‹ J.-B. Carrier, représentant du Cantal à la Convention, 1756-1794, d'après de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 20 sur 198 · Recueil de.<^ acteft du Comité de Salut public, VI · texte numérisé non relu

Recueil de.<^ acteft du Comité de Salut public, VI

2. Ce fait fut invoqué à sa décharge lors de son procès, le 22 frimaire an III, par le représentant Chaumont [Courrier universel de Husson).

plus patriotique ont rotonli dans les murs de Rennes. » On le demande de toutes parts, ajoutet-il, mais il reste à Rennes. L'état de la Bretagne est toujours alarmant. « Cependant, rassurez-vous sur ma ferme résolution à écraser tous les conspirateurs. Je ne quitterai pas la Bretagne que je ne les aie tous livrés à la vengeance nationale, ou que le sol n'en soit purg^é par une fuite que je ne pourrai empêcher. »

Le 12 septembre, il prend un arrêté pour établir à Rennes un Comité révolutionnaii-e. Rien de précis ne sort de son cerveau. Il soupçonne; il sagite ; il se remet à soupçonner, et, en définitive, il écrit pour ne rien dire.

Dans la lettre suivante du 15 septembre, oii sa pensée se porte sur Nantes, la plus grande et la plus riche ville de Toiiest, cette vision l'anime, comme s'il entrevoyait déjà toutes les vengeances qu'il sera bientôt appelé à y exercer. Après avoir exposé au Comité de Salut public ses inquiétudes sur l'état delà Bretagne qui, (< après s'être levée la première pour la révolution, menace d'opérer la contrerévolution », il écrit : « 11 n'y a que la sans-culottcrie dans quelques villes qui soit dans les bons principes; tout le reste est en contre-révolution ouverte. La ville qui doit le plus fixer vos regards et votre sollicitude est Nantes... Mes collègues, qui y sont, doivent vous avoir appris que les étrangers y fourmillent; les négociants et la cavalerie, qui y forment presque toute la population, sont des contre-révolutionnaires très connus ; ils sont d'intelligence avec les rebelles de la Vendée... Je ne conçois pas les motifs de ménagement qu'on a

pour une ville qui, si on n'y prend garde, deviendra un second Lyon. Partout on établit deux marches, l'un en argent, et l'autre en assignats. Le Finistère et le Morbihan sont de nouveaux Coblentz. » 11 parle ensuite des arrestations qu'il a fait opérer, de l'envoi de seize aristocrates au tribunal révolutionnaire de Paris', et de son projet de faire une cargaison de prêtres réfractaires, qu'il fera embarquer à Saint-Malo oii l'esprit public est « à la hauteur ». C'est le seul moyen de détruire le fanatisme qui agite les campagnes. Il regrette de ne pouvoir être partout à la fois et il aies plus grandes inquiétudes pour Brest et pour Lorient.

11 est assez difficile de deviner bien nettement la véritable portée de ce projet d'une cargaison de prêtres réfractaires qu'il se proposait en ce moment d'embarquer à Saint-Malo. Mais les développements qu'il adonnés à sa pensée dans une lettre du 7 octobre, qui sera citée plus loin, permettrait de supposer que des projets de noyades hantaient déjà son esprit.

De Rennes, le 16 septembre, il recommande aux membres du Comité révolutionnaire de Saint- Brieuc d'arrêter, sans se soucier des formes, les suspects et les malveillants. Le salut public est la suprême loi. Quand il ira dans cette ville, il livrera les coupables à la vengeance nationale; en attendant, il ne faut mettre en liberté aucune des personnes arrêtées.

1. Ces seize aristocrates étaient prévenus de complicité dans la conspiration La Rouerie; douze personnes avaient déjà péri sur l'échafaud le 18 juin 1743, comme accusées d"y avoir pris part (Wallon, le Trib. révoliitionnaù-e de Paris, I, 119).

Le lendemain, il mande au Comité de Salut public que les rassemblements entre La Gravelle et Vitré continuent de l'inquiéter. « Il ne faut plus de ces demi-mesures dont on a fait usage dans l'origine de la Vendée, il faut que vous fassiez partir, sur-lechamp, de Paris, une partie de la force révolutionnaire qui doit être formée, et la renforcer en route, afin qu'une masse de bons bougres de sans-culottes à poil écrasent, poudroient et brûlent en arrivant tous les contre-révolutionnaires rassemblés entre La Gravelle et Vitré, et que ce torrent révolutionnaire vienne rouler ensuite dans toute la ci-devant Bretagne pour y extirper tous les maux qu'engendre le fanatisme. »

L'épuration de la Société populaire de Rennes l'occupa pendant les derniers jours de septembre. Tous les membres qui avaient eu des rapports avec Lanjuinais, Defermon et Chapelier (qu'il appelle Chapelier-Biribi, par allusion à son goût pour le jeu), furent exclus, et il ordonna le séquestre des biens de ces trois députés. Il fit part de ces mesures à la Convention et lui annonça qu'il allait faire démolir tous les repaires des insurgés des environs de Vitré. Il travaillait jour et nuit, disait-il, et le travail avait compromis sa santé'.

Dans les mêmes jours, il fit transférer, à Rennes, les prêtres du district de Vitré enfermés dans diverses maisons, et ordonna d'arrêter tous ceux qu'on pourrait rencontrer. Il fit, comme il l'avait annoncé, emprisonner Lecoz, « évêque fanatique», partisan du célibat des prêtres, et il présida auma-

1. Lettre du 25 septembre 1793. Autre lettre à Hérault-Séchelles, du 27 septembre. Recueil des actes du Comité, VII, 86.

riage de Fim dVux. qui fui célébré aux cris de : « Vive la Convention ! Vivent les bons prêtres qui se marient 1. »

Cette correspondance révèle Thomme mal élevé, et d'une ardeur qui ne sait pas se contenir, plutôt que l'homme cruel. Ses collègues, Philippeaiix, Gillet et Turreau n'étaient pas plus que lui disposés à la clémence à l'égard des rebelles ; leur proclamation, datée de Nantes le 21 septembre, invitait les armées à se montrer impitoyables : u Soldats ! les repaires des brigands doivent être détruits, incendiés; l'asile du crime ne doit pas souiller plus longtemps le sol de la liberté^. »

Au dire de Villenave, l'un des hommes qui ont le mieux connu les événements de la Révolution dans la Loire-Inférieure et l'Ille-et- Vilaine, la modération de Carrier à Rennes aurait été le résultat d'une intimidation exercée sur lui par filin (Joseph), qui devint plus tard membre du Conseil des Cinq-Cents. '< Blin se trouvait à Rennes, lorsque Carrier y arriva. Un banquet fut donné au farouche proconsul . Blin était présent, et tandis que Carrier exposait brutalement son atroce théorie de gouvernement, Blin, qui entendait autrement la République, ne put contenir son indignation. Il se leva, criant : « Qu'on éteigne les lumières et que j'étoufle ce b... là. » Et bientôt Carrier, effrayé, partit de Rennes sans avoir osé y faire une seule arrestation. Cependant Bailly, Bigot de Préameneu et bon nombre de fédéralistes étaient encore dans cette ville. Si Carrier eût

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