‹ J.-B. Carrier, représentant du Cantal à la Convention, 1756-1794, d'après de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 71 sur 198 · Moniteur du 10 nivôse an II [Héimpressiun. XIX · texte numérisé non relu

Moniteur du 10 nivôse an II [Héimpressiun. XIX

2. Les Crimes des sept membres des anciens Comilés, par Laurent Lecointre, p. 164.

LES GRAiNDES EXÉCUTIONS 165

à la lueur des réverbères, le représentant Carrier, revêtu d'une roquelaure qui lui a paru brune, et d'un chapeau rond, qui leur disait : « Dépèchezvous, marchez en ligne '. »

Le système de (^arrier était de laisser faire ses agents. L'impulsion une fois donnée aux mesures qu'il avait décidées, il ne s'occupait plus de leurs opérations. Le Comité révolutionnaire emprisonnait et rançonnait les iiabitants; les tribunaux révolutionnaires jugeaient, condamnaient et même acquittaient les accusés. Deux seules fois, il intervint pour imposer à celui de Phelippes les deux exécutions qui ont été racontées. Il laissait de même, sans s'en occuper, la Commission militaire, présidée elfectivement par Bignon, et nominalement })ar Concbon, pai'tager avec Lamberty le soin de faire périr les prisonniers de l'Entrepôt.

Jusqu'au 0 pluviôse (28 janvier), la Commission militaire avait laissé s'écoulei' plus d'un mois sans jalouser les attributions homicides de Lamberty. Ce jour-là, pour une raison qui m'échappe, elle contesta à l'ami de Carrier le droit d'enlever des prisonniers. Celui-ci, mécontent de voir ses pouvoirs entravés, dénonça la Commission, et Carrier fit venir le président.

Gonclion arriva seul tout effrayé. Le représentant lui dit en le voyant: « Te voilà donc j.. f. . de président qui t'opposes à mes ordres. Eh bien! j. f. , juge donc dès que tu veux juger. Si. dans deux heures, tous les prisonniers de l'Entrepôt ne sont pas jugés, je te fais fusiller^. » Gonchon fut tel-

1. Dossier du procès de (larrier (Aich. nation., W, 493). "2. Pièces remises à lu Comininnion des ViiKjt et Un, p. 3.

lement ému de cette scène qu'en rentrant il se mit au lit et mourut peu de jours après. Un commissaire bienveillant nommé Allard, qui a fait de cette scène un récit conforme à celui de David-Vaugeois ajoute : « Les noyades n'en continuèrent pas moins K »

Des centaines d'enfants de tout âge, venus d'Angers et de Savenay, avaient été placés à l'Entrepôt où on les avait laissés croupir dans l'ordure. De bons citoyens en avaient adopté un certain nombre. 11 avait été question de conlier, au commissaire ordonnateur de la marine, ceux qui paraîtraient propres à ce service. Gonclion, Bignon, le Comité révolutionnaire, avaient été d'avis diflerents sur la destination à leur donner, et deux choses bien certaines, c'est qu'à la lin de nivôse il y avait de nombreux enfants dans la partie de l'Entrepôt appelée la Cayenne, parce qu'on y déposait les marchandises de cette colonie, et que les témoins et même les accusés ont été unanimes à reconnaître qu'ils avaient disparu. Sont-ils morts de maladie ou y eut-il une noyade spéciale d'enfants ordonnée par Carrier? Michelet le croit et attribue sans raison le fait à Robin, avec cette réllexion que « Robin était lui-môme un enfant, et que nul âge n'est plus cruel pour l'enfance'^ ». M. Berriat-Saint-Prix, qui, dit-il, « ne peut ajouter foi à une pareille horreur », présume que les enfants sont morts de maladie et que leurs cadavres, ayant été jetés à la Loire, le bruit avait couru qu'ils avaient été noyés '■''.

Page 1