Recueil des actes du Comité de Salut public, VIII, o
3. Séance de la Gonve ntion du 8 vendémiaire an III [Journal de la Montagne, p. 1239).
toujours tremblants sur les mesures, douleurs sur les succès... Nous avons pensé qu'il était essentiel de balayer le sol de la liberté de tous les brigands, et do les précipiter dans la mer avant longtemps. Nous avons cru devoir prendre àe grandes mesures. Les ordres sont donnés pour leur exécution^ ». Entre la mer et hi Loire la différence était-elle si grande ?
Le 30 brumaire (20 novembre 1793), fut célébrée la fête de la Raison. Carrier se donna la peine de rédiger le compte rendu de la cérémonie, et l'adressa à la Convention :
« Des vétérans ont ouvert la marche, portant un faisceau de piques... Suivait la Déclaration des droits de l'homme, portée par des sans-culottes suivis d'une musique guerrière et nationale. Plusieurs femmes, portant des cornes d'abondance, entourées d'enfants qui semblaient recevoir leurs dons, oifraient un spectacle simple, mais touchant.
« Une charrue contenait un vieillard tenant dans ses mains une gerbe de blé, ayant à ses côtés de petits sans-culottes, et foulant à ses pieds tous les liens des anciens mensonges, des titres de noblesse, de fanatisme et d'aristocratie; d'autres enfants portaient, autour de la charrue, les instruments de l'agriculture.
(( Le vieillard tenait dans ses mains le bout d'un grand ruban tricolore qui entrelaçait également les présidents de toutes les administrations et celui de la Société populaire Vincent-la- Montagne Le
1. Lindet, Billaiid-Varenne, C.-A. Prieur (de la Côte-d'Or), Carnot, Barère {Recueil des actes du Cotnilé de Salut public, VlJl, 436).
consul d'un peuple allié, l'un de nos frères angloaméricains, portait l'autre bout du ruban...
« Le buste de Marat porté par un municipal des campagnes, accompagné du peuple marchant sans distinction, suivait immédiatement.
« Le buste de Lepelletier était porté ensuite dans les mêmes dispositions,
« Un groupe représentait la destruction du fanatisme. Des sans-culottes y portaient des évoques, des madones, des saints de toutes les couleurs renversés du haut en bas. Des citoyens portaient des torches qui annonçaient le feu patriotique qui allait les consumer.
« Un membre des administrations, tenant sous ses bras un sans-culotte officier et un sans-culotte soldat, marchaient sans distinction de rang.
« Ce rassemblement était partagé par de petits groupes de saints renversés et entourés de tambours.
« La marche était terminée par le peuple en masse.
<( Arrivé à la colonne de la Liberté, elle a été entourée par les sans-culottes, et on a entonné l'hymne delalibertéausondela musique nationale.
« Arrivé à la place du Département, oiiun bûcher était préparé, le vieillard, descendant de sa charrue, entouré de petits enfants, a allumé cet autodafé nouveau qui recevait les saints, les évoques, les madones et toutes les paperasses de l'ancien régime que les sans-culottes y jetaient à l'envie.
« Au moment où le feu consumait ces vestiges de la tyrannie, le peuple a entouri' une montagne élevée vis-à-vis le bûcher. Au pied de cette mon-
J.-IÎ. CAUKIER
tagne était un marais fangeux qui a été foulé par les pieds des Républicains. Sur cette montagne ont été déposés tous les signes de la Révolution portés dans la fête. Le peuple surtout a fixé ses regards sur le tableau de l'assassinat de Lepelletier.
(( Des discours à la mémoire de Marat ont été prononcés par le président de la Société populaire et par celui du Département. La fête du matin s'est ierminée par une carmagnole générale. »
Suit la description d'une représentation publique de Caïiis Gracchiis, « ce Marat romain»). Dans l'entr'acte on a crié : « Vive la Montagne ! « La ville a été illuminée toute la nuit. L'espoir des patriotes n'a pas été trompé; il faut l'avouer avec franchise; l'opinion publique a suivi rapidement leurs mesures révolutionnaires. Les Nantais, citoyens collègues, ont repris cette énergie brûlante dont l'explosion signala leurs premiers mouvements à l'aurore delà Révolution. Partout le peuple aime la liberté. Elle est gravée dans son cœur par la main de la nature. Il ne faut savoir que développer l'élan pour l'élever à toute la hauteur de la Révolution. Ça va! ça va! ça ira^ ! »
Le procès-verbal du Conseil de la Commune ajoute que Ton brisa la pierre de la Rastille envoyée à Nantes par Palloy, comme dans tous les chefs-lieux de département, parce qu'elle portait une image de Louis Capet, et que cette fête avait eu aussi pour objet de célébrer la mémoire de Marat et de Lepelletier'-. Le même jour, ce Conseil
1. Lettre du 2 frimaire an II, 22 novembre n!)3. Recueil des ades du Comité de Salut public, VIll, 598.