1860, t. Vil, p. 235).
CAHUIKR, rRKHOlART, LKRATTELX 191
Lcbattciix otîiitallo à la SociiHc; [)0|)ulaire et y avait fait graïul i)ruiL II y avait horrihlement mallraib' un iiomivH' MoïKjuot, apothicaire de Loriont', rcvolulioiniaire des plus exaltés, qui, arrivant de Paris, eharoe d'une mission importante pour l'administration des subsistances, avait tire de sa poche le décret du 11 frimaire qui abolissait les corps francs, dits arnu'^es révolutionnaires. Lebatteux, en présence de l'attitude dugénéral Avril, avait cru prudent de céder, et il avait quitté Vannes en faisant toutes sortes de menaces. Le représentant ïréhouart, en mission à Redon, informé de la conduite deLebatteux, l'avait fait arrêter et emprisonner^.
Carrier, furieux de ce qu'on eût contesté les pouvoirs qu'il avait donnés à son agent, prit aussitôt un arrêté des plus violents dans lequel il proclamait le patriotisme de Lebatteux, se portait son garant devant la F'rance entière, ordonnait à tous les généraux de le protéger et de le faire mettre en liberté, et interdisait en même temps d'obéir à Tréhouart, qu'il qualifiait de partisan des royalistes, fédéralistes et modérés, de rebelle aux instructions de la Convention, ajoutant qu'il allait le dénoncer au Comité de Salut public^ Il écrivait
1. C'est ce même Moiiquet qui, envoyé en mission à Nantes, exerça de nombreux pillages clans les magasins des marchands (Bachelier, Mémoire pour les acquittés, p. 33).
2. Bulletin du Trilmnal révolutionnaire. Vil, 66. — A ce moment déjà, Tréhouart avait été dénoncé au Comité de Salut public, et en marge dîme lettre de lui, Billaud-Varennes avait mis cette annotation : écrire à ïréhouart qu'il est rappelé au sein de la Convention [Recueil Aulard, IX, 474).
3. Arrêté de Carrier du 4 nivôse an II (24 décembre 1793). Pièces remises à la Co7nmission des Vingt et Un, p. 57 et suiv.;
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en môme temps au général Tribout, qui commandait à Redon, une lettre dont voici quelques passages : «Tu dois t'être aperçu de la nullité de talent de Tréhouart... Il ne lui manquait plus que de devenir le protecteur des contre-révolutionnaires... Je te somme, au nom de la République, au nom de la Montagne, sur laquelle j'ai toujours juché, et 011 ne gravit jamais ce crapaud de Tréhouart, d'exécuter de point en point l'arrêté que je viens de prendre concernant Lebatteux. Je vais à l'instant dénoncer Tréhouart au Comité de Salut public de la Convention nationale, afin qu'elle rappelle promptement ce député de fraîche date^, qui compromet à tout instant la liberté et les intérêts de son pays". »
Lebatteux fut aussitôt mis en liberté. Il commit plusieurs autres assassinats, et ne fut arrêté pour ses crimes que l'année suivante, par ordre de Boursault. Une subit jamais aucune condamnation, et M. Piederrière rapporte qu'il reprit son métier de maître d'hôtel à Redon, et qu'il ne fut l'objet d'aucunes représailles.
11 y avait alors, dans le Morbihan, un commissaire du Comité de Salut public qui était une véritable puissance, Jullien (Marc-Antoine), désigné par certains journalistes du temps sous le nom de petit Jullien^ et qui, pour se distinguer de son père
Rapport fait à la Commission des Vingt et Un, p. 22; Bulletin du Tribunal révolutionnaire, VI, 235 et VII, 47.
1. Tréhouart, ancien maire de Saint-Malo, avait été élu suppléant pour rUle-et- Vilaine, et avait été appelé à la Convention pour occuper le siège de Lanjuinais, mis hors la loi.
2. Wallon, les Représentants en mission, t. 1"% appendices, p. 483. — Savary, t. II, 507.
CARRIKR, THKHOIÎAUT, LKHATIKIIX 193
.lui lion (l(^ la Di'ome cl de Jullieii de Toulouse, signa plus lard .lullieii de Paris. Fonctionnaire précoce, il avait à peine dix-fniit ans lorsqu'il avait ét(' envoyé dans les départements avoisinant les Pyn^nées pour s'occuper de recrutement. L(î commissaire des guerres ayant été empeclié par la maladie, il avait dû le remplacer, et il avait fait preuve de qualitésadministrativeslbrtau-dessusde son Age. Ce succès Tavaitiait remarquer ; grâce aux relations de son père, député de la Drome, il avait approché Robespierre et Barère, et il avait réussi à se concilier leur conliance et leur amitié. Au mois de juillet 1793, il faisait partie du Club des Gordeliers, et, pour son début dans la politique, il s'était fait députer «à la Convention pour lui annoncer la prochaine inauguration, dans la salle des séances de ce Club, d'un autel au cœur de Marat ' . Le Comité de Salut public l'avait fait son 77iissus dominiciis pour un certain nombre de départements. Ses fonctions apparentes consistaient à surveiller et inspecter les Sociétés populaires et les administrations ; mais, en réalité, il était surtout chargé de renseigner le Comité de Salut public sur la conduite des représentants en mission. Ses lettres ont été .reproduites, en même temps que ses autres correspondances et élucubrations patriotiques, dans un volume édité par son petit-fils, M. Edouard Lockroy, sous le titre : Une ?7iission en Vendée-, livre en
■ 1. Convention, 26 juillet 1193 [Uéimpressioii du MonHe2ir,WU, 243).
2. Un volume in-18, Ollendorf, Paris, 1893. La mission de Jullien n'était pas spéciale à la Vendée, et, en fait, il ne fit que traverser une partie du théàti-e de la guerre; elle commença au Havre et finit à Bordeaux. Voir le texte de sa Gonuinission, Aulard, Hecueil
somme curieux, et qui exprime, avec une grande vérité, les sentiments qui animaient les agents de la Terreur.
Jullien, il fautlui rendre cette justice, avait sans hésiter pris parti contre Lebatteux, et, dès avant son arrestation par Tréhouart, il avait signalé à Barère et autres membres du Comité de Salut public, comme méritant un châtiment exemplaire, ce scélérat qui tuait les patriotes aussi bien que les royalistes 1. Aussitôt qu'il avait eu connaissance de l'ordre de Carrier de le mettre en liberté, au mépris de celui donné par son collègue, il avait très nettement dénoncé cet acte comme un abus de pouvoir intolérable. « Carrier, écrivait-il le 12 nivôse (1" janvier), à Barère, doit vous paraître inhniment coupable d'avoir avili la représentation nationale, et méprisé les pouvoirs donnés à un de ses collègues, par la lettre injurieuse qu'il a écrite à Tribout sur Tréhouart... Il me paraît instant que Carrier et Tréhouart soient promptement rappelés. Leur lutte a produit le plus mauvais effet; les contre-révolutionnaires en triomphent-. » Revenant, à la fin de sa lettre, sur le compte de Tréhouart qu'il trouvait à la vérité un terroriste un peu mou, il émettait l'avis de l'envoyer à Brest, oii il pourrait, en sa qualité de marin, rendre des serties actes du Comité de Salut public^ 10 septembre 1793, VI, 397.
1. Une mission en Vendée, lettres de Tréhouart des 26 et 27 frimaire an 11, 16 et 17 décembre 1793, p. 145 ; lettres au Département du Morbihan du 26 frimaire, p. 147; lettres au Comité de Salut public des 29 frimaire et 5 nivôse, 19 et 25 décembre 1793 {Recueil des actes du Comité de Salut public, IX, 474). En marge d'une de ces lettres on lit de nouveau : « Ecrire à Tréhouart qu'il est rappelé au sein de la Convention ».