‹ J.-B. Carrier, représentant du Cantal à la Convention, 1756-1794, d'après de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 6 sur 198 · INTRODUCTION XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XI

En présence d'une indignation qui croissait chaque jour, et qui devenait uienaçante, la Convention résolut enfin de sacrifier Carrier. Ses actes ne pouvant se justilier, on fit de lui une sorte de bouc émissaire, chargé des crimes de ses collègues en même temps que des siens. Il fut donc convenu qu'on l'accuserait d'avoir outrepassé ses pouvoirs et d'avoir cherché à ramener la royauté, en provoquant par ses excès la haine de la République. La Convention s'imagina qu'elle réussirait ainsi à faire oublier qu'elle avait approuvé, huit mois auparavant, toutes les horreurs de Nantes. Son calcul n'était pas trop mauvais, car tous les écrivains de l'école révolutionnaire sont partis de là pour laver le Comité de Salut public, et cette Assemblée elle-même, de leur complicité avec Carrier. Celui-ci a été regardé, depuis lors, comme plus coupable à lui seul que tous ses autres collègues ensemble, pour avoir compromis la Révolution en déshonorant la Terreur. Le retentissement de son procès a seul accrédité ce paradoxe, et une foule de conventionnels, quiavaient autant que lui mérité l'excécration de la postérité, lui doivent ainsi Tinestimable avantage d'être tombés dans l'oubli.

Il n'est pourtant pas aussi facile qu'on l'ima-

XII INTBODUCTION

gine de décharger la Convention de sa complicité avec Carrier. Les pouvoirs des représentants en mission étaient, à la vérilé, illimités, mais ils ne l'étaient qu'à l'égard des contrerévolutionnaires, ils ne l'étaient point à l'égard du Comité de Salut public, qui résumait en lui le gouvernement de la nation. Les représentants en mission étaient réellement sous sa dépendance, et, pour qu'ils fussent rappelés et obligés de rendre des comptes, le Comité de Salut public n'avait qu'une lettre à écrire ou un vote à demander. «La nature et l'éducation, dit avec beaucoup de raison Babeuf, peuvent bien donner au monde des hommes-fléaux, des monstres malfaisants, comme Carrier, comme Lebon, comme Collot; mais, dans la Société, ils ne peuvent pas exercer leurs ravages destructeurs que ceux qui se mêlent de la régir n'y consentent'. »

C'est à ce point de vue surtout qu'il m'a paru utile d'étudier, dans tous ses détails, la vie de Carrier, car le personnage en luimême est peu intéressant. Son intelligence était médiocre et sa raison n'était pas des plus saines. Le saut avait été si brusque du

1. Du si/slèine de di'populalion, ou la cie et les crimes de Carrier, p. lo.

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