CHAPITRE XXll
CARUlEIl A L'ORDRE UU JOUR
Hommage rendu à la ville de Nantes par la Convention. — Fête en riionneur de Marat. — Sa prodigieuse popularité. ^ — Sortie violente de Legendre contre Carrier à la tribune de la Convention. — Dénonciation de Lofflcial concernant les généraux employés en Vendée. — Dénégations de Carrier d'avoir jamais ordonné aucune noyade. — Arrestation des généraux Huclié et Turreau, ordonnée à la suite d'un discours de Laignelot. — Renvoi devant le Tribunal révolutionnaire des membres du Comité révolutionnaire de Nantes. — Caractère et physionomie de leur procès. — Manifestation de l'opinion pour le renvoi de Carrier devant les juges du Comité de Nantes. — Le jugement de Barère et autres terroristes, réclamé par Fréron au même titre que celui de Carrier. — Carrier « à l'ordre du jour de toute la République». — Déposition de Guillaume Laënnec. — Hésitation égoïste des membres de la Convention à sacrifier Carrier. — imijressions de Laënnec sur plusieurs des accusés. — La mise en accusation de Carrier demandée par Rati'ron. — Procédure tutélaire établie au profit des représentants dont l'accusation pourrait être demandée. — Application de cette procédure à Carrier, et déclaration des Comités qu'il y a lieu d'examiner les dénonciations dirigées contre lui. — Tirage au sort des noms des membres appelés à former la Commission des Vingt et Un.
Dans les derniers jours de fructidor an TI, et les premiers de vendémiaire an 111, la Convention s'occupa du relèvement du commerce et de l'industrie, que le régime de la Terreur avait complètement détruits. Guyomard, passant en revue les grandes villes de France, s'exprima ainsi sur la situation de notre ville : « Tout retentit ici des malheurs qui ont affligé la commune de Nantes. Que pouvait le
commerce au milieu de tant de calamités et de persécutions? Cette citadelle de l'Ouest a soutenu un siège de plus de quinze mois ; elle a combattu les rebelles et les brigands; elle a conservé à la République une place importante et la navigation de la Loire; sa fidélité, ses malheurs, appellent des encouragements ; si les infortunés Nantais se réunissent, Nantes redeviendra le plus grand magasin de l'Europe, et assurera la circulation des matières et des denrées dans l'intérieur^. » A la suite de ce discours, quelques dispositions favorables au commerce et à la liberté individuelle furent décrétées.
Entre temps avait eu lieu la fête solennelle en l'honneur de Marat, dont la popularité dépassait tout ce qu'on peut imaginer. Partout on voyait son buste et son image. Ce qui étonne, ce n'est pas qu'en ce temps d'alfolement général on ait rendu à son cœur des hommages qui étaient la parodie, sacrilègement voulue, du culte rendu au Sacré Cœur de Jésus-Christ-', ce n'est pas que Fouché ait dit hautement: « lln'yaqu'un sentiment sur lui, nous vouions tous honorer la cendre de Marat ' », c'est qu'un des avocats des Nantais n'ait rien trouvé de plus tlatteur que de les comparer à Marat en disant : « Comme lui, vous êtes entrés accusés dans cette salle, et, comme lui, vous en sortirez acquittés. » En faisant déposer au Panthéon les restes de Marat, les membres de la Convention n'avaient qu'un but :