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cette lecture, qui dura plus de deux heures'.
Le morceau , rédigé en vue de prévenir la Convention en sa faveur, est, au point de vue du style, fort au-dessous du médiocre. La prétention à l'éloquence s'y manifeste par quelques passages d'une emphase ridicule, mais il nétail pas mal conçu au point de vue de la justification de l'accusé. <( Il avait, disait-il, rendu à la République l'immense service d'empêcher la descente des Anglais à Granville ; il avait écrasé le fédéralisme en Bretagne, et il prétendait môme avoir terminé la guerre de la Vendée. »
Tout cela n'était pas absolument vrai, mais il avait eu sa part de ces succès, puisque la grande armée vendéenne avait été, durant sa mission, détruite à Savenay. 11 attribuait l'animosité de l'opinion, contre lui, aux publications calomnieuses d'une presse soudoyée par les aristocrates et les royalistes. Cette presse, dont les excès menacent tous les membres de la Convention qui ont servi la Révolution, s'est emparée des dépositions faites au Tribunal révolutionnaire dans le procès du Comité révolutionnaire, et elle les a commentées et exagérées. Lui-même est demeuré étranger à la formation du (Comité, intéressé aujourd'hui à rejeter sur sa personne la responsabilité de ses crimes. On parle de noyades, de fusillades en masse, mais où sont les preuves de ces actes? D'ailleurs est-ce que la Convention n'a pas manifesté, par maints décrets, son désir de voir
4. Journal de la Montagne, des 22 et 23 brumaire an III, n°- 29 et .30. — LOrafeur du peuple An 33 brumaire, p. 229 et suiv.
exterminer les brigands vciuliMMisjusqu'aïulernier? Avant samission, cela est certain, on ne faisait plus de prisonniers et on les fusillait à mesure qu'onles prenait. Le président du Tribunal révolutionnaire, Dobsent, né dans les Deux-Sèvres., est le complice des Vendéens, et il dirige les débats du procès du (lomité de Nantes, comme s'il avait à coeur d'exercer des représailles contre le plus grand ennemi de la Vendée. Suivait un tableau très exagéré des cruautés commises par les V^endéens, par leurs femmes et par leurs enfants, qui justifiait les plus terribles rigueurs.
De tous ces arguments, un seul était vraiment sérieux et sans réplique possible, c'était celui de l'approbation que la Convention avait donnée dans le temps aux actes de Carrier; mais depuis que l'opinion se manifestait hautement contre les anciens terroristes, cet argument n'était pas pour séduire la majorité.
L'ajournement de la discussion et l'impression du discours ayant été proposés, l'Assemblée passa à l'ordre du jour motivé sur l'existence de la loi qui statuait affirmativement sur ces deux points..
L'arrestation provisoire fut alors demandée par quelques membres. « Mon arrestation provisoire est superflue, répondit Carrier, les brigands n'ont jamais vu mes talons. »
On avait écouté quelques observations de Chastes sur le caractère des dénonciations qui pouvaient, selon lui, avoir été dictées par des contre-révolutionnaires, quand Romme vint à la tribune attaquer non seulement la loi en vertu de laquelle Carrier avait été poursuivi, mois aussi l'authenti-
cité même des pièces dont lui Rummo s'était servi pour édifier son rapport, prétendant n'avoir eu en main que des copies. S'il crut servir Carrier par cette intervention, il se trompa. Des démentis formels lui furent infligés par ses collègues de la Commission, et l'un d'eux s'écria : « Romme, tu te conduis lâchement. » Un grand tumulte s'éleva, et le président dut se couvrir.
Quand le calme fut revenu, Merlin de Douai exposa que la procédure avait été régulière et que, selon les lois de l'ordre judiciaire, quand un officier public était saisi de la dénonciation d'un crime, il n'y avait pas lieu de s'enquérir de la qualité des dénonciateurs. La Convention, définitivement prévenue contre Carrier, admit cette théorie qui, en matière de dénonciation de crimes politiques, était fort contestable.
L'attitude de l'Assemblée ne permettait guère à Carrier de se faire illusion sur les dispositions de ses collègues. 11 essaya pourtant d'équivoquer sur l'ordre du jour prononcé à l'occasion de l'impression de son discours. 11 prétendit que cet ordre du jour avait statué négativement sur sa mise en arrestation, mais il n'insista pas en présence des protestations qui s'élevèrent de toutes parts. De luimême, il demanda que la Convention décrétât qu'il resterait j)risonnier chez lui. Cette demande fut accueillie, et il fut décidé qu'il resterait chez lui, sous la garde de quatre gendarmes. Il était neuf heures du soir, et la séance avait été levée hâtivement sur le bruit qu'un attroupement considérable se formait aux alentours du Club des Jacobins.
« Il est impossible de peindre, rapporte F Orateur du Peuple, l'attitude de la faction (le parti jacobin) à l'égard de Carrier, a Voyez, criaient-ils, « il se met lui-même en prison. Eh bien! puis- « qu'il le veut, décrétons-le d'arrestation. » Aussitôt la faction se lève avec tout le reste de l'Assemblée. Carrier a l'imprudence de demander à n'avoir pas de gendarmes. Nouvelle question : la Crête, radoucie à son égard, veut qu'il ne lui soit pas donné de gendarmes. Nouvelle agitation. La fureur, le désespoir de la faction sont au comble ; toutes ses ruses ont échoué ; les factieux se montrent mutuellement des poignards cachés dans leurs cannes. La terreur était leur dernière arme; ils font des signes aux tribunes; «on crie à l'Assemblée qu'elle est composée de buveurs de sang. Jamais on ne vit pareille agitation ; on eût dit que la salle allait s'écrouler. Les factieux redemandent l'appel nominal ; enfin la Convention décrète que Carrier sera gardé par quatre gendarmes. A l'instant où le décret se prononçait, on vient annoncer que les Jacobins sont attaqués de nouveau par le peuple... Carrier, pâle, abattu, tremblant, est reconduit chez lui par quatre grenadiers de la gendarmerie, au milieu des huées et des malédictions de la foule irritée'... »
La population parisienne n'avait pas seule travaillé au succès des honnêtes gens. Une lettre du D'" Laënnec à sa femme, lettre intime qui a tous les caractères de la sincérité, attribue la plus grande part de l'honneur de cette journée aucou-