Numéro du 23 brumaire, p
rage des patriotes nantais venus à Paris pour déposer dans le procès du Comité révolutionnaire. « La séance d'hier a duré dix lieures. Nous nous sommes vigoureusement expédies. 11 y allait de notre vie, et nous le savions. Je te laisse à penser s'il nous était permis d'être tranquilles. Thomas^ surtout, s'est emparé de la grande tribune où la jacobinière entière semblait s'être assise pour faire la loi à la Convention Nationale et sauver Carrier. Là, avec six ou sept braves seulement, il a tellement intimidé cette horde de coquins qu'il a réellement fini par y faire la police. En proposant le sabre ou le bâton aux premiers coupe-jarrets qui ont voulu lui résister, il avait réussi à les épouvanter tous. ,]ê crois en vérité que son audace a sauvé la Convention et la chose publique, parce que cette tribune était la plus nombreuse et la plus jacobinisée. Quant à moi, encore estropié des suites de ma chute, et ne pouvant m'exposer dans la foule, j'ai passé mon temps à fureter dans les nombreux groupes du jardin. Là, m'escrinumt de la, langue et du geste, avec le zèle d'un homme dont on jouait la tète dans la salle à pair et impair, j'ai contribué pour ma bonne part, à faire conduire au Comité de Sûreté générale une soixantaine de Jacobins qui n'ont pas couché dehors. L'intervention des Nantais ne s'est pas exei'cée seulement à la Convention. Ils ont été des premiers parmi ceux qui ont assailli les Jacobins dans
1. Thomas était un médecin de Nantes d'opinions répnblicaines très prononcées; homme de courage et homme de bien, il avait à Nantes, en diverses circonstances, bravé les chefs de la Terreur à l'époque de leur toute-[)uissance.
leur repaire, bàtonné les hommes et fouetté les femmes sans qu'aucun de ces làclies coquins ait osé seulement faire quelque résistance à une poignée de braves gens venus ici fort à propos pour redresser l'opinion pul)liqiie, et relever le courage d'un peuple trop longlemps opprimé. Les Comités réunis ont fait fermer et sceller leur repaire, et la (Convention a approuvé la conduite de ses (Comités par un décret solennel'. •>
« Dans la foule imposante (|ui de nouveau s'est portée hier soir aux Jacobins, disait l'Ami îles Lois, on ne voyait ni muscadins, ni habitués du cidevant Palais-Royal, mais de bons et braves sansculottes criant à tue-tête : « Vive la (Convention ! X bas les chouans et les brigands de la Vendée, Faut que ça Unisse ; plus de Jacobins qui veulent s'assembler malgré le peuple ! A bas les continuateurs de Robespierre ! A bas les complices de (Jarrier- ! ».
Ni Guillaume Laënnec, ni les journaux réactionnaires, n'exagéraient dans leurs appréciations le mouvement de l'opinion contre les terroristes. Le rapport de la police secrète s'exprimait ainsi au même moment : « L'arrestation de Carrier a causé la plus vive sensation. Le public a suivi ce représentant aux cris : Vive la Convention! A bas les noyades et les fusillades!... 11 suffit d'avoir lair Jacobin pour être apostrophé, insulté et môme battu. La majorité des citoyens applaudissent aux mesures de la Convention contre (Jari'ier, et
1. Voir Réimpression du Monileur, séance du 22 bruuiaire îin III (12 novembre 1794) et Mercure Français du 2u bruuiaire, p. 347.