‹ J.-B. Carrier, représentant du Cantal à la Convention, 1756-1794, d'après de nouveaux documentsChapitre 125 sur 172 · Réimpression du Moniteur^ XXIJ, p · texte numérisé non relu

Réimpression du Moniteur^ XXIJ, p

s'il comparaîtrait à la barre ou à la tribune. Sur une observation de Merlin, que Carrier était ce qu'il était la dernière fois qu'il avait été entendu, il fut décrété qu'il parlerait à la tribune. Carrier parut alors accompagné de gendarmes, et, sur Tinvitation du président, il monta à la tribune ^

Son discours, ou plutôt sa plaidoirie, occupa la fin de la séance, toute colle du lendemain, et une grande partie de celle du *î frimaire. Le premier jour. Carrier donnait lecture lui-m(^me des charges articulées dans le rapport de la Commission, et après la lecture de chacune d'elles, il produisait sa réfutation; les deux autres jours, ce fut un secrétaire qui fit cette lecture, et il répondit à chaque grief de la même fagon.

Au début de la discussion, Carrier se plaignit de la communication tardive des documents qui ne lui étaient parvenus que la veille. 11 se plaignait pour la forme, car, au fond, il n'était pas une seule des pièces imprimées qui ne lui eût été soumise, et il avait pu en discuter la valeur à loisir avec les membres de la Commission.

L'ordre adopté pour les débats — Carrier lisant ou entendant lire un paragraphe accusateur, et y répondant — avait été suivi régulièrement jusqu'au milieu de la séance du 2 frimaire, quand, à la suite de la lecture de l'articulation dePhelippes de lui avoir ordonné l'exécution sans jugement, le 27 frimaire, de vingt-quatre brigands, dont deux de treize, et deux de quatorze ans, et, le 29 du même mois, de vingt-sept, dont plusieurs jeunes femmes, ilniafor-

i. Héimpiession du Moniteur^ XXU, p. 557.

mellement avoir écrit ces ordres, et prétendit, de plus que, s'ils existaient signés de lui, c'était qu'on avait surpris sa signature. 11 est vrai que la copie de ces deux ordres donnait, à chacun d'eux, une rédaction un peu diflférente, et que, d'après cette copie, il n'y en avait qu'un seul qui contînt l'ordre d'exécuter sans jugement. C'était une erreur de copiste; les deux ordres contenaient bien les mots: sans jugement. On aurait pu répondre à Carrier que ces ordres et le procès-verbal de Phelippes, enjoignant leur exécution, avaient été imprimés tout au long, plus de trois mois auparavant, dans les Mémoires de Phelippes, et qu'il venait bien tardivement contester l'authenticité de la copie ; mais personne n'y songea. Ses amis, au contraire, ayant trouvé là un point pour intervenir dans le débat, il s'ensuivit une discussion longue et oiseuse dont le compte rendu remplit plusieurs colonnes du Moniteur y et dont la conclusion fut le vote d'un décret ainsi conçu :

« Article premier. — Toutes les pièces originales relatives à l'affaire de Carrier et qui se trouvent h Nantes, notamment les arrêtés des 27 et 29 frimaire, et les pièces originales relatives au procès de Fouquet et Lamberty, et à la Compagnie Marat, seront apportées sans délai au Comité de Sûreté générale, après avoir été cotées et paraphées, etc.

« Art. 2. — Le Conseil général de la Commune de Nantes est chargé, sous sa responsabilité, de l'exécution de l'article précédent; ceux qu'il commettra pour porter lesdites pièces sont auto-

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risés à requérir, pendant la route, une force arnaée suffisante.

« Art. 3. — La discussion sera néanmoins continuée, et, si la Convention nationale se trouve d'ailleurs suffisamment éclairée, elle prononcera qu'il y a, ou qu'il n'y a pas lieu h accusation.

« Art. 4. — Un courrier extraordinaire, * » etc.

La mission d'aller à Nantes et d'en rapporter les pièces fut confiée à un secrétaire du Comité de Siireté générale nommé Louchet. Disons de suite, pour n'avoir pas à revenir sur cet incident, que Carrier, dans la séance de son procès du 16 frimaire, ne put nier sa signature apposée au bas des ordres^, mais prétendit qu'on la lui avait subtilisée. 11 ne fut point fait usage au procès des pièces du dossier de Fouquet et Lamberty, ni de celles de la compagnie Marat; mais, chose fort regrettable, le déplacement de ces dossiers a fait qu'ils se sont perdus. Vainement M. Dugast-Matifeux les a recherchés aux Archives nationales^, et je n'ai pas été plus heureux que lui dans mes recherches.

Dans la matinée du 3 frimaire, Carrier se fit attendre. Raffron présenta quelques observations sur la séance de la veille, et insista pour que la discussion ne s'écartât pas des faits consignés dans le rapport. A ce moment le président fit savoir que Carrier venait de lui mander qu'il était ma-

i. Réimpression du Moniteur, XXII, 575. Le décret était déjà parvenu le 6 frimaire. A celte date, le Directoire de Département écrivait à la Commune de Nantes qu'il n'existait dans ses bureaux aucune pièce concernant Carrier.

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