‹ J.-B. Carrier, représentant du Cantal à la Convention, 1756-1794, d'après de nouveaux documentsChapitre 118 sur 172 · Numéro du 20 brumaire an lll · texte numérisé non relu

Numéro du 20 brumaire an lll

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individus qui se mettent à la claquer en cadence*. Toutes les habituées des tribunes furent troussées, et obligées de montrer leur certificat de civisme. Les vénérables frères, éclopés pour la plupart, disparurent à la faveur des ténèbres. Le calme fui rétabli et le champ de bataille retentit mille fois du cri de « Vive la Convention ! »

De la discussion du lendemain 20 brumaire (10 novembre),dont/e3fomVe;/r lui-même reproduit les phases pittoresques et mouvementées, il résulte très clairement que les Comités réunis, c'est-à-dire le pouvoir exécutif du moment, avaient laissé complaisamment les muscadins accomplir leur exploit, et que la force armée, envoyée pour protéger les Jacobins assiégés, ne Tavait été que tardivement et pour la forme. Bien qu'aucune décision définitive ne fût prise, ce jour-là, pour la fermeture du Club, et que la Convention eût ordonné seulement qu'un rapport sur l'affaire lui serait présenté, les dispositions de la majorité s'étaient déclarées en faveur de la conduite des Comités. C'était de mauvais augure pour Carrier. « Messieurs les Jacobins, écrivait Laénnec le 21 brumaire (11 novembre), font les insolents. Avant-hier ils furent bàtonnés, et leurs catins furent rudement fouettées. En conséquence, hier, de bonne heure, leurs partisans remplissaient toutes les tribunes de la Convention. J'y étais. Vous n'avez pas vu de votre vie une scène aussi scandaleuse et une

1. M"" Crassous était la femme du député montagnard de ce nom. Durant les semaines qui suivirent cette pénible aventure, les journaux réactionnaires, et notamment le Journal des Lois, de Galetti, la criblèrent de plaisanteries dont on devine le caractère.

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lutte aussi furieuse. L'affaire, après les plus violents débats, a été renvoyée aux trois Comités pour en faire un rapport. 11 s'agissait de savoir si Ton suspendrait, en attendant, les séances des Jacobins. Les intrigants ont eu Tadresse d'éluder cette décision, en sorte que nous allons avoir aujourd'hui la séance la plus orageuse, d'autant que la Commission des Vingt et un doit aussi faire son rapport sur Carrier. Je ne sais où cela aboutira; mais, si les Jacobins l'emportaient, la France serait encore ensanglantée et les égorgements recommenceraient. »

Ces prévisions étaient exactes; la séance du 21 brumaire (11 novembre) fut en effet des plus mouvementées. Les amis de Carrier sentaient que le vote qui serait émis, ce jour-là, engagerait la Convention, et qu'il fallait empocher à tout prix qu'il ne lui fût hostile. Us formaient une minorité assez importante pour opposer à leurs adversaires une résistance sérieuse. Us avaient à cet effet arrêté tout un plan de campagne. Dès le matin, les tribunes, dont l'influence avait été si puissante à certains jours, seraient envahies par leurs affidés. Au début de la séance devait se présenter à la barre une députation de la section des Enfants de la patrie pour demander justice des violences exercées contre les Jacobins. La proposition de mention honorable et d'insertion au Bulletin de cette adresse, amènerait un tumulte que les tribunes augmenteraient par leurs clameurs. Les rôles avaient été distribués pour prolonger la discussion sur cette adresse de façon à reculer le moment de la lecture du rapport de la Commission

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des Vingt et un. On proposerait, au besoin, Tappel nominal. Si on ne réussissait pas à empêcher la lerlure du rapport, elle aurait lieu au milieu d'un tel trouble qu'il serait difficile d'obtenir un vote net et précis en faveur de la mise en accusation. N(m seulement quelques membres contesteraient la valeur et raullienticité des témoignages fournis à la Commission ; mais Romme lui-mùme, qui» malgré des attaches connues avec Carrier, avait eu rhabileté de se faire nommer rapporteur, prendrait la parole en ce sens avec l'autorité de sa fonction.

Au l^arlement, comme à la guerre, les combinaisons habiles ne suffisent pas toujours à assurer la victoire, et il en fut ainsi à la Convention, ce jour-là. La lecture de l'adresse des Enfants de la patrie n'amena pas le tumulte espéré, et, quoi qu'ils lissent pour le produire, les amis de Carrier ne réussirent qu'k faire voler une seconde fois, quoique le premier vote fût acquis, le simple renvoi de l'adresse aux Comités, résultat tout contraire à celui qu'ils souhaitaient. Quelques voix réclamèrent vainement l'appel nominal ; elles furent couvertes par des voix plus nombreuses, demandant la lecture du rapport. La Convention décréta que cette lecture aurait lieu immédiatement.

Le rapport, qui ne comprend pas moins de 48 pages in-8°, était divisé en trois parties.

La première, très courte, donnait les dates des diverses remises de pièces faites à la Commission, et constatait que toutes avaient été communiquées à Carrier, qui avait été entendu autant de fois qu'il l'avait désiré.

La seconde partie contenait l'énumération des

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faits délictueux reprochés au représentant, avec indication sommaire des preuves.

Cespreuves, qui, pour la plupart, consistaient en dénonciations signées par les habitants de Nantes, et en diverses pièces émanant de Carrier, furent imprimées peu après, dans une brochure de 126 pages, intitulée : Pièces re?7iises à la Communion des Vijigt et un. C'est le recueil que j'ai eu si fréquemment l'occasion de citer.

Dans la troisième partie, le rapporteur déclarait que la Commission avait dû se borner, selon le vœu de la loi, à un simple exposé des faits, mais qu'elle estimait néanmoins qu'il y avait lieu à accusation contre le représentant Carrier.

D'après le Moniteur^ la lecture de ces documents avait été fréquemment interrompue par des frémissements d'horreur et d'indignation '.

Ce rapport devait être imprimé et distribué, et la mise en accusation ne pouvait être votée qu'après une discussion où le représentant inculpé avait le droit d'intervenir pour produire sa défense.

L'impression exigeant un certain délai, la discussion était par là môme renvoyée à une séance ultérieure. Carrier demanda la parole. On aurait pu la lui refuser, puisque, d'après la procédure, ce discours préalable ne pouvait épuiser son droit de discuter le rapport. La parole lui fut accordée et il lut le long factum qui a été imprimé sous le titre : Suite au rapport de Canner sîir sa mission dans la Vendée'. La Convention écouta patiemment

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