‹ J.-B. Carrier, représentant du Cantal à la Convention, 1756-1794, d'après de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 63 sur 198 · Eod., XIX · texte numérisé non relu

Eod., XIX

5. Lettres d'Orieux Pièces remises à la Commission des Vingt et Un^ p., 15; Plaidoyer de Tronçon-Ducoudray, Procès des Nantais {Courrier républicain, numéro du 18 septembre 1794, 2° sans-culottide, p. 141).

LES TALENTS ADMIMSTR ATTFS DE CARRIER 145

devant Granvillo, qui contribuèrent en effet à la levée du siège de cette ville ^, il est invraisemblable qu'elles aient été armées par Carrier. Le siège de Granville est du milieu de novembre 1793, et, lorsqu'il était en Bretagne, six semaines avant cette époque, personne au monde ne pouvait prévoir que l'armée vendéenne se porterait vers la Normandie. Aucune des lettres qu'il écrivit pendant ses voyages, de Choiet, d'Angers, de Nantes, durant son séjour, ne contient la moindre allusion à ces chaloupes-canonnières. D'ailleurs il n'aurait pas manqué de rappeler ce service lorsqu'il se vanta d'avoir empêché la prise de Granville, « en y envoyant, en toute diligence, les munitions et les choses dont cette place manquait pour se défendre- >.

L'obéissance passive que Carrier rencontrait parmi les gens de son entourage accroissait chaque jour en lui l'infatuation de sa toute-puissance, et le portait à en faire un usage aussi déraisonnable qu'immodéré.

La Société de 'Vincent-la-Montagne qui, plus tard, tentera de le nier, emboîtait le pas servilement derrière le représentant. Un jour, cependant, il arriva qu'un militaire vint à la tribune formuler, contre lui, une plainte qui n'est pas spécifiée au procès-verbal, et qui fut accueillie avec une certaine faveur. Le lendemain, 25 frimaire. Carrier, furieux, arrive à la séance, demande le nom de l'ora-

1. Beauchanip, Histoire de lu r/nerre de la Vendée, 4" édit.,

II, no.

2. Séance de la Convention du S vendémiaire an III, 29 septembre 1794 [Réimpression du Moniteur, XXll, 114).

teiir qui a cherché à avilir, on sa personne, la représentation nationale, et annonce que le président et les secrétaires lui en répondront, et qu'ils seront sur-le-champ arrêtés et la Société dissoute. Vainement un patriote nommé Thomas essaye de lui répondre, il déclare la Société dissoute, et ordonne de faire porter chez lui les registres elles clefs du local'.

Il avait parlé et gesticulé comme un énergumène. Un contemporain, présent à la séance, décrit ainsi son attitude. « Un soir, Carrier alla à la Société populaire qui tenait alors ses séances dans l'église Sainte-Croix. 11 monta dans la chaire qui servait de tribune. 11 vociféra contre la ville de Nantes, qu'il menaça de la vengeance nationale. Il tonna contre les négociants, les accapareurs, les modérés, les égoïstes. Il tira ensuite son sabre avec lequel il coupait, par la moitié, les chandelles qui étaient devant lui, en disant qu'il ferait rrouler de même, sur l'échafaud, les têtes de ces riches égoïstes, de ces négociants, de ces gros coquins. Il était comme un fou, comme un enragé. Si ce fait n'était pas connu de milliers de témoins, je n'oserais en parler, tant il semble incroyable. C'était cependant un pareil être qui était revêtu de la toute-puissance à Nantes, et qui était investi de la dignité de représentant d'une grande nation. Au reste, avant Carrier, Fouché avait prêché une pareille morale. Toute l'assemblée fut frappée de stupeur; personne n'osait rien dire. On croyait à chaque instant voir

1. Procès-verbal de la séance. Pièces remises à la Cotnmission des Vinr/t et Un, 41, 44 et 4.J. Dugast-Matifeux, Précis de la conduite patriotique..., p. 18.

le monstre se jeter sur le piihlic, et frapper de son sabre à tort et à travers'. » Chaux a même dit qu'il Tavait fait : « Après avoir menace d'abattre les têtes des citoyens présents à la séance du 25 frimaire, Carrier iinit par dissoudre le club, chasser à coups de sabre les membres devant lui, et emporter les clefs '. » C'est probablement ce jour-là qu'il dit que « les Nantais étaient des scélérats, et qu'il fallait jouer à la boule avec leurs têtes •^)).

Malgré la violence de ces menaces — car cette fois encore le calme avait succ('dé à l'explosion de sa colère, — Carrier ne fit arrêter ni le président ni les secrétaires. 11 ne tarda même pas à comprendre qu'en fermant le club des sans-culottes il était allé un peu loin, la majesté populaire valant peutêtre bien sa propre majesté. Le 29 frimaire (19 décembre). Cil. Forget, qui exercaitalors les fonctions de président, reçut un arrêté contenant ces deux seules lignes : « Le président de Vincent-la-Montagne ouvrira aujourd'hui la séance à l'heure ordinaire. » Date et signature^.

Ces exploits administratifs n'étaient que jeux de princes enivrés de despotisme. Nous allons revoir, dans son rôle de bourreau, l'agent du Comité de Salut public.

1. Méinuires manuscrits du greffier Blanchard {Pièces remises à la Commission des Vingt et Un, p. 44 et 45).

2. Bulletin du Tribunal révoluliuniiaii'e, VI, 21)0. Dépositions de Ciiaux et Deiasalle.

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