‹ J.-B. Carrier, représentant du Cantal à la Convention, 1756-1794, d'après de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 64 sur 198 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Incertitudes surTépoque où commencèrent les grandesnoyades. — Fusillades nombreuses à Nantes h la fin de frimaire, avant la bataille de Savenay. — Fusillades ordonnées par les généraux, dont l'une accomplie avec une cruauté particulière au témoignage de Benaben. — Récit fait à la Convention, par un messager, de fusillades dont il avait été le témoin à son passage àAncenis. — Bataille de Savenay. — Hommage rendu par Beaupuy à la bravoure des vaincus. — Si.xrailh' morts enterrés dans la banlieue de Savenay, selon W'esterniann. — Deux mille fusillés après la bataille, selon Benaben. — Nombreuses fusillades à Nantes après la bataille de Savenay. — Démarche delà Municipalité de Nantes en faveur des prisonniers demandant à se rendre. — Accueil faitpar Carrier à cette démarche. — Les deux grandes exécutions par la guillotine, sur la place duBouffay. comprenant quatre enfants. — Divers témoignages sur les grandes noyades, dont celui de Carrier lui-même. — Scène du représentant avec Gonchon, président de la Commission militaire. — Qui a payé les noyades? — Les mariages républicains. — La noyade proposée ailleurs qu'à Nantes comme moyen d'exécution des contre-révolutionnaires.

Les preuves des grandes noyades de prisonniers, exécutées à Nantes, en nivôse et pluviôse, sont si nettes, si variées et si concluantes, que je négligerai, comme étant d'ordre secondaire, la question de savoir si la destruction, parce moyen, des débris de l'arnu'e royaliste amenés à Nantes, a, ou n'a pas commencé dès les premiers jours de frimaire. Pour l'affirmative, il y a le nombre des témoignages ; pour la négative, il y a le défaut de précision de ces mêmes témoignages, l'attitude ' hésitante de Carrier auprès des Corps administra-

tifs en frimaire, et enfin les nombreuses fusillades qui ensanglantèrent les derniers jours de ce mois et les premiers du mois suivant.

La bataille de Savenay qui eut lieu, comme nous le verrons tout à Tbeure, le 3 nivôse (23 décembre), avait été une date assez importante pour se fixer dans les mémoires, et permettre, aux moins attentifs, de classer, avec précision, les faits contemporains de cet événement, en faits à'avanl et à" après Savenay.

C'est ainsi que les membres du Département de la Loire-Inférieure ont affirmé, sans hésitation, (\nQ sept à huit cents prisonniers, non jugés, furent, par ordre de Carrier, fusillés à Nantes, en frimaire, avant Savenay K Nulle protestation ne s'éleva des bancs de la Convention, quand, à la séance du 6 nivôse (26 décembre), lecture fut donnée d'une lettre de Carrier, datée de Nantes le 30 frimaire (20 décembre), dans laquelle il disait : « La défaite des brigands est si complète que nos postes les tuent, les prennent, et les amènent- ,à Nantes par centaines; la guillotine ne peut suffire; j'ai pris le parti de les faire fusiller. Ils se rendent ici et à Angers par centaines; j'assure à ceux-ci le même sort qu'aux autres. J'invite mon collègue Francastel à ne pas s'écarter de cette salutaire et expéditive méthode. C'est par principe d'hu?naîiité i[ue je purge la terre de la liberté de ces monstres'. »

1. Voiries pièces justiûcatives dnns les Fusitloiles de Nantes, par A. Lallié {Revue de Brelaqne et de Vendée, février 1882).

2. Séance du 6 nivôse an II [Ré'nnpression du Mjnileui\ XIX, 57). — L'humanité de Carrier ressemblait à la sensibilité de Collot d'Herbois disant aux .Jacobins : « Nous en avons fait foudroyer à Lyon deux cents d'un coup, et on nous en fait un crime ! Ne

Une autre lettre de Nantes, anonyme celle-là, facile à dater du 29 frimaire, parce qu'elle mentionne la capture des demoiselles de la Métairie, insérée aux Nouve/Zet^ des départetncnts dans le Journal de la Montagne, mande, sans commentaires : « Les débris de l'armée catholique nous arrivent à force. Hier, on a fusil lé deux cent soixante-dix-neuf brigands, dont cent soixante-dix avaient été pris à Ancenis, et les autres du côté de Vannes. Il y avait parmi eux plusieurs petits chefs ^ »

De leur propre autorité, les généraux procédaient aussi à ces exécutions eu masse, et les faisaient avec des raffinements de cruauté que l'on n'a point eu à reprocher à Carrier.

C'était encore avant Savenay. Benaben, commissaire du Df'partement de Maine-et-Loire, qui assistera à la bataille, était enroule pour rejoindre l'armée républicaine. Envoyant à son ami Vial, de Chalonnes, ses impressions de voyage, voici ce qu'il lui racontait ; « Comme je revenais de Mones-, où j'avais été chercher des chevaux pour traîner Tartillerie que nous avions prise aux brisait-on pas que c'est encore une marque de sensibUilé ? Lorsqu'on guillotine vingt coupables, le dernier exécuté meurt vingt fois, tandis que deux cents conspirateurs périssent ensemble. On parle de sensibilité! Et nous aussi, nous sommes sensibles. Les Jacobins ont toutes les vertus. Ils sont compatissants, humains, généreux.» [Réimpi-essioti du Moniteur, numéro du 4 nivôse anU, XIX, 26). Cette théorie de la sensibilité, à propos du même fait, avait été déjà développée par lui dans son rapport à la Convention du !'"■ nivôse [Héimpression du Moiïifeiiv, XIX, 189).

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