‹ J.-B. Carrier, représentant du Cantal à la Convention, 1756-1794, d'après de nouveaux documents (volume 2)Chapitre 91 sur 198 · Journal des Lois, du 24 frimaire an lll, p · texte numérisé non relu

Journal des Lois, du 24 frimaire an lll, p

3. Bulletin du Tribunal révolutionnaire, VU, 7. et Phelippes, Noyades, Fusillades, p. 69. Déposition de Champenois, Bulle tin du Tribunal révolutionnaire, VI, 305.

Le Consoil do la Commune charge Bonamy d'une mission semblable à celle dont Renard avait pris l'initiative. Bonamy trouve au lit le représentant, qui se fâche et demande qu'on le laisse tranquille. 11 lui répond que les circonstances sont impérieuses, et qu'il faut aviser au danger de la disette par des ordres convenables. Carrier fait le sourd, et ne répond rien d'abord; enhn il ouvre la bouche pour dire : « Le premier b... qui me parle de subsistances je lui f. .. la tête à bas, j'ai bien à faire de toutes vos sottises. » Bonamy rapporte ce propos, et le Conseil décide d'envoyer une députation à Carrier; mais personne ne veut faire partie de cette députation '.

Le 17 nivôse (6 janvier), le citoyen Guimberteau, inspecteur général des charrois militaires, arrive à Nantes, et il constate que ce service est tombé dans une complète désorganisation. Dans des lettres adressées à l'un de ses surbordonnés, il se plaint que les chevaux crèvent dans les rues, et que les voitures, brisées et découvertes, sont éparses de tous cotés. Le directeur général, en résidence à Nantes, qui avait été le secrétaire de Carrier, un nommé Prigent, venait d'être mis en état d'arrestation sur la dénonciation du général Turreau. Guimberteau, naturellement, songe à invoquer l'autorité du représentant dont le secours lui est indispensable pour rétablir un peu d'ordre dans l'administration. Arrivé à la porte de Carrier, il est reçu par un jeune secrétaire qui, au lieu de l'accueillir, lui cherche querelle et le fait mettre

à la poi'tc par quatre fusiliers. Il retourne quelques heures plus tard, et réussit à se l'aire introduire. Il s'eiïorce de faire comprendre au représentant combien il importe à lintérêt de l'armée de mettre fin à un pareil désordre. Carrier lui répond « qu'il s'occuperait de son affaire quand il voudrait; qu'il

voulait prendre du repos; qu'il se f de toutes

les régies, et qu'il les ferait guillotiner quand il s'en occuperait » {sic). 11 insiste, Carrier le traite « d'original ». Guimberteau, voyant enfin que le maître allait le trailer comme avait déjà fait le secrétaire, et ordonner aux grenadiers qui le gardaient de le jeter à la porte, prend le parti de se retirer'.

Ce Prigent, qui vient d'être nommé, n'était pas seulement un directeur général prévaricateur. Si Ion en croit certains documents, il aurait été, comme Lalouet, un de ces confidents, qui, pour s'être tenus au second plan, ne laissèrent pas déjouer, dans les événements de Nantes, sous le proconsulat de Carrier, un rôle considérable.

Prigent (Jean-Yves-Alexis) était un ancien procureur au présidial de Rennes, devenu plus tard avocat, qui avait eu maille à partir avec la justice, et qui avait réussi à se faire acquitter. C'était, à n'en ])oint douter, un habile homme. Carrier, lorsqu'il était à Rennes, en avait fait son secrétaire. Il l'avait amené de Rennes à Nantes, et, vers le milieu de frimaire, il l'avait appelé au poste important de directeur général de la comptabilité des charrois de la première division de l'armée

1. Pièces remises à la Commission des Vingt et lin. p. H5 et 36.

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de rOuest. La dt'nonciation de Turreau et la lettre de riiispecteur Guimberteau ne ])ermettent pas de douter qu'il avait malversé dans ses fonctions. Il avait dû coûter à Carrier de le faire emprisonner au Bouffay, le 9 nivôse (29 décembre) ; mais il est probable qu'il n'avait pu faire autrement. Dès le 22 nivôse (11 janvier), il le faisait transférer au Château'. Je n'ai vu nulle part que Prirent ait comparu devant une Commission militaire quelconque, d'où il est permis d'inférer que la faveur de Carrier le tira de peine. Le fit-il de suite réintégrer dans son poste? Je ne sais; mais ce qui est certain, c'est que Prirent, au commencement de Tan III, était redevenu directeur général des charrois '. Voici la note anonyme que j'ai copiée, parmi les pièces du dossier de Carrier, aux Archives nationales : « Confident le plus intime de Carrier, son collaborateur dans toutes ses mesures, son compagnon de débauches, son conseiller, son corrupteur peut-être, Prigent est, de tous les hommes de Nantes, celui qui peut donner les renseignements les plus certains sur l'affaire du Comité. On peut savoir son adresse à l'hôtel de la République, place Graslin. » Le défaut d'une signature au bas de cette pièce lui enlèverait toute valeur, si, d'autre part, le rôle coupable de Prigent ne se trahissait avec évidence dans une correspondance qui m'a été communiquée. Prigent était le mari d'une femme respectable à laquelle la famille d'un ancien memltre des administra-

i. Registre d'écrou du lidutlViy, f- 10!.

2. Nombreuses pièces de comptabilité signées de lui (Arch départ).

tions de la Loire-Inférieure portait le plus grand intérêt. A diverses reprises, l'auteur [de ces lettres, écrites de Paris durant le procès, se félicite du silence des accusés et des témoins à l'endroit de Prigent, et exprime la crainte la plus vive de l'entendre incriminer. Parmi les papiers des représentants Boursault et Ruelle, en mission à Nantes, à la lin de Tan 11, se trouve une lettre à leur adresse signée de Forget et datée de la 2" sansculoltide (18 septembre 1794), dans laquelle il les avertit de se méfier de Prigent. «Le représentant Bô, ajoute-t-il, en a fait justice au peuple en réloignant de ses bureaux. On peut se renseigner sur lui auprès de la Société populaire de Rennes; il a commis des faux'. » Gomment Prigent évitat-il d'èti'e cité comme témoin alors que son propre secrétaire, Sandrock, ancien commis négociant, employé lui aussi dans l'administration des charrois militaires, fut appelé à déposer comme ayant approché Carrier par l'intermédiaire de Prigent? Sandrock reconnut s'être trouvé au fameux dîner sur la galiote avec Lamberty-. Sans prétendre percer à jour ce mystérieux intrigant, je me le ligure homme d'esprit, tlatteur et plus soucieux de l'être que du paraître. Pour s'être contenté d'exercer une influence occulte, il réussit à se faire oublier et garda sa place.

Carrier prenait des arrêtés à tort et à travers, sans s'inquiéter de savoir s'il était possible de les exécuter, et il négligeait ensuite de faire le nécessaire pour qu'ils produisissent leur effet.

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