‹ J.-B. Carrier, représentant du Cantal à la Convention, 1756-1794, d'après de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 36 sur 198 · Lettre du 24 septembre n93(Aulard, Recueil, VII · texte numérisé non relu

Lettre du 24 septembre n93(Aulard, Recueil, VII

.l.-B. CAKKIER

l'extrême vieillesse; or Coustard était fort épris, à ce moment, d'une jolie blonde, qui vendait du tabac dans un magasin situé sur la Fosse. Plusieurs jours s'écoulèrent avant qu'il l'eût décidée à l'accompagner dans sa fuite'. Carrier, informé de ces circonstances, n'avaitgarde de négliger, en le faisant arrêter, l'occasion de se venger, sur lui, de son insuccès dans la recherche de ses autres collègues fugitifs. J'ai rencontré, par hasard, une lettre ainsi conçue datée de Nantes, le 29 octobre 1793: «Coustard a été arrêté hier, à son domicile. lia dit que, depuis longtemps, il s'attendait à ce qu'on vint le chercher; que, s'il était coupable, il fallait le guillotiner, mais que sa conscience ne lui reprochait rien. Il est parti de suite pour Paris. Les membres du Comité révolutionnaire augurent bien de lui et disent qu'il s'en tirera. Tant mieux pour lui '-. » Carrier, qui en savait plus long que les membres du Comité révolutionnaire, savait bien qu'il l'envoyait à la guillotine. Traduit le 6 novembre, 16 brumaire, .devant le Tribunal révolutionnaire, en compagnie de Philippe-Egalité, aucun témoignage ne fut produit contre lui ; il n'en fut pas moins coudamné et exécuté aussitôt ^. Quoique lajustice révolutionnaire tendîtàdevenir de plus en plus expéditive, Carriertenait en mince estime ce.moyen formaliste de se défaire des contrerévolutionnaires, parce qu'il ne les frappait qu'un

1. Notes manuscrites des papiers de M. Dugast-Matifeux (Bibliothèque de Nantes).

2. Lettre du citoyen Saniec, ou Sauloi, au citoyen Danglade à Paimbœuf (Arch. départ.).

3. Wallon, Histoire du Tribunal révolutionnaire de Paris, II, 20 et 482.

à un, OU par petits lots. Une laissa pas, néanmoins, de se joindre à Francastel pour établir à Nantes deux nouveaux tribunaux investis du droit déjuger révolutionnairement.

Le premier, établi par arrêté du 9 brumaire an II, 30 octobre 171)3, consistait en une section nouvelle, ajoutée au Tribunal criminel, et composée d'un président et de cinq juges. Sa compétence était, à vrai dire, indéfinie pour tous les actes contre-révolutionnaires.

Le second, établi par un arrêté du lendemain, et qualifié Commission militaire, était plus spécialement chargé de juger les prisonniers vendéens amenés à Nantes par la force armée. Cette Commission ne tardera pas à juger les suspects de toutes sortes, et ne sera pas autre chose qu'un second Tribunal révolutionnaire ^ Ces deux tribunaux, dont le premier fut présidé parPhelippes, et le second par Lenoir, ne doivent pas être confondus avec la Commission militaire établie au Mans, et venue a Nantes. Ce troisième tribunal, dont le président était un officier des bataillons de Paris nommé Bignon, ne siégea que beaucoup plus tard à partir du 9 nivôse, 29 décembre 1793.

1. Voir ces deux arrêtés dans la Justice révolutionnaire à Nantes et dans la Loire-Inférieure, par A. Lallié. Nantes, Cier, 18%, p. 77 et 150.

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