‹ J.-B. Carrier, représentant du Cantal à la Convention, 1756-1794, d'après de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 103 sur 198 · Eod., p · texte numérisé non relu

Eod., p

chargé de le remplacer (18 pluviôse an II, 6 fé vrier 1794) '. »

L'indignation des patriotes de Nantes contre les cruautés de Carrier, dont ils se sont beaucoup trop loués, fut une indignation rétrospective qu'ils n'éprouvèrent que huit mois plus tard, au commencement de brumaire an lll, lorsque l'opinion du pays tout entier se prononça contre ce représentant, à la suite des révélations des témoins du procès des 132 Nantais et du Comité révolutionnaire de Nantes. En pluviôse an II, les citations des lettres de Goupilleau et des procès-verbaux de la Société populaire le démontrent, les patriotes n'incriminaient en aucune façon Carrier pour sa conduite envers les royalistes; ils lui auraient plutôt, comme ils l'ont fait, reproché sa tiédeur et sa négligence. Leurs seuls griefs contre lui étaient sa morgue et son despotisme dans ses rapports avec les membres de la Société populaire et ceux des diverses administrations. Voilà ce qu'on ne saurait trop dire et répéter en présence des allégations si différentes, qui viendront accabler Carrier assis sur le banc des accusés.

Si la question d'humanité fut étrangère à l'envoi des plaintes et des doléances de? patriotes de Nantes au Comité de Salut public, ce n'est pas davantage sous l'inlluence d'un sentiment de pitié que les hommes d'Etat, qui présidaient aux destinées de la France, ont rappelé Carrier. Lorsque ses cruautés leur avaient été signalées,

1. Savary, Guerres des Vendéens el, des Chouans, Il F, 152. Une note manuscrite de Dugast-Matifeux nous apprend que Michelet a vérifié l'exactitude de la citation de Savary.

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bien auparavant et en temps utile pour les arrêter, par Lotïicialet Mcignen, ces représentants avaient été éconduits et traités de modérés, de protecteurs des brigands'.

Est-il besoin de citer un autre fait, qui fut affirmé à la tribune par Laignelot, et que personne n'essaya de démentir ? Le général Huche, dont les cruels exploits en Vendée avaient indigné les patriotes, avait été dénoncé par eux, amené à Paris et emprisonné. On lui reprochait d'avoir continué Carrier. « Robespierre prit sa défense et le renvoya dans la Vendée avec un grade supérieur à celui qu'il avaif^. »

Il n'est, dit-on, pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre. Les membres du Comité de Salut public étaient mieux placés que qui que ce fût pour connaître ce que n'ignorait aucun habitué des Chambres de lecture. Robespierre rappelant tout à coup Carrier, à la première nouvelle de ses cruautés, est donc tout simplement un conte inventé pour apitoyer sur l'ogre, et il n'est pas bien sûr que les historiens de l'école de Bûchez, qui l'ont propagé, y aient jamais cru eux-mêmes.

1. Séance du 8 vendémiaire an III {Réimpression du Monileuv, XXII, 114). Lofficial et Meignenne sontpas nommés au Moniteur, mais ils le sont dans d'autres journaux, notamment, le Républicain français, n" G7."i, p. 2275.

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