‹ J.-B. Carrier, représentant du Cantal à la Convention, 1756-1794, d'après de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 85 sur 198 · Une missio7i en Vendée, p · texte numérisé non relu

Une missio7i en Vendée, p

CARRIER, TRÉHOUART, LEBATTEUX 195

vices SOUS la ferme direction de Jean-Bon-Saint- André.

Tréhouart, envoyc' à Brest, comme Jullicn en avait donné l'avis, s'y rendit ; mais il crut prudent d'expliquer sa conduite. M. Wallon a reproduit en partie le mémoire justiticatif qu'il avait fait parvenir, dans les jours qui suivirent, au Comité de Salut public'. Le succès de Carrier, au contraire, était complet : il était maintenu dans ses pouvoirs, et son protégé, narguant la justice, conservait sa liberté. L'ami de Lebatteux avait pu impunément abuser de son pouvoir, et commettre le crime, si souvent alors puni de mort, d'outrage à la dignité de la représentation nationale. Cette indulgence du Comité de Salut public envers Carrier, et son maintien dans sa mission, contrairement à l'avis de Jullien, sont des faits très dignes d'attention, et qu'il importe de noter. On ne peut les expliquer que par la présence au Comité d'amis puissants de Carrier, qui approuvaient systématiquement sa conduite, quelle qu'elle pût être, ou par cette considération politique que son u'uvre de destruction des débris de l'armée vendéenne, œuvre à laquelle sa brutalité et sa cruauté semblaient l'avoir destiné, serait entravée ou retardée par son rappel de Nantes. Que l'on adopte l'une ou l'autre cause de son maintien à Nantes, après une pareille affaire, et en un pareil moment, il en ressort clairement que Carrier avait, au Comité de Salut public, une ma-

I. Wallon, les Repvésentcnits en mission dans VOiiesf, I. 42a. et Il 2b. Recueil des acles du Comité de i>alut public, IX, bll.

jorité d'approbateurs ou de complices pour ses abominables mesures.

Si, dans Tintérét de sa politique, le Comité de Salut public voulut oublier l'incident Tréhouart, il n'en fut pas ainsi de tout le monde. Jullien avait sur le cœur le peu de cas que l'on avait fait de ses conseils, et il est probable que cet échec à son amour-propre ne fut point étranger à l'ardeur avec laquelle il travailla, le mois suivant, et cette fois avec succès, à obtenir la cessation de la mission de Carrier. Les collègues de ce représentant n'oublieront pas non plus l'incident Tréhouart, et, quand ils voudront faire de lui un contre-révolutionnaire, ils l'invoqueront comme une preuve sans réplique. Dans la balance de leur justice intéressée, son impertinence pèsera plus que ses noyades.

Très insouciant de l'administration courante, même quand elle touchait à la politique. Carrier ne paraît pas s'èti-e occupé de l'application, à Nantes et dans le département, de la loi du 14 frimaire an II, sur le gouvernement révolutionnaire provisoire ', parvenue ofticiellementà Nantes le 2 nivôse-, et non le 16, comme l'ont prétendu les membres du Comité révolutionnaire qui avaient tardé à l'exécuter. Cette loi, faite en vue de (b'joucr le projet de la Commune de Paris de réunir tous les Comités révolutionnaires de Paris en une Assemblée assez puissante pour tenir tète à la Convention, était une loi de centralisation ([ui investissait le Comité de Salut public d'une puissance dictato-

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