‹ J.-B. Carrier, représentant du Cantal à la Convention, 1756-1794, d'après de nouveaux documentsChapitre 13 sur 172 · Mémoires de La Réveillère-Lepeaux, t. 1, p. 137 et · texte numérisé non relu

Mémoires de La Réveillère-Lepeaux, t. 1, p. 137 et

de représentants. Les administrations départementales, en grand nombre, avaient d'abord pris parti pour les proscrits; mais, sauf en Normandie, où la prise d'armes avait donné lieu à une échauffourée, nulle part le mouvement n'avait pris le caractère imposant d'une révolte. Bien plus, la plupart des administrations municipales et départementales, effrayées à leur tour, s'étaient soumises aux injonctions de Paris, et les plus entêtées, dont le nombre diminuait chaque jour, ne devaient pas tarder à rétracter ce que, dans le langage humilié du temps, elles appelaient elles-mêmes leur erreur. Quoi qu'on ait dit, la scission qui s'était produite, et qui avait divisé le parti républicain en montagnards, les vainqueurs, et en fédéralistes, les vaincus, n'avait point créé deux camps d'adversaires irréconciliables. La politique et l'humanité conseillaient aux vainqueurs la clémence et l'oubli ; la politique, parce que les partis n'ont jamais intérêt à éclaircir leurs rangs ; l'humanité, parce qu'il était évident que, pour combattre et punir les modérés du parti républicain, il faudrait faire appel à des exaltés capables de toutes les violences. Mais la passion devait régner aveugle; les Montagnards ne virent point, ou ne voulurent pas voir, à quelles extrémités les conduirait le partage du pouvoir avec la populace. D'un autre côté la pusillanimité des fédéralistes, loin d'apaiser les rancunes, les excita en raison de la facilité qu'elle donnait de les satisfaire. De politique qu'elle avait été jusquelà, la lutte devenait nettement sociale, et l'enjeu de cette lutte fut la dépossession des riches, en apparence au prolit de l'Etat, en réalité au profit des

intrigants habiles. Le moment approchait où le sang des républicains se confondrait, au pied des échafauds, avec le sang des royalistes.

Ceux qui ont peur, dit Tacite, sont terribles. C'est la peur éprouvée par la Convention qui produisit la terreur. La populace faisait peur aux meneurs de l'Assemblée, et l'Assemblée avait peur de ses meneurs. « Ce qui a causé le déchirement de la France, dit Quinet, c'a été le déchirement de la Convention quand elle a subi et inauguré le régime delà peur le 31 mai, en se mutilant elle-même sous la menacede Tinsurrection. Une assemblée qui, contre ses opinions, sa conscience, pour obéira la force, livre une centaine de ses membres à la prison ou k la mort, perd nécessairement le respect des peuples. Pour le recouvrer, il lui faut se faire craindre et user de barbarie. En général, on ne songe à inspirer la terreur qu'après Tavoir subie*. » Sauf « le respect des peuples », dont la Convention se souciait beaucoup moins que de la soumission qui assurait le maintien de son pouvoir, le jugement est vrai.

Robespierre s'était fait l'organe de cette politique impitoyable en disant à la tribune, le 9 juillet : « Loin de nous les idées de faiblesse au moment où la liberté triomphe. La République ne sera heureuse et respectée, au dehors et au dedans, que lorsque le peuple français n'aura plus de traîtres à punir, aussi je crois que le glaive de la loi doit frapper tous les administrateurs qui ont levé l'étendard de la révolte^... »

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