‹ J.-B. Carrier, représentant du Cantal à la Convention, 1756-1794, d'après de nouveaux documentsChapitre 126 sur 172 · Dugast-Matifeux, Bibliographie l'ëvolutionnaire^ n · texte numérisé non relu

Dugast-Matifeux, Bibliographie l'ëvolutionnaire^ n

lade, ce qui doana lieu à quelques réflexions sévères de plusieurs députés, entre autres celle-ci de Cigogne : « Je suis convaincu que Carrier est malade ; mais savez- vous quelle est la maladie qui le tourmente, c'est la conviction de ses crimes. » A ce moment Legendre quitta le fauteuil et alla à la tribune. « Je demande à prouver, dit-il, que Ton veut sauver Carrier... 11 est démontré pour moi que ceux qui ont voulu lui faire aux Jacobins un rempart de leurs corps, sont encore ici pour le sauver. [Vifs applaudissements.) La discussion qu'on a élevée hier est partie de ce côté [en montrant P extrême gauche; on applaudit) ; on a demandé des preuves matérielles, eh bien, si vous en voulez, faites refluer la Loire à Paris, etc. Il ne faut pas que la Convention se laisse mener... La prétendue maladie de Carrier ne peut pas empêcher de le juger ; jetez les yeux sur le calendrier ; comptez les jours qu'il a demeuré à Nantes, et vous aurez compté le nombre de ses crimes... Je demande qu'il soit sommé de se rendre dans le sein de la Convention, et que, s'il n'y vient pas, on procède à l'appel nominal. » Peu après un huissier, qui avait été envoyé chez Carrier, revint et dit qu'il s'habillait et allait arriver. Carrier fit son entrée au milieu du silence le plus complets

Les détails que je viens de donner sur la physionomie de ces séances dépassent de beaucoup en intérêt la plaidorie de Carrier, qui consista surtout en dénégations efi'rontées et que je renonce à ana-

1. Réimpression du Moniteur^ XXII, 577. — Met^cure français du 5 frimaire, p. 32.

lyser. Jamais orateur ne prononça autant de paroles pour ne rien dire d'utile à sa cause.

Ses arguments principaux, qui étaient loin d'être décisifs, mais qui étaient à leur place dans sa défense, se résument à ceux-ci :

Phelippes, dans ses Mémoires, n'a accusé que le Comité révolutionnaire et ne lui a fait à lui que de légers reproches; d'ailleurs Phelippes serait mal venu à Taccuser, puisque, depuis son rappel de Nantes, il lui a écrit une lettre dans laquelle il lui témoigne son amitié.

Bô et Bourbotte, venus à Nantes après lui, ont reconnu que, si tout le monde, à Nantes, accusait le Comité de cruauté, pas une plainte ne s'était produite contre lui.

Sa mission de Normandie, quoique longue et difficile, ne lui a pas attiré le moindre reproche.

Arrivé à Nantes le 10 octobre 1793, il a cessé pendant un mois de l'habiter. Cette assertion était un mensonge que réfutaient les dates de ses arrêtés datés de Nantes.

Il cite une lettre do Goullin dans laquelle il était question de bateaux; le Comité a outré ses ordres. 11 est constant d'ailleurs que le Comité a payé des bateaux à Lamberty.

On lui reproche des fusillades. La Convention n'ignore pas que, trois mois avant son arrivée en Vendée, on ne faisait plus de prisonniers. La lecture des lettres annonçant des fusillades de brigands était toujours interrompue parles applaudissements de l'Assemblée, et notamment sa propre lettre du 30 frimaire an 11.

11 n'y a pas eu des noyades seulement à Nantes.

Il y en a eu a Saumur et à Angers exécutées sous les yeux de représentants en mission. Il ne les reproche pas à ses collègues. Ils ont cru servir ainsi la République, mais pourquoi lui seul est-il inculpé à ce sujet? En le poursuivant, la Convention se fait à elle-môme son procès.

Ces derniers arguments étaient puissants et vrais. Leur seul défaut étaitde porter juste; ils ne pouvaient qu'indisposer contre Carrier des juges obstinés à prétendre qu'ils n'avaient connu que tardivement ces excès, et qu'ils ne les avaient jamais autorisés.

Il rappela, dans sa péroraison, si on peut ainsi qualifier la dernière partie d'un discours décousu et sans ordre, que, dans sa mission de dix mois, il n'avait dépensé que trente-deux mille livres; qu'il avait fortifié Angers, préparé le tombeau des Vendéens à Savenay, et qu'on lui devait la prise de Noirmoutier. Quand il quitta Nanles, on ne parlait plus de la guerre de Vendée, et cette guerre n'a recommencé que depuis son retour à la (Convention. Comme repoussoir destiné à atténuer l'horreur de ses cruautés, il reproduisit tous les récits qui couraient alors sur celles des Vendéens. Invité k se résumer, il parla de la ciguë de Socrate, du poignard.de Brutus, de l'échafaud de Sidney, de l'épée de Caton et aussi de (Calas injustement poursuivi comme lui. A un certain moment il gesticula d'une façon si furieuse qu'il envoya la bougie à l'autre bout de la salle ^

« Je le vois encore à la tribune, raconte Tissot^,

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