Bulletin du Tribunal révolu/ ioniiaire, VI
LES HAHITATIONS DE CARRlEFi A NANTES 209
une plimie, mais, saisi d'un nouvel accès, il la dépose pour quelques instants ; puis il écrit Tordre de nous arrêter... Enlin il renferme cet ordre dans sa poclie, et permet (jue nous nous retirions ^ »
Scène à peu près semblable avec Even, l'agent maritime, qui était venu lui parler d'une aiïaire de son service. Carrier lui dit que si la marine manquait de subsistances il en répondrait sur sa tète. Il voulut môme prendre le sabre d'un militaire pour le frapper. Even lui écrivit plus de vingt lettres sans recevoir un mot de réponse'.
Renard, le maire, qui déjà avait eu à souffrir de ses violences, se présente pour l'entretenir de la question des subsistances de la ville. Il est admis dans l'antichambre, et on le fait attendre deux heures. «Enfin, dit-il, fatigué de voir tout le monde admis (Carrier était, paraît-il , dans Tun de ses bons jours), je force la sentinelle, et je m'introduis... J'étais fort irrité, fort indigné, et il est possible que je sois sorti des bornes de la modération; mais Carrier ne m'écoutait pas. Aussitôt qu'il m'aperçoit, il s'écrie : « Comment la sentinelle ne t'a-t-elle pas passé sa baïonnette à travers le ventre? Ma trop grande bonté, ma trop grande faiblesse, me perdront. » Une citoyenne présente répond à Carrier : « Non, tu ne te perdras pas » ; je réplique brusquement à cette femme : « Sauve-toi toi-même^. »
1. Bulletin du Tribunal révolulionnaive^ VI, 274. D'après le Jowîial des Lois du 3 brumaire an III, cette scène aurait eu lieu le 9 ou le 10 pluviôse an II.