Savary, Guerre des Vendéens et des Chouans, II
2. Savary, Eod., 11, 391. — Léchelle, né à Mouton, près RufPec, mort à Nantes chez la citoyenne Miche, place Graslin, le 21 brumaire an II (11 novembre 1793), (actes de décès de Saint- Nicolas, f» 79).
3. (Fonds Lajariette). Le nom du destinataire fait défaut. La lettre porte seulement « reçue le22 du 1" mois, 14 octobre 1793 ». Je la reproduis intégralement parce que je la crois inédite.
42 J.-B. CAKRIER
à tous les conlre-rovolutionnaires, à tous les fédéralistes.
« Déjà toutes les communes de la Bretagne, et surtout les principales villes, m'avaient envoyé des députations de deux espèces de patriotes pour demander la punition des fédéralistes, et des émissaires de ceux-ci pour réclamer l'indulgence nationale. Déjà Nantes redoutait de voir partir de mes mains les éclats de la foudre révolutionnaire. Les grands conspirateurs prirent nuitamment la fuite, le soir même de mon arrivée, malgré mes ordres donnés, au commandant temporaire qu'on m'a désigné comme un excellent sansculotte, de ne laisser sortir personne sans sa permission K
« Le soin d'exercer les fonctions révolutionnaires a été délégué à Méaulle, qui s'y trouvait momentanément, et à mes autres collègues. Il les remplissait assurément bien, mais je sens tellement la nécessité de comprimer vigoureusement toutes les idées fédéralistes, d'en étouffer les germes, et de s'assurer des partisans perfides de ces mesures liberticides, que je crains toujours qu'on n'emploie pas cet appareil, terrible pour les malveillants, triomphant pour les patriotes, et qui seul doit opérer ratlermissement de la liberté nationale. Mais, puisque mes collègues, envoyés par le Comité de Salut public, ont jugé à propos de me conférer une autre mission, je la remplirai avec ce zèle et cette fermeté que tu me connais.
1. Je n'ai rencontré nulle part la moindre allusion à cette prétendue fuite d'habitants de Nantes dans la soirée du 1 oclobre.
« Arrivé à Montaigii, j'y ai trouvé mes collègues Merlin et Turreau. Nous avons sur-lechamp rassemblé les généraux de l'armée pour combiner un plan d'attaque sur Mortagne. Le ministre de la Guerre en fera part au Comité de Salut public; le général lui tait un détail des mouvements que nous devons faire. Nous attendons à tout instant l'arrivée de l'ordonnance que nous avons envoyé aux armées des Sables et de Luçon,que nous croyons réunies à Ghâtillon. Dès que nous en aurons des nouvelles nous préparerons une marche sur Mortagne. En attendant le retour de notre ordonnance, nous fîmes jiartir, la nuit môme de notre arrivée, quatre mille hommes pour attaquer (Iharette, qui formait un rassemblement de forces à Légé, pour intercepter notre communication avec Nantes. A Tapprochede nos troupes, il s'est enfui avec son rassemblement peu considérable ; nos troupes sont rentrées sur-le-champ. Hier et aujourd'hui, |)lusieurs communes se sont rendues vers nous pour promettre fidélité à la République. Il y en a une qui a apporté des armes. Nous retenons tous les individus qui se sont rendus, et, ce soir, nous combinerons avec les généraux et mes collègues Merlin et Turreau, qui sont partis hier soir pour Nantes, et qui doivent revenir aujourd'hui, les mesures à prendre dans un cas qui me paraît assez embarrassant sous tous les rapports. L'incendie des moulins, des maisons et surtout l'enlèvement des bestiaux concourent singulièrement à ce retour, à la sincérité duquel je n'ajoute aucune foi, quoique les rebelles aient fait marcher plusieurs communes contre leur gré.
(( J'ai installé, lo lendemain de mon arrivée, le général en chef; j'ai lu à tous les bataillons la proclamation rédigée par mes collègues Hentz et Prieur'. Je les ai tous harangués ainsi que Merlin et Turreau. Nul bataillon ne nous a exprimé des regrets sur la retraite de Canclaux. Quelquesuns en ont témoigné sur celle de Dubayet, mais, de concert avec mes deux collègues, nous avons dit qu'ils n'étaient point les soldats d'un homme, mais bien delà République; qu'un individu n'est rien; que la République est tout; qu'ils forment une portion de ce tout, que c'est l'image de la patrie ensanglantée, déchirée à l'extérieur et dans l'intérieur par la caste nobiliaire, qui doit fixer constamment leurs regards; que, des ex-nobles commandant les troupes révoltées de la Vendée, la République ne devait pas compter avec confiance, que Dubayet, ci-devant noble, fut dans la ferme résolution de les combattre, de les exterminer. Nous leur avons rappelé la vie militaire de tous les ci-devant nobles qui avaient combattu à la tête de nos armées, et qui en avaient signalé le commencement par des victoires, et fini par des trahisons. Ces paroles ont calmé les regrets, et nous avons eu la double satisfaction d'entendre partout les cris réitérés de Vive la République ! Vivent ies sans-culottes ! Le nouveau général, qui a parlé à tous les bataillons, a été fort bien accueilli.
« L'armée est très bien disposée pour le cam-
1. Le texte de la proclamation est donné par Savary, t. H, 224. Les pages suivantes du même auteur relatent la plupart des faits exposés dans cette lettre.
pement, les principes et la bravoure ; tous les soldats ne demandent qu a voler au combat. Qu'il me tarde de recevoir les nouvelles que nous attendons pour les y suivre !
« Merlin connaît très bien les lieux. Il a des connaissances sur la tactique militaire. Il ne demande qu'à combattre. Il se bat comme un brave grenadier, lia la confiance de toute l'armée. C'est lui qui, le premier, a ouvert Tavis de marcher contre Gharette. Turreau m'en a donné le témoignage le plus flatteur, il le croit très nécessaire à l'armée. Je n'ai rien vu, rien entendu contre lui qui puisse autoriser aucune espèce de soupçon. On m'a rendu compte des mouvements de l'échec éprouvé par l'armée. Beysser me paraît seul coupable. Au surplus, je prendrai tous les renseignements nécessaires, rien n'échappera à ma vigilance, et sois bien sûr que, ne connaissant que ma patrie, ne voulant que sa liberté, sa prospérité, et la fin très prompte d'une guerre qui la désole, il n'y aura pas d'abus, pas la plus petite espèce d'incivisme, pas la moindre tergiversation que je ne dénonce ou que je ne punisse. Tu peux en être le garant pour moi auprès du Comité de Salut public, -de la Convention, et de la France entière. Salut, fraternité, amitié.
« Signé : Cakrier \ »
Carrier partit de Montaigu, le 14 octobre, avec l'armée républicaine dont la marche vers le nord-
1. Cette dernière phrase indique que la lettre était destinée à un membre du Comité de Salut public; elle pourrait bien être la réponse à la lettre de Hérault-Séchelles.
est avait pour but dacculei' les Vendoens à la Loire. 11 fut l'un des représentants qui ordonnèrent l'incendie du bourg et de l'église de Tillauges ^ 11 a raconté lui-même, dans des lettres fort étendues, les divers incidents de cette campagne, funeste à l'armée vendéenne qui, après avoir été défaite à Cholet, le 17 octobre, s'enfuit en déroule vers Saint-Florent pour y passer la Loire 2. Il s'est vanté d'avoir, à la bataille de Cholet, perdu son cheval en arrêtant des soldats qui fuyaient. Un témoin, Pierre Duhar, a même embelli ce dire en assurant que Carrier s'était bien conduit ce jourlà et qu'il avait eu son cheval tué sous lui^. Un autre témoin, Brondes, commissaire des guerres à l'armée de l'Ouest, a prétendu tout le contraire. « Carrier, dit-il, s'est tenu sur les derrières de l'armée, et on l'a vu s'enfuir, sans prendre le temps de faire brider son cheval qu'il conduisait avec un licou ''. » Choudieu, dans ses Mémoires^ ne lui est pas beaucoup plus favorable : « Il n'est pas vrai, écrit-il, que Carrier ait eu un cheval tué sous lui, comme ledit Beauchamp. Il était, à la vérité, sur les hauteurs, en dehors de Cholet, où il rejoignit l'armée de Mayence qui s'y battait vaillamment. Apercevant quelque désordre dans notre armée de Saumur, il crut que tout était désespéré, et la bataille perdue. Croyant pouvoir se sauver parle coté opposé, il s'enfonça dans une rue qu'il ne