Papiers de Villenave (Collection de AI. Gustave Bord
L'indépendance complète des tribunaux à l'égard du pouvoir est un principe tutélaire de la honne administration de la justice qui, dans la pratique, est souvent méconnu. Il est évident que, dans le procès de Carrier, le Tribunal révolutionnaire subissait docilement la direction du Comité de Sûreté générale. En voici la preuve : Tous les témoins entendus avaient étédes témoins à charge, par cette raison peut-être que, dans ses souvenirs, l'accusé n'avait trouvé personne dont il pût espérer une parole secourable. 11 s'avisa tout à coup défaire venir au Tribunal certains généraux et officiers de l'armée de l'Ouest, dont il donna la liste à l'accusateur public. Celui-ci n'osa prendre sur lui de trancher la question, et il en référa au Comité de Sûreté générale. Sa lettre fut lue à la Convention. Il y disait que la citation de ces témoins ferait traîner la procédure en longueur, et qu'il y aurait aussi danger à éloigner certains officiers des postes qu'ils occupaient, et il terminait par ces mots: e Au reste j'attends vos ordres'. )) Plusieurs membres demandèrent l'ordre du jour. Bentabole fit observer qu'aucune loi ne limitait le di"oit d'un accusé de faire entendre des témoins; Dubois-Crancé rappela qu'il y en avait une, d'après laquelle les officiers pouvaient envoyer leurs témoignages par écrit. En théorie, la demande était reconnue recevable par deux députés ; mais, en passant à l'ordre du jour sur leurs déclarations, la Convention faisait savoir qu'elle se désintéressait de la question. L'accusateur public se le tint pour dit, et les
1. Séance du 15 frimaire an ll\ {Héimpressioit i/n Moniteur^ XXII, GSlj.
témoins portés sur la liste de Carrier ne furent ni cités ni interrogés par écrit.
On entendit successivement Bernard-Laquèze, concierge du Boutîay, Févêque Minée, qui avait été président du Département durant le séjour de Carrier à Nantes. Minée ne fut pas plus explicite dans cette seconde déposition qu'il ne l'avait été la première fois ; il se reconnaissait sujet à des absences de mémoire. Chaux prit Forget à partie de la façon la plus vive. Cette prise de bec n'eut d'autre résultat que d'amuser les auditeurs. Dans ce chaos de cruautés, de violences et de lâchetés avérées, le seul moyen qu'eussent les accusés de s'excuser, c'était de se les rejeter les uns aux autres, et cette façon de se blanchir ne proiitait en définitive à personne (14 frimaire).
Lecture fut donnée de la lettre de Hérault-Séchellcs. Le fait d'avoir reçu cette lettre ne constituait pas une charge, car il peut arriver aux plus honnêtes gens de recevoir de mauvais conseils.
Gicqueau, membre important de l'administration départementale, n'eut point à se louer d'avoir comparu. Il ne put se défendre d'avoir écrit de sa main le cruel arrêté du "24 brumaire an II, signé: Grandmaison, Goullin et Richelot, qui réglementait les conditions du voyage des Cent trente-deux Nantais envoyés à Paris^ (15 frimaire).
« Gicqueau, Minée et Renard, écrivait Laënnec, le lendemain, ont eu une peurdont ils ne reviendront pas tout à l'heure. Minée surtout, et Renard, ont été bafoués, honnis, confonclas dune si rude