Reçu des actes du Comité de Salul public, IX
NOYADES DU BOFFFAV ET DES PRÊTRES d'aNGERS 123
devait délivrer la ville des autres coupables.
Carrier, de son côté, sans doute par l'effet d'une entente avec le Comité de Salut public, s'est toujours abstenu, dans ses ordres écrits relatifs aux noyades, de préciser les cboses. C'est par des membres du Comité révolutionnaire qu'il a fait signer, le 16 frimaire, la réquisition au charpentier Afiilé, et il n'y est parlé que d'une mission qui lui a été confiée '. « Le lendemain de la journée du 15, rapporte Bachelier, le représentant donna un rendez-vous à Colas, lieutenant du port, qu'il chargea d'y faire trouver Affilé, charpentier de navires, et ce rendez-vous était au Comité révolutionnaire. Ne croyez pas, ajoute Bachelier, toujours empressé à proclauK^r son innocence, que Carrier nous communiqua ses intentions... La séance du 15, au matin-, la non-exécution de la fusillade lui avaient singulièrement déplu. Il craint même de nous confier son secret. Il passe avec Colas et Affilé dans une chambre séparée du bureau du Comité, ne nous dit rien de ce qu'il veut faire, et ordonne àGoullinde rédiger les réquisitoires. Carrier reste jusqu'à ce que les ordres soient signés -^ »
Carrier n'a jamais signé lui-même que les pouvoirs de Lamberty l'autorisant à passer, jour et
1. Ces diverses pièces ont été maintes fois reproduites dans les histoires de la Révolution à Nantes. On les trouvera notamment dans les Noyades de Nantes, 2" édit., p. 19 et suiv.
2. Probablement une allusion à la séance du Directoire de Département.
3. Mémoire pour les acqiiilfés, p. 19. Sauf en ce qui concerne la prétendue ignorance des membres du Comité révolutionnaire, cette déclaration peut être sincère.
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nuit, partout où il lui plairait, avec les citoyens qui l'accompagneraient, et interdisant de mettre la moindre entrave à l'expédition dont il était chargé. Quoique le mot expédition soit au singulier, d'après la copie certifiée du greffier, c'est en vertu de cet ordre, qu'il ne se donna môme pas la peine de renouveler, que se firent toutes les noyades '.
La grande mesure contre les prisonniers du Boutfay, annoncée dans la lettre du 16 frimaire, rencontra une opposition à laquelle Carrier ne s'attendait pas. Phelippes et Goudet, le premier président, et l'autre accusateur public du Ti'ibunal révolutionnaire, s'établirent, dans la nuit suivante, au greffe de la prison du Boutîay, et, quand les membres de la Compagnie Marat se présentèrent pour se faire livrer les cent cinquante-cinq détenus portés sur une liste, ils appuyèrent la résistance du geôlier, et firent valoir l'illégalité des ordres dont ces individus se prévalaient '. L'attitude de ces deux magistrats, en présence d'ordres qu'ils savaient approuvés de Carrier, doit être relevée à leur honneur, quoiqu'elle soit loin de racheter la pusillanimité qu'ils montrèrent au Tribunal révolutioimaire.
L'intervention de fMielippes et de Goudet n'avait eu pour effet que de retarder la mesure, comme nous le verrons tout à l'heure. Carrier se rappela alors qu'il avait sous la main cinquante-trois prêtres