‹ J.-B. Carrier, représentant du Cantal à la Convention, 1756-1794, d'après de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 69 sur 198 · Réitnpressioii du Monileur, XIX · texte numérisé non relu

Réitnpressioii du Monileur, XIX

Tout Gn reconnaissant comme constant le crime des noyades, imputable au seul Carrier, à l'exclusion de la complicité du Comité de Salut public et de la Convention, certains auteurs ont prétendu induire, de la confusion des dates et des faits dans les témoignages produits au procès, que le nombre des noyades avait été fort exagéré. Selon Michelet et Berriat Saint-Prix, on ne pourrait dater que sept noyades, et ni 1 un ni l'autre n'a essayé de les dater. Louis Blanc consent a reconnaître qu'il y QA\i plusieurs noyades.

Ce genre de supplice, que, dans l'ancienne Rome, on réservait aux parricides, avait été employé par les Anglais pour détruire les proscrits de la population française de la Nouvelle-Ecosse, au milieu du xvni" siècle. i< On coula en pleine merles vieux vaisseaux sur lesquels on les avait entassés comme un vil bétail ^ »

Je ne reproduirai pas ici les détails minutieux que j'ai classés dans un ouvrage spécial sur les Noyades de Nantes. Cet ouvrage contient les pièces justificatives et les preuves. Je citerai seulement les affirmations de quelques témoins oculaires dont l'authenticité est incontestable.

Lorsque le représentant Dubois-Crancé alla visiter les fonderies d'indret, après le départ de Carrier (après le 2S pluviôse, 1() février 1794), « il

1. La Renaissance île la Populaiion française en Acadie, par Camille Derouet {Correspondant du 10 se|)tem]ire 1899, p. 919). Cette cruauté n'a rien d'invraisemblable de la part d'un peuple qui ne recule devant aucun moyen pour détruire ses ennemis, et qui, dans la guerre contre les indigènes d'Amérique, leur faisait distribuer des couvertures imprégnées du virus de la petite vérole (Voir Revue des Deux Mondes, 1" février 1900, p. 495).

eut SOUS les yeux le spectacle d\me foule de fossoyeurs rangés le long de la rivière, et qui n'étaient occupés qu'à enterrer des monceaux de cadavres' ». Favreau, directeur général de l'artillerie à Paris, qui habitait Indret pendant la mission de Carrier, « a vu les bords de la Loire et la rivière chargée de cadavres, parmi lesquels il y avait beaucoup d'hommes et de femmes tout nus- ». Le nombre d'une vingtaine de noyades a été donné à diverses reprises, comme celui qui se rapprochait le plus de la vérité, et l'accusateur public a pu dire, sans être contredit : « Suivant le sixième chef. Carrier est accusé d'avoir ordonné ou toléré les noyades que les débats ont portées au chiffre de vingt-trois. Les preuves, comme vous vous le rappelerez, citoyens jurés, fourmillent de toutes parts sur ce chef^ »

Ces noyades ont eu lieu au moyen de chalands, ou sapines. On y pratiquait des trous, que l'on bouchait au moyen de planches légères, et qu'on enlevait au moment où le bateau était arrivé à l'endroit désigné pour sa submersion. « Il fallait un chaland pour chaque noyade '♦. » Une au moins de ces noyades fit périr à la fois environ huit cents individus, hommes et femmes '.

Il y eut aussi des noyades de prisonniers jetés à l'eau un à un du bord des chaloupes. Un jour qu'il n'y avait pas assez d'eau pour les faire périr, on

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