CHAPITRE VI
Premiers rapports de Carrier avec le Comité révolutionnaire de Nantes. — Le décret du maximum sur les denrées de première nécessité. — • Violent discours de Carrier à propos de ce décret. — Réponse du commissaire civil Pelé. — Imprécations de Carrier contre les habitants de Nantes. — Tentative de Ruelle pour calmer sa fureur. — Approbation donnée par Carrier et par Francastel à la formation de la Compagnie Marat. — Le représentant Coustard. — Son arrestation et son envoi à Paris. — Arrêtés de Carrier et Francastel portant établissement de deux tribunaux révolutionnaires.
Les rapports du représentant avec le Comité révolutionnaire commencèrent aussitôt son arrivée. Le 20 octobre, Carrier appelait son attention sur des prisonniers venus de Tiffauges. S'agissait-il de les faire fusiller? C'est possible; dans la lettre déjà citée au Comité de Salut public, datée du même jour, il disait : « Je vais faire en sorte aujourd'hui de faire fusiller les grands coupables », ajoutant : « Tout ira, mais f. .., il faut des exemples terribles ^ » Cette exécution, si elle a eu lieu, n'a laissé aucune trace.
Le lendemain, c'était le Comité qui faisait appel à la vigilance des représentants. Le procès- verbal de la séance porte : « Différentes mesures de sûreté générale très urgentes, appuyées d'instructions et informations, envoyées et recommandées
l. Revue rétrospective, V, p. 107.
aux représentants du peuple. » La nature de ces mesures n'est point indiquée. On lit aussi, quelques lignes plus bas : « Liste de ceux qui nous paraissent les plus coupables, et dont nous avons envoyé les noms aux représentants du peuple sur leur demande. »
Des inférieurs, qui savent se faire écouter, deviennent bien vite aussi puissants que leurs maîtres, et c'était le cas des membres du Comité révolutionnaire dont l'autorité était subordonnée a celle des représentants. Carrier eut le bon sens vulgaire de comprendre que, nouveau venu à Nantes, il ne pouvait être bon juge des dénonciations qui lui étaient adressées, et il laissa le Comité libre de faire emprisonner tous les citoyens qu'il lui plairait de considérer comme suspects. Francastel, qui arriva à Nantes cinq ou six jours plus tard ^ pour aider Carrier à sans-culottiser cette ville, ne suivit pas une autre conduite.
Le décret du 29 septembre 1793-, fixant le prix maximum des denrées de première nécessité, n'était pas encore appliqué à Nantes. Ce décret était absurde, puisque, sous prétexte de frapper les riches, comme le demandait Saint-Just, et de u tuer l'aristocratie mercantile », comme on disait à Arras dans l'entourage de Lebon, son résultat inévitable était de faire souffrir les petites gens, en accroissant la disette. Dans la pratique, il ne fut
1. « Je me rends à Nantes, écrivait, d'Angers, Francastel au Comité de Salut public, que je vais m'etforcer avec Carrier de sans-culottiser et républicaniser complètement. » 24 oc tobre 1793, 3 brumaire {Recueil des actes du Comité de Salul public, VII, 612).