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monstres qu'elle a produits. Le re^te va toniber sons la hache populaire '. »
Peu après, deux proclamations signées Bellegarde, Ruelle, BoursaiiU, Fayau, Gillet et Méaulle étaient afiichées sur les murs de Nantes.
L'une, du 25 octobre, adressée aux habitants de la rive droite de la Loire-Inférieure, leur disait : « Marchons ensemble, et noijons (/ans la Loh^e^ ou ejcterminotis sur la rive, les lambeaux de l'armée catholique et royale. »
L'autre, du 27 du même mois, félicitait en ces termes l'armée de ses victoires : « Braves soldats, vous avez mis tout à feu et à sang sur le territoire des brigands... il ne vous reste plus qu'à détruire une partie des scélérats que vous poursuivez sans relâche. Bientôt vous allez les atteindre et les exterminer''-. »
Les futurs accusateurs de Carrier écoutèrent, sans j)rotester, l'un des signataires de ces proclamations, Fayau, lorqu'il proposa d'envoyer en Vendée « une armée incendiaire atin que, pendant un an, nul homme, nul animal ne put trouver de subsistance sur ce sol-' ».
La Convention a donc voulu et elle a ordonné l'extermination de tous ceux qui avaient pris part à la révolte des départements de l'Ouest. Le mot exterminer a un sens défini; il signifie tuer jusqu'au dernier. Or, comme il est impossible de tuer des
1. Adresse signée : Robespierre, Hérault, Ganiot, Billaiid- Varenne (Savary, il, 28'7).
■1. EocL, II, 289.
3. Réi7)7pi'ession du Moi'ifenr, XVllI, 377; Séance du 18 brumaire an 11.
DÉBUTS DE r.A MISSION 53
milliers et des milliers d'iiiilividus avec des juges et des bourreaux, il faudra nécessairement que Carrier s'ingénie à trouver d'autres moyens. Il se rappellera son projet de Saint-Malo et la proclamation de ses collègues : Noyons dans la Loire /es lamhcaiix de Varmée.
Celui qui ordonne le crime, celui qui l'exécute, et les complices de l'un et de l'autre, sont également coupables. Tous les législateurs ont édicté contre eux la môme peine ; mais il importe, croyons-nous, avant d'entrer dans le détail des cruautés commises à Nantes par Carrier, de faire remarquer que ses collègues lui avaient confié la tâche la plus horrible qui se puisse imaginer et que, pour ne pas reculer devant elle, il fallait que les instincts les plus pervers aient été surexcités en lui par la manie de la destruction, qui est une des formes de la folie. Si pareille besogne lui avait été donnée, c'est qu'il avait paru capable de la faire.
Lorsque, le 20 octobre 1793, Carrier vint s'établir à Nantes, il n'y apporta pas la Terreur. Les représentants qui l'avaient précédé avaient déjà tout fait pour l'établir, comme on le verra dans le cours de ce chapitre.
Depuis six mois, et même bien davantage, mais surfont depuis six mois, les royalistes étaient fort maltraités, et, pour eux, le système de la Terreur n'était pas une innovation. Au lendemain de l'insurrection, la guillotine avait été dressée sur la place du Boutlay et y était demeurée en permanence i. Un grand nombre d'habitants de la ville
1. La GiiilloUne et le Bourreau à Nantes, par A. Lallié {Revue historique de VOuesl, mars 1896).
et des campagnes, soupçonnés de complicité plus ou moins directe avec les rebelles, ou même simplement (le sympathies pour leur cause, avaient été emprisonnés et donnaient à leurs parents les plus vives inquiétudes sur le sort qui leur était réservé. Un séjour ininterrompu dans la ville, depuis le commencement de l'année 1793, ne mettait personne à l'abri d'une accusation de complicilé avec l'insurrection, et le tribunal criminel extraordinaire écoutait volontiere les témoins qui chargeaient les accusés de cette sorte de crime. Le seul moyen pour un royaliste de faire de l'opposition à la Répiiblique était alors de gagner la campagne et de se mêler à ceux qui combattaient les armes à la main. Ceux des royalistes qui, ne voulant ou ne pouvant prendre ce parti extrême, étaient restés en ville, ne menaçaient aucunement la République. Etroitement surveillés, exposés à toutes les délations, ils savaient que la moindre démarche hostile de leur part serait inutile et les perdrait sans profit pour leur parti.
S'il n'y avait aucune raison de maintenir et d'accroître la terreur qui pesait sur les royalistes, il n'y en avait pas davantage de l'étendre à ceux des habitants de Nantes qui avaient pris part au mouvement fédéraliste. Sauf quelques individus tarés, dont la politique consistait à exciter contre les gens riches, contre les gens à inot/p/is, comme on disait alors, les passions de la populace, pour s'élever par elle aux emplois, tous les républicains notables de Nantes, de même que ceux d'un grand nombre de villes de province, avaient été des fédéralistes. Ce nom on l'a déjà dit, synonyme de girondin, dési-
gnait les partisans d'une république où le pouvoir appartiendrait aux classes moyennes, et serait exercé par des gens éclairés, respectueux de la propriété de leurs amis politiques, et assez habiles pour tenir à une certaine distance le peuple souverain.
Que des hommes, médiocres comme Carrier, fussent incapables de s'élever à la conception d'une révolution raisonnablement conduite, on le comprend aisément, mais que les hommes des Comités de la Convention, qualitiés si souventd'hommes d'Etat, se soient enfoncés dans la boue et dans le sang, voilà ce qu'on ne peut expliquer que par la peur de la canaille des sections et des tribunes, car ce n'est jamais de gaieté de cœur qu'un homme intelligent commet d'abominables cruautés.
Les fédéralistes de Nanles avaient été et continuaient d'être les soutiens les plus convaincus et les plus ardents de l'idée républicaine. Depuis le commencement de la Révolution, sous le nom de patriotes, ils avaient applaudi à toutes les destructions opérées par la Constituante et la Législative. Ils avaient peuplé les Sociétés populaires, et occupé sans contestation tous les postes administratifs du Département, du District et de la Municipalit.('. Ils avaient persécuté le clergé catholique et séquestré plus lard les biens des émigrés. Ils avaient accueilli avec enthousiasme la ])roclamation de la République, et suivi jusqu'au régicide la majorité alors girondine de la Convention. Les adresses envoyées de Nantes à cette Assemblée, pour la féliciter de la condamnation de Louis XVI, contiennent des signatures qu'on ne lit pas sans étonnement.
Le 31 mai ne leur avait pas enlevé leurs illusions, et ils ne désespéraient pas de voir la Convention, revenue à des idées plus modérées, s'occuper de rendre la République habitable pour les gens de leur condition.
Très ardents à combattre les royalistes insurgés, ils s'imaginaient que la Convention leur saurait gré du service immense qu'ils lui avaient rendu en empêchant les Vendt'ens de s'emparer de leur ville. Aucun Montagnard ne pouvait, en etTet, se vanter d'avoir porté au parti royaliste un coup aussi funeste que l'avaient fait, le 29 juin 1793, lors du siège de Nantes par l'armée vendéenne, les fédéralistes Baco, Coustard, Beysser et leurs amis.
Les membres des divers corps administratifs avaient, il est vrai, signé, le 5 juillet 1793, un arrêté dans lequel l'autorité des représentants en mission était contestée ; mais cet arrêté, que justifiait dans une certaine mesure l'attitude assez louche qu'avaient eue, à Nantes, Gillet et Merlin, au moment du siège, ils l'avaient si platement rétracté, peu de jours après, qu'il fallait l)ien peu connaître les hommes pour croire que ceux-là pussent devenir dangereux. Le Montagnard Choudieu le reconnaît lui-même : «A la fin de juin, dit-il, des symptômes de fédéralisme commençaient à se manifester à Nantes; mais l'erreur ne fut pas de longue durée'. »
Ce qui attira sur eux les vengeances , ce fut beaucoup moins le grief de leur résistance à la
1. Mémoires et \otes de Choitdieu, Paris, Pion, 1897, p. iOl,
Convention, qui n'avait pas dépassé, dans la Loire- Inférieure, celle de beaucoup d'autres départements, que l'influence néfaste exercée sur les représentants en mission à Nantes par quelques intrigants avides et envieux.
Nantes avait été Tune des villes de France où la bourgeoisie avait accueilli la Révolution avec le plus d'enthousiasme. Les premiers patriotes, et non les moins exaltés, appartenaient tous à des professions libérales, et étaient des proprii'taires, des hommes de loi, des négociants et des marchands. Les artisans et les gens du peuple ayaient été, au contraire, assez lents à s'émouvoir.
Jusqu'au milieu de l'année 1790, il n'y avait eu qu'un seul club, celui des Capucins, dont la grande majorité était composée de gens honorés de l'estime publique. Peu à peu, le nombre des adhérents s'était accru, et les gens, d'une condition sociale et surtout d'une valeur morale inférieures, s'y étaient fait admettre. Ceux-ci formaient naturellement la gauche de l'assemblée.
Le moment arriva où cette gauche, choquée de voir ses membres dédaignés et combattus par des parleurs plus distingués que les siens, estima qu'elle délibérerait plus h l'aise dans un club particulier, et elle avait essaimé dans une salle située auprès du Port-Communeau. Qui se ressemble s'assemble. Malgré la diflerence des milieux où ils s'étaient recrutés, très longtemps, néanmoins, les deux clubs avaient marché du même pas dans la voie révolutionnaire, et il serait difficile de dire lequel des deux devançait l'autre lorsqu'il s'agissait de provoquer quelque persécution contre les
catholiques en 1701 et en 1792, et contre les royalistes en 1793.
Après le 31 mai, les divergences s'étaient accentuées et le club du Port-Coin niuneau, devenu la Société de Saint-Vincent, du nom de l'église où il s'était('tabli, avait professé ouvertement les idées de la Montagne, avec l'espoir très fondé que, la canaille tenant à Paris le haut du pavé, il en serait bientôt de même à Nantes. Le club des Capucins, transféré dans le local de la Halle, avait conservé les anciennes opinions du parti girondin.
« Je dirai, — écrivait Chaux dans l'un de ses mémoires imprimés, — que dans la Société populaire des vrais sans-culottes de Nantes, dont je m'honore d'être un des fondateurs en 1790, j'émis les principes les plus purs... Le témoignage de cette Société est d'autant plus précieux que le feu sacré ne s'y éteignit jamais; qu'elle s'est montrée, dans tous les moments de crise, à la hauteur des circonstances; que c'est elle qui, au temps du fédéralisme, lutta contre la faction liberticide '. »
Pour les membres du Comité révolutionnaire, le Club de la Halle était, au contraire, « un club peuplé de gens prétendus comme il faut, c'est-àdire de riches égoïstes, d'intrigants de toutes les couleurs, lié par ses opinions et ne faisant qu'un avec les Corps administratifs ; gangrené, non dans sa majorité, mais à coup sûr égaré par les intrigants qui y dominaient... Qm; n'a-t-on pas fait pour détruire le Club de Vincent-la-Montagne? N'a-t-on pas osé qualifier ses membres d'anar-