Journal des Lois du 7 frimaire an III
quand les juges arrivèrent. A leur entrée, le silence se fit. A onze heures moins un quarl, Carrier parut. A l'instant, malgré les efforts des huissiers pour commander le silence, un mui'niure terrible, un mouvement d'indignation retenlit dans la saile. Carrier fut conduit au gradin le plus élevé, vers la partie haute de la salle. 11 s'assit entouré de gendarmes. « Il était i)àle, défait et malade. Goullin et Chaux ont souri. Ils conçoivent des espérances 1 . »
Dans les lieux publics, la nouvelle de l'incarcération de Carrier avait ramené le calme. Les cris de vengeance et d'indignation avaient cessé dans les groupes. Ses amis éperdus (je continue de copier les appréciations des journaux), redoutant pour eux-mêmes le sort de ce fameux coupable, n'osent plus se montrer, et dévorent en silence leur rage et leur désespoir. Avec eux ont disparu ces mégères soldées par les carriéristes et dont les verges ont fait justice.
La veille, dans une note écrite de sa main, adressée au Tribunal, datée de la Conciergerie, et qui se trouve à son dossier. Carrier avait protesté contre son renvoi devant un Tribunal dont la partialité contre lui s'était manifestée au cours des débats du procès du (Comité. Dans cette môme note, il avait formellement récusé les jurés Saulnier, Sambat et Topino-Lebrun, amis de Real, de Fréron et de Tallien, les promoteurs du procès scandaleux qui lui était intenté-', c'est-à-dire ceux
1. Divers journaux et notamment /'' Journal des Lois des 8 et 9 frimaire an Mi.