‹ J.-B. CarrierChapitre 96 sur 207 · Journal des Lois^ du 24 frimaire an IIÏ, p · texte numérisé non relu

Journal des Lois^ du 24 frimaire an IIÏ, p

3. Bulletin du Tribunal révolutionnaire^ VII, 7, et Phelippes, Noyades, Fusillades, p. 69. Déposition de Cha.nipenois, Bulletin du Tribunal révolutionnaire , VI, 305.

Le (Conseil de la Commune charge Bonamy d'une mission semblable à celle dont Renard avait pris Finitiative. Bonamy trouve au lit le représentant, qui se fâche et demande qu'on le laisse tranquille. Il lui répond que les circonstances sont impérieuses, et qu'il faut aviser au danger de la disette par des ordres convenables. Carrier fait le sourd, et ne répond rien d'aboid ; enfin il ouvre la bouche pour dire : « Le premier b... qui me parle de subsistances je lui f... la tête à bas, j'ai bien à faire de toutes vos sottises. » Bonamy rapporte ce propos, et le Conseil décide d'envoyer une députation a Carrier; mais personne ne veut faire partie de cette députation '.

Le 17 nivôse (6 janvier), le citoyen Guimberteau, inspecteur général des charrois militaires, arrive à Nantes, et il constate que ce service est tombé dans une complète désorganisation. Dans des lettres adressées à Fun de ses surbordonnés, il se plaint que les chevaux crèvent dans les rues, et que les voitures, brisées et découvertes, sont éparses de tous côtés. Le directeur général, en résidence à Nantes, qui avait été le secrétaire de Carrier, un nommé Prigent, venait d'être mis en état d'arrestation sur la dénonciation du général Turreau. Guimberteau, naturellement, songe à invoquer l'autorité du représentant dont le secours lui est indispensable pour rétablir un peu d'ordre dans l'administration. Arrivé à la porte de Carrier, il est reçu par un jeune secrétaire qui, au lieu de l'accueillir, lui cherche querelle et le fait mettre

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à la [)or((' par quatre Fiisiliers. Il rotourno ({iielqucs heures plus tard, et réussit à se faire introduire. Il s'efforce de faire comprendre au représentant combien il impoi'te à rinléret de Tarmée de mettre fin à un pareil désordre. (Carrier lui répond « qu'il s'occu|)erait de son alfa ire quand il voudrait; qu'il

voulait prendre du nqios; qu'il se f de toutes

les régies, et qu'il les ferait guillotiner quand il s'en occu[)erait » (sic)- 11 insiste, Charrier le traite « d'original ». Guimherteau, voyant enfin que le maître allait le trailer comme avait déjà fait le secrétaire, et ordonner aux grenadiers qui le gardaient de le jeter à la porte, prend le parti de se retirera

Ce Prigent, qui vient d'être nommé, n'était pas seulement un directeur général prévaricateur. Si l'on en croit certains documents, il aurait été, comme Lalouet, un de ces confidents, qui, pour s'être tenus au second plan, ne laissèrent pas déjouer, dans les événements de Nantes, sous le proconsulat de Carrier, un rôle considérable.

Prigent (Jean-Yves-Alexis) était un ancien procureur au présidial de Rennes, devenu plus tard avocat, qui avait eu maille à partir avec la justice, et qui avait réussi à se faire acquitter. C'était, à n'en point douter, un habile homme. Carrier, lorsqu'il était à Rennes, en avait fait son secrétaire. Il l'avait amené de Rennes à Nantes, et, vers le milieu de frimaire, il l'avait appelé au poste important de directeur général de la comptabilité des charrois de la première division de l'armée

1. Pièces remises à la Commission des Vingt et lin, p. H5 et 36.

de l'Ouest. La dénonciation de Turreau et la lettre de l'inspecteur Guimberteau ne permettent pas de douter qu'il avait malversé dans ses fonctions. Il avait dû coûter à Carrier de le faire emprisonner au Bouff'ay, le 9 nivôse (29 décembre) ; mais il est probable qu'il n'avait pu faire autrement. Dès le 22 nivôse (11 janvier), il le faisait transférer au Château ^ Je n'ai vu nulle part que Prigent ait comparu devant une Commission militaire quelconque, d'où il est permis d'inférer que la faveur de Carrier le tira de peine. Le fit-il de suite réintégrer dans son poste? Je ne sais; mais ce qui est certain, c'est que Prigent, au commencement de l'an 111, était redevenu directeur général des charrois'. Voici la note anonyme que j'ai copiée, parmi les pièces du dossier de Carrier, aux Archives nationales : « Confident le plus intime de Carrier, son collaborateur dans toutes ses mesures, son compagnon de débauches, son conseiller, son corrupteur peut-être, Prigent est, de tous les hommes de Nantes, celui qui peut donner les renseignements les plus certains sur l'affaire du Comité. On peut savoir son adresse à l'hôtel de la République, place Graslin. » Le défaut d'une signature au bas de cette pièce lui enlèverait toute valeur, si, d'autre part, le rôle coupable de Prigent ne se trahissait avec évidence dans une correspondance qui m'a été communiquée. Prigent était le mari d'une femme respectable à laquelle la famille d'un ancien membre des administra-

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