CHAPITRE Vil
Voyage de Carrier à Angers. — Sa lettre du 12 brumaire au Comité de Salut public annonçant qu'il prépare de grandes mesures. — Carrier seul représentant à Nantes. — Puissance de Chaux et de GouUin. — Ils sont antipathiques à Carrier. — Les vrais amis du représentant. — La terreur exercée par deux groupes différents. — Arrêtés divers ordonnant : la visite des navires en partance ; l'augmentation de la solde des gardes nationales ; l'emprisonnement des négociants et gens d'esprit. — Envoi à Paris des cent trente-deux notables nantais. — . Inauguration de l'église Sainte-Croix comme nouveau local des séances de la société Vincent-la-Montagne. — Discours de Carrier contre le sacerdoce catholique. — Noyade de prêtres enfermés dans un bateau. — Annonce de cet événement par une lettre lue à la Convention. — Reproches de modération adressés par le Comité de Salut public aux représentants en mission dans l'Ouest. — Fête de la Raison. — Le souper chez Forget. — Comment Carrier recevait les membres des administrations qui venaient l'entretenir desatfaires publiques. — Ordre de Carrier relatif à une mesure grave dont le but n'est pas spécifié. — Lettre abominable de Francastel.
Les sans-culolies n'étaient pas comme les gens de qualité des Précieuses ridicules; le don de tout savoir sans avoir rien appris leur manquait. Léchelle, d'ailleurs incapable d'apprendre quoi que ce fût, n'avait point étudié l'art de la guerre, et on ne tarda pas à s'en apercevoir. Son incapacité avait permis aux rebelles de s'emparer de Laval, et l'armée républicaine battait en retraite sur le Lion d'Angers^ A cette nouvelle, les représentants
1. Laval, pris par les rebelles, 4 brumaire, 2.5 octobre, puis retraite sur le Lion-d'Angers. Voir Savary, t. U, p. 304 et 306.
pensèrent que leur présence serait utile à Angers, et ils s'y rendirent aussitôt. Les citoyens Colas et Brillaud, lisons-nous dans une note du 11 brumaire, 1" novembre, venus pour conférer avec les représentants, il leur a été répondu que Carrier Turreau et Francastel venaient de partir pour Angers. Ainsi s'explique que Carrier ait daté d'Angers le 12 brumaire, 2 novembre', une très longue lettre au Comité de Salut public, dans laquelle il rendit compte de sa conduite depuis plusieurs semaines. C'est dans cette lettre qu'il se porta garant du civisme de l'armée de Mayence qui avait été, selon lui, calomniée. Les soldats de cette armée, dit-il, incendient et fusillent avec une telle ardeur qu'ils ne laissent que des ruines sur leur passage.
Il y disait aussi :
(( Les grandes mesures ont sauvé la liberté... Fortement pénétré de ces principes, je les mets en pratique avec cette fermeté républicaine qui ne voit que l'image de la patrie déchirée, et qui en rajuste hardiment les lambeaux. J'ai fait arrêter et désarmer tous les gens suspects de Nantes; tous les grands et gros coquins sont dans des cachots. .Ifi vais, prendre des ?)ie>iures ultérieures dont je vous ferai part : vous jugerez si elles sont révolutionnaires. Je prends l'engagement de ne pas laisser sur pied, dans quelques jours d'ici, un seul contre-révolutionnaire, un seul accapareur dans Nantes, malgré la fourmilière qui peuplait cette commune^. »
\. Hevue rélrospective, 2° série, V, 115. 2. Eod.,\,l2i.
J.-B. CARKIËIl
Le 15 brumaire, 5 novembre 1793, Garrier était de retour à Nantes. Conformément au décret qui les avait accrédités auprès de l'armée de l'Ouest, les quatre réprésentants avaient, on l'a vu, décidé, d'un commun accord, que Bourbotte et Turreau suivraient les colonnes de l'armée, que Francastel resterait à Angers pour l'entretien de la correspondance intermédiaire, et que Carrier se rendrait à Nantes pour y concerter, avec le général Haxo, la prise de Noirmoutier'.
Sollicité de se rendre à Rennes à ce moment, il répondait le 15 brumaire, 5 novembre : « Je suis seul à Nantes ; je ne puis me rendre à Rennes. J'arrive d'Angers'-. »
Carrier, jusqu'alors, n'avait, ostensiblement du moins, guère agi sans le concours d'un ou de plusieurs de ses collègues. Les arrêtés et les ordres antérieurs au 15 brumaire (5 novembre), signés de lui, portent tous plusieurs signatures. Revenu seul d'Angers, à lui seul appartenait l'exercice du despotisme que la Convention lui avait conlié, et rien ne s'est fait à Nantes qu'il ne l'ait voulu ou permis. La présence momentanée, dans cette ville, de quelques représentants n'entama en rien son autorité, parce que ces représentants ne tirent que la traverser à titre de voyageurs. Indifférents à des événements, dont ils n'avaient ni la conduite, ni la responsabilité, il ne paraît pas qu'aucun
1. Rapport de Carrier sur les différentes missions, qui lui on e'té délégue'es, p. H.
2. Archives nationales. Cette déclaration qu' «il arrive d'Angers », fixe, à mon avis, au 12 et non au 22 brumaire, la date de la lettre d'Angers, qui, selon M. Aulard, serait du 22 {Recueil des actes du Comité de Salut public, VlU, 371).
d'eux, comme lavait fait Ruelle, ait essayé de calmer sa fureur homicide, et d'attirer sur lui, au moins dans les premiers temps, le blâme du Gomité de Salut public. Il est probable que l'une et l'autre tentative auraient e'té inutiles.
Au début de son séjour à Nantes, où il ne connaissait personne, Carrier avait naturellement, et tout autre en eût fait autant, suivi les inspirations du Comité révolutionnaire institué avant son arrivée par Philippeaux. Chaux et Goullin, en qualité de simples membres de ce Comité, auraient été déjà très puissants, mais ils avaient de plus l'autorité que leur donnait leur influence à la Société populaire, oii leurs volontés et même leurs caprices étaient acceptés sans contrôle. Cette circonstance seule peut expliquer comment ils arrivèrent si vite à annihilcren failles diverses administrations constituées, et à concentrer dans leurs mains la direction de tous les services publics. Ce qui leur plaisait dans l'exercice de la terreur, c'était surtout de pressurer et de faire trembler les nobles et les bourgeois de la ville dont ils avaient, en leur qualité de déclassés, essuyé les dédains. Mais quoi qu'ils aient fait pour flatter Carrier dans sa manie d'écraser le fédéralisQie et Je négociantisme, ils réussirent à gagner sa coniiance, mais non son amitié. Leurs manières qui étaient restées, dit-on, empreintes d'une certaine élégance mondaine, ne lui agréaient pas, et ils avaient pour lui le tort grave d'avoir été les hommes de Philippeaux.
Ceux qu'il leur préféra, et dont il ne tarda pas à faire ses amis et ses compagnons, étaient d'abjects scélérats qu'il avait rencontrés dans les bas-fonds
du sans-culottisme. Carrier n'était pas fait pour la situation à laquelle l'avait élevé le hasard d'un scrutin. Il avait de bas instincts, et la pire société, loin de lui répugner, faisait au contraire ses délices. Son homme de confiance était un ouvrier carrossier, nommé Lamberty, dont il avait fait un adjudant général; ses autres amis étaient Lavaux, aide de camp de ce même Lamberty ; O'SuUivan, officier sans troupes, qui déshonorera par ses vices et ses cruautés la famille respectable dont il était sorti. Robin, fils d'une sage-femme ; celui-là avait fait ses classes au collège de l'Oratoire et devait sans doute à son instruction d'avoir présidé, à l'âge de vingt ans, la Société populaire; n'oublions pas un certain Lalouet, affublé des prénoms Mucius Scevol, et un ancien procureur de Rennes nommé Prigent, sur lequel nous reviendrons plus tard.
Ce Lalouet, que les documents du temps désignent souvent sous le nom de Laloi, était un Parisien de la section du Pont-Neuf. Agé de dixneuf ans, il avait réussi à se faire reconnaître la qualité de commissaire du Comité de Salut public, et se prétendait l'ami, voire même le neveu de Robespierre'. Au dire de Prud'homme, il aurait été simplement un voleur de profession qui s'était .poussé dans la politique en prenant part aux massacres de septembre'.
Son intimité avec Carrier est établie par divers
1. Notes d'audience du procès de Carrier par Villenave (Collection, G. Bord).
2. Histoire générale et impartiale des crimes de la Révolution, VI, 320.
témoignages. Un jour qu'il avait été arrèlé dans un mauvais lieu, Gairier le fit reiàclier. Ils dînaient continuellement ensemble'. Carrier, lui-même, est convenu de l'inllueuce que le jeune homme exerça sur lui : « Lalouet, dit-il, vint à Nantes; je ne prétends par l'inculper, mais il me dit qu'il avait une mission, et que, dans peu, le Gouvernement m'enverrait im commissaire. 11 m'ajouta qu'il entrait dans le plan du Gouvernement d'alors de ne pas plus laisser subsister de prêtres que de brigands. A cette époque, je donnai l'ordre qu'on connaît à Lamberty^. » L'ordre qiion coniiait est celui en vertu duquel se firent toutes les noyades.
Je nomme seulement les principaux. Au-dessous d'eux s'agitait, assurée de l'impunité, une troupe de coupe-jarrets, de l'espèce de Fouquet et de Pinart, adonnés, comme leurs chefs de lile, à une débauche effrénée, pillards et capables de toutes les cruautés.
Ainsi, deux groupes différents, également animés des plus détestables instincts, se partagèrent à Nantes l'exercice de la toute-puissance de Carrier : celui de Lamberty et celui du Comité révolutionnaire. Bien que chacun craignît, jalousât et haït l'autre, cette fois, contrairement au sage dicton : <( Tenez toujours divisés les méchants », la division ne profita pas aux bons, et Carrier s'en servit
1. Journal des Lois de Galetti. Numéro du 12 frimaire an lU, p. 3. — Bulletin du Tribunal révolutionnaire, VI, n" 97, p. 398; VI, 322; Vil, 32. — Bûchez, Histoire parlementaire, XXXIV, 167. — Les Nouvelles politiques, audience du 16 frimaire an III, p. 31.5. — La Terreur par les jeunes f/ens, pa,r A. La.\[ié {Revue de Breta(/ne et de Vendée, mai 1884).
2. Les Nouvelles politiques, numéro du 26 frimaire an III, p. 343.
pour exciter, entre ces groupes rivaux, rémulation du mal et de l'arbitraire pratiqués de toutes les façons.
11 serait intéressant de fixer la part de responsabilité de Carrier et celle du Comité : « A chacun ses œuvres », comme dira plus tard la Société populaire, désireuse de se justifier, mais, dans cette mêlée de faits, les coupables ne sont pas toujours faciles à discerner. S'il ni'arrive de prendre les uns pour les autres, l'injustice ne sera pas de conséquence, car si je mets, à tort, sur le compte du Comité un acte mauvais de Carrier, on peut être assuré que c'est l'occasion de le commettre qui seule aura manqué au Comité.
Ainsi, par exemple, je ne crois pas me tromper en disant que, des trois arrêtés qui portent la date du 15 brumaire (5 novembre) et qui figurent au registre du Comité à cette date, le premier fut certainement inspiré par Goullin. Il concernait les personnes qui pouvaient invoquer, pour s'expatrier, des raisons d'allaires assez graves pour obtenir une dérogation aux lois sur l'émigration. Ces départs, etfectués par des gens riches, déplaisaient au Comité parce qu'ils mettaient hors de l'atteinte de ce Comité les habitants qu'il se proposait de pressurer en les menaçant d'arrestation, et les valeurs mobilières emportées pareuxetdont le Comité entendait faire profit. 11 prit, en conséquence, une décision ainsi conçue : « Sur la quantité étonnante de passeports réclamés au Comité pour s'embarquer, soit pour les colonies françaises, la Nouvelle- Angleterre, ou pour d'autres ports libres de la Germanie, le Comité arrête que les représentants
du peuple [sic] seront invités à mettre embargo provisoire sur les navires prêts à partir, afin qu'il soit fait une visite exacte de tous les effets que recèlent les bâtiments'. »
Les deux autres arrêtés, également transcrits sur le registre du Comité, me semblent au contraire, provenir de l'initiative de Carrier. L'un portait à trois livres, au lieu de trente-cinq sous, la paye des gardes-nationaux les jours de garde, — c'était un goût de Carrier d'ordonner des dépenses sans s'inquiéter des recettes; — l'autre ordonnait l'incarcération de tous les négociants et de tous les gens d'esprit désignés comme suspects par l'opinion. Carrier, sans s'en douter, ordonnait des mesures absurdes. Celle-ci l'était au premier chef, et, de plus, injurieuse pour ceux qu'on laissait en liberté.
Dans une monographie étendue, consacrée aux Cent trente-deux Nantais-, je crois avoir démontré que leur renvoi, devant le Tribunal révolutionnaire de Paris, fut l'œuvre du Comité, et que la participation de Carrier se borna à signer un ordre rédigé d'avance. On ne saurait donc lui reprocher la machination de la prétendue conspiration du 22 brumaire (12 novembre), imaginée pour servir de prétexte à la proscription de la plupart dès citoyens marquants de la ville de Nantes.
Le soir du 20 brumaire (16 novembre), le représentant honora de sa présence la cérémonie de l'inauguration de l'église Sainte-Croix, comme lieu
1. Registre du Comité révolulionnaire de Nantes, f" 2i (arcli. du gretfe).
2. Les Cent Irenle-deux Nanlais, H7 p., gr. in-8". Angers, Germain et (Jrassin, 1894.
des séances de la société de Saint-Vincent, qui, à partir de ce moment, prit le nom de Vincent-la- Montagne. Le procès-verbal de cette cérémonie a été imprimé, et il est certainement Tun des témoignages les plus attristants de la dégradation à laquelle peut descendre la nature humaine atï'olée par la peur. C'est dans cette soirée que Minée, l'évoque constitutionnel, et quelques autres prêtres, non contents d'abjurer leur caractère sacré, déclarèrent que la profession qu'ils avaient faite du culte catholique n'avait été de leur part qu'une hypocrisie, et qu'ils avaient, depuis longtemps, proclamé, dans leur conscience, la souveraineté de la raison.
« Le représentant Carrier, lit-on dans ce procèsverbal, monte à la tribune^; il s'élève avec le sujet qu'il traite. Il démontre que tous les maux qui infestent la race humaine sont sortis du trône et de l'autel. Son indignation ne peut se contenir; il devient furieux quand il rappelle à sa mémoire le massacre de la Saint-Barthélémy, ceux de Nîmes et ceux de la Vendée. 11 croit entendre les mânes d'un million de victimes égorgées, provoquant la vengeance nationale contre les prêtres. L'assemblée partage ses sentiments par des cris d'indignation contre cette race justement abhorrée. Carrier reprend et fait un appel au peuple. Il interroge sa conscience sur les mystiques cérémonies des prêtres, sur leurs orgies scandaleuses, et jette quelques traits curieux sur les moyens infâmes qu'ils ont employés pour se soutenir, poumons opprimer et
1. La tribune était la chaire même de l'église; le procès-ver bal le dit quelques pages plus loin.
pour river nos chaînes, de concert avec les rois, dont ils n'étaient que les valets méprisables. 11 ne voit, dans le fond et dans la forme des cérémonies des cultes, que des môineries absurdes, faites pour achalander leurs boutiques, et faire valoir le métier. Cependant il distingue, dans le nombre des prêtres, quelques philosophes, qui ne se sont associés aux prêtres que pour étudier à fond leurs crimes, et les révéler au peuple. Ceux-là, dit-il, ne sont plus prêtres, ils sont devenus citoyens; il faitl'éloge du brave Minée... Carrier est souvent interrompu par des applaudissements réitérés; il descend de la tribune et va se placer auprès du président (Orhont, ancien vicaire de Saint-Fiacre) sur son invitation, au son des cantiques patriotiques qui se font entendre de toutes parts. La musique ajoute à l'enthousiasme, et chacun manifeste son désir de voir exterminer le dei-nier des prêtres. »
Le représentant, peu après, « demande à passer au scrutin épuratoire de la Société. On lui observe que les Jacobins de Paris sont membres nés des Sociétés populaires». Une discussion s'étant engagée relativement aux réfugiés. Carrier prétend que leur place n'est pas à Nantes qu'ils affament, mais dans l'intérieur de la République, où ils trouveront des ressources plus efficaces que dans une ville en état de siège'.
Les violences de Carrier contre les prêtres étaient calculées. Il croyait utile de sonder et d'exciter à la fois l'opinion, en faisant entrevoir, comme une
1. Séance de la Société populaire de Vincent-la-Montogne du 26 brumaire an II de la République, in-4° de 8 p. à Nantes de l'imprimerie constit. du C"" P. F. Hérault (Collection Lemeignen).
mesure prochaine et d'intérêt général, la destruction de ceux qui étaient emprisonnés dans un bateau sur la Loire. Au moment oii il parlait, ses ordres étaient donnés, et, dans la nuit môme quatre-vingt-dix de ces malheureux étaient entassés dans une sapine, et cette sapine coulée dans la Loire.
L'événement accompli, il en informait aussitôt la Convention par une lettre dont lecture fut donnée à la séance du 8 frimaire : <( Toutes les autorités constituées ont été ici régénérées; une Société antipopulaire dissoute (le Club de la Halle), les conciliabules clandestins, appelés Chambres littéraires, dispersés. Les fédéralistes, lesfeuillants, les royalistes sont sous la main de la justice nationale, ainsi que les accapareurs. Des commissaires révolutionnaires exercent la vigilance la plus active et la justice la plus prompte contre tous les ennemis de la République. L'apostolat de la raison, éclairant, électrisant tous les esprits, les élève au niveau de la Révolution; préjugés, superstitions, fanatisme, tout se dissipe devant le flambeau de la philosophie. Minée, naguère évéque, aujourd'hui président du Département, a attaqué, dans un discours très éloquent, les erreurs et les crimes du sacerdoce, et a abjuré sa qualité de prêtre. Cinq curés ont suivi son exemple, et ont rendu le même hommage à la Raison. Un événement d'un genre nouveau semble avoir voulu diminuer le nombre des prêtres; quatre-vingt-dix, de ceux que nous désignons sous le nom de réfractaires, étaient enfermés dans un bateau sur la Loire. J'apprends à l'instant, et la nouvelle en est très
sûre q?('ils ont tous péri clans la rivière^. ^^ Pour encourager LamlDerty, Carrier lui avait fait présent de la galiote dans laquelle les prêtres avaient été emprisonnés sans le souci de savoir à qui ce navire appartenait
De temps à autre il s'occupait de la guerre. Pour empêcher les rebelles de communiquer entre eux des deux côtés de la Loire, il fit couler tous les bateaux, et, pour les affamer, il ordonna de transporter à Nantes toutes les subsistances que Ton trouverait dans les pays ini^urgés. Le Comité de Salut public lui avait recommandé, dans le même but, de briller les fours et les moulins. Il répondit, le 29 brumaire (19 novembre), que c'était chose faite'-.
Comment Carrier aurait-il pu songer à apaiser la lutte par la clémence quand ce terrible Comité ne trouvait jamais qu'on fit assez pour détruire les brigands? Cinq de ses membres, — dontCarnot, qui prétendra plus tard, et que plusieurs de ses collègues diront, avoir été du parti de la douceur ' — écrivaient à Prieur de la Marne, le 25 brumaire, (15 novembre) : «Nous nous plaignons de ce qu'on ne poursuive pas les rebelles avec assez d'activité... Pocholle, Letourneur, Lecarpentier et Garnier, ne montrent pas assez d'énergie; ils sont
1. Réimpression du Moniteur, XVIII, 541; Recueil des actes du Comité de Salut public, VIII, 50o. Cette lettre est inexactement datée au Moniteur du 17 brumaire; elle doit être datée du 28 brumaire, la noyade des prêtres ayant eu lieu dans la nuit du 26-27 brumaire (16-17 novembre 1793).